Blog/Prix de revient d'un chantier : la formule, poste par poste
Artisans

26 octobre 2026

•

7 min de lecture

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Mis à jour le 26 octobre 2026

Prix de revient d'un chantier : du déboursé sec aux frais généraux, la formule et un exemple chiffré

Le prix de revient d'un chantier est ce qu'il coûte à l'entreprise avant toute marge : le déboursé sec (matériaux, main-d'œuvre chargée, matériel affecté), plus les frais de chantier, plus la part des frais généraux de l'entreprise qui lui revient. Les deux premiers se comptent sur le chantier ; le troisième se lit dans le compte de résultat de l'année, en rapportant les charges fixes de la structure au coût direct de tous les chantiers. Le piège est de calculer ce taux sur le chiffre d'affaires et de l'appliquer au coût : il manque alors une partie des frais généraux sur chaque devis.

Sommaire

Le prix de revient d'un chantier est ce qu'il coûte à l'entreprise avant toute marge : le déboursé sec (matériaