Deux parcours, et une frontière qui bouge
MaPrimeRénov' n'est pas une aide, c'est deux dispositifs sous un même nom, et l'essentiel des refus vient de la confusion entre les deux.
Le parcours par geste finance un travail isolé : on remplace un générateur, on raccorde à un réseau, on dépose une cuve. Le dossier est court, l'instruction rapide, et l'aide se calcule par forfait selon le geste et les revenus du ménage.
Le parcours d'ampleur finance une rénovation globale visant un gain de classes énergétiques, avec un audit préalable et un accompagnement obligatoire. Le dossier est lourd, le montant sans commune mesure, et le calendrier se compte en mois. Pour une demande déposée depuis le 1er septembre 2026, il ferme en maison individuelle à tout projet qui installe ou conserve, sur le chauffage ou l'eau chaude, un équipement susceptible d'utiliser un combustible fossile, le raccordement à un réseau de chaleur excepté : c'est l'article 4 de l'arrêté du 25 août 2026, qui complète l'article 13-2 de l'arrêté du 17 novembre 2020.
La frontière entre les deux s'est déplacée trois fois depuis 2024, toujours dans le même sens : réduire ce qui se finance en geste isolé pour pousser vers l'ampleur. C'est cette frontière qu'il faut vérifier avant de chiffrer, pas le montant.
Ce qui a changé au 1er septembre 2026
Le décret n° 2026-822 du 25 août 2026, publié au Journal officiel le 27 août malgré l'avis défavorable du Conseil national de l'habitat, retire six gestes du parcours par geste.
| Geste | Statut au 1er septembre 2026 | Finançable en rénovation d'ampleur |
|---|---|---|
| Poêles, inserts et foyers fermés au bois ou à la biomasse | Sorti du parcours par geste | Oui |
| Chauffage solaire, chauffe-eau solaire (hors outre-mer) et capteurs hybrides | Sorti | Oui |
| Pompes à chaleur dédiées à l'ECS | Sorti | Oui |
| VMC double flux | Sorti | Oui |
| Isolation des rampants, des plafonds de combles et des toitures terrasses | Sorti | Oui |
| Fenêtres en remplacement de simple vitrage | Sorti | Oui |
| PAC de chauffage air/eau | Conservé | Oui |
| PAC géothermique ou solarothermique | Conservé | Oui |
| Raccordement à un réseau de chaleur ou de froid | Conservé | Oui |
| Dépose d'une cuve à fioul | Conservé | Oui |
| Audit énergétique hors obligation réglementaire | Conservé, sous condition | Oui |
Deux gestes n'y figurent pas parce qu'ils étaient déjà sortis par le décret n° 2025-956 : l'isolation des murs et les chaudières biomasse.
La règle de fond, énoncée par le guide : à partir du 1er septembre 2026, seule l'installation d'un mode de chauffage décarboné, n'utilisant ni fioul ni gaz, est financée. Tout le reste du parcours par geste en découle.
La date qui fait foi est celle du dépôt de la demande, pas celle du devis : le décret s'applique aux demandes de prime déposées à compter du 1er septembre 2026. Un devis signé en août dont la demande part en septembre relève de la nouvelle liste.
Les logements classés F ou G gardent l'accès aux cinq gestes conservés pour les demandes déposées jusqu'au 31 décembre 2027 en métropole : le décret a repoussé d'un an, au 1er janvier 2028, l'exigence d'une classe A à E avant travaux. Cette prolongation ne vaut pas pour les gestes sortis.
Les forfaits en vigueur
Montants du guide des aides financières de l'ADEME, édition septembre 2026. Ils se lisent en euros par logement, et le plafond est celui de la dépense éligible, pose comprise, remises déduites.
| Geste | Très modestes | Modestes | Intermédiaires | Supérieures | Plafond de dépense |
|---|---|---|---|---|---|
| PAC air/eau | 5 000 € | 4 000 € | 3 000 € | non éligible | 12 000 € |
| PAC géothermique ou solarothermique | 11 000 € | 9 000 € | 6 000 € | non éligible | 18 000 € |
| Raccordement réseau de chaleur ou de froid | 1 200 € | 800 € | 400 € | non éligible | 1 800 € |
| Dépose de cuve à fioul | 1 200 € | 800 € | 400 € | non éligible | 4 000 € |
| Audit énergétique hors obligation | 500 € | 400 € | 300 € | non éligible | 800 € |
L'audit énergétique n'est aidé qu'une fois par logement et à condition qu'au moins un geste de travaux soit réalisé en même temps. Il doit être réalisé par un professionnel « RGE Études », un architecte référencé, une entreprise certifiée « offre globale », une entreprise qualifiée « RGE audit » ou un diagnostiqueur certifié. Les architectes référencés n'ont pas l'obligation d'être qualifiés RGE pour le réaliser.
Le parcours d'ampleur : un pourcentage, un plafond, un écrêtement
En rénovation d'ampleur, on ne raisonne plus en forfait mais en pourcentage du montant HT des travaux, dans la limite d'un plafond de dépense qui dépend du gain de classes. Montants du guide des aides de l'Anah, édition de février 2026, repris par France Rénov'.
| Gain visé | Plafond de dépense HT | Très modestes | Modestes | Intermédiaires | Supérieures |
|---|---|---|---|---|---|
| 2 classes | 30 000 € | 80 % | 60 % | 45 % | 10 % |
| 3 classes ou plus | 40 000 € | 80 % | 60 % | 45 % | 10 % |
| Écrêtement, toutes aides confondues | 100 % du TTC | 90 % du TTC | 80 % du TTC | 50 % du TTC |
Un ménage très modeste qui gagne trois classes sur 40 000 € HT de travaux touche donc au plus 32 000 €. À la différence du parcours par geste, les ménages aux ressources supérieures y restent éligibles, à 10 %.
Les conditions tiennent en une liste courte, et chacune ferme le dossier :
- un logement en métropole classé E, F ou G, construit depuis au moins quinze ans et occupé en résidence principale, au moins huit mois par an ;
- un gain d'au moins deux classes, en une étape ou en deux sur cinq ans au plus ;
- au moins deux gestes d'isolation parmi murs, menuiseries, plancher bas et toiture ;
- un rendez-vous avec un conseiller France Rénov' avant le dépôt, puis Mon Accompagnateur Rénov', qui réalise l'audit et le plan de financement ;
- en maison, aucun équipement fossile installé ou conservé, réseau de chaleur excepté ;
- des entreprises RGE sur chaque lot.
Le propriétaire occupant modeste ou très modeste peut demander une avance de 30 % de l'aide, avant le début des travaux, sur présentation d'un devis signé exigeant un acompte. Côté CEE, la conséquence est directe : un ménage éligible à ce parcours fait valoriser ses certificats par l'Anah, pas par un obligé privé, comme le détaille la fiche BAR-TH-174.
Les quatre tranches de ressources, et celle qui sort
Le guide de septembre 2026 nomme quatre tranches : ressources très modestes, modestes, intermédiaires et supérieures. La nomenclature par couleurs, bleu, jaune, violet et rose, n'y figure plus.
Les ménages aux ressources supérieures ne sont éligibles à aucun geste du parcours. Ce n'est pas un forfait réduit, c'est une exclusion, et elle vaut sur les cinq gestes sans exception.
Les plafonds portent sur le revenu fiscal de référence et dépendent du nombre de personnes du foyer, l'Île-de-France ayant sa propre grille. Pour une personne seule en Île-de-France au 1er janvier 2026 : 24 031 € en très modestes, 29 253 € en modestes, 40 851 € en intermédiaires, au-delà en supérieures.
Deux réflexes de chantier valent mieux qu'un barème appris par cœur. La tranche se vérifie sur l'avis d'imposition, pas sur la déclaration du client : c'est le revenu fiscal de référence qui compte, et si le foyer a plusieurs avis, c'est leur somme. Et la tranche se fige à la date de dépôt, ce qui rend caduque une éligibilité annoncée trois mois plus tôt si l'avis a changé.
Les sociétés ne sont pas éligibles
Le guide est explicite : une société ne peut pas bénéficier de MaPrimeRénov' par geste. Sont éligibles les propriétaires occupants et bailleurs personnes physiques, les usufruitiers, les titulaires d'un droit réel d'usage, les indivisaires sous condition d'accord, et les acquéreurs.
C'est un point à poser en visite quand le logement est détenu par une SCI, cas fréquent en investissement locatif. Les travaux restent finançables par les CEE, qui n'ont pas cette restriction : le plan de financement change, le chantier n'est pas perdu.
Le guichet unique, depuis le 17 août 2026
Depuis le 17 août 2026, le dépôt passe par le guichet unique France Rénov'. Le changement est administratif, il ne modifie ni les gestes éligibles ni les montants, mais il déplace le point d'entrée du dossier et le compte utilisé par le client.
Ce que ça change pour un devis
Trois points suffisent à sécuriser un chiffrage.
Vérifier la liste avant de promettre une aide. Six gestes qui étaient finançables en juillet ne le sont plus. Un devis qui annonce MaPrimeRénov' sur un poêle à granulés en octobre 2026 est faux, et le client s'en apercevra au dépôt.
Nommer le parcours dans le devis. Un client à qui l'on dit « vous aurez MaPrimeRénov' » sur une isolation de combles entend une aide immédiate. Ce qui l'attend est un parcours d'ampleur, avec audit et accompagnement. Le dire au devis évite l'annulation deux mois plus tard.
Vérifier que la mention RGE couvre le geste. C'est le premier motif de refus, et il se corrige avant le chantier, pas après.
Monter le dossier sans refus
Rien ne démarre avant le dépôt. Le chantier commence après le dépôt de la demande, et l'Anah recommande d'attendre la décision d'octroi, l'aide n'étant pas de droit. Le devis porte la mention « sous réserve d'accord MaPrimeRénov' ». Seule exception : une panne de chauffage ou d'eau chaude du 1er octobre au 30 avril, où l'équipement peut être remplacé d'abord, le ménage disposant de deux mois après la pose pour déposer, avec l'attestation de travaux urgents.
La date de la visite préalable figure sur le devis et sur la facture. L'entreprise RGE doit visiter le chantier pour valider l'adéquation des équipements au logement, et c'est l'une des mentions les plus souvent oubliées. En sous-traitance, le sous-traitant doit lui-même détenir la qualification RGE du geste.
Trois écarts reviennent plus souvent que les autres, et tous se règlent avant l'exécution :
- un changement de matériel ou de quantité se traite par un avenant daté et signé avant la pose, jamais en ajustant la facture finale : une facture qui ne correspond plus au devis déposé déclenche une demande de pièces, au mieux ;
- la mention « facture acquittée » ne se porte que sur une facture réellement soldée, l'acompte et le solde distingués, sinon la chronologie du dossier ne tient plus ;
- sur un poste financé à la fois par MaPrimeRénov' et par les CEE, la facture sépare fourniture et pose et reprend les libellés du geste, ce qui démontre qu'une même dépense n'est pas financée deux fois.
Les pièces techniques (références et performances des équipements, photos datées, numéros de série, procès-verbal de mise en service) se rassemblent au fil du chantier : ce sont elles qu'un contrôle demande, et elles ne se reconstituent pas après coup.
Le cumul avec les CEE
MaPrimeRénov' et les certificats d'économies d'énergie se cumulent sur un même geste, dans la limite d'un écrêtement qui borne le total des aides et non la seule prime : MaPrimeRénov' et CEE réunies ne dépassent pas 90 % de la dépense éligible TTC chez un ménage très modeste, 75 % chez un modeste, 60 % chez un intermédiaire, et toutes aides confondues, locales comprises, ne dépassent jamais 100 %. Un montage qui crève le plafond n'est pas refusé : c'est MaPrimeRénov' qui est réduite d'autant, et le reste à charge annoncé au client devient faux. Les fiches d'opération correspondantes portent leurs propres exigences techniques, souvent plus précises que celles de l'Anah : la BAR-TH-171 pour une PAC air/eau, la BAR-TH-172 pour une PAC eau/eau, la BAR-EN-101 pour des combles.
Un geste sorti de MaPrimeRénov' au 1er septembre reste éligible aux CEE : les deux dispositifs ont des périmètres distincts, et c'est ce qui sauve une partie des chantiers concernés. Le prix du kWh cumac donne l'ordre de grandeur de ce que la prime CEE peut compenser.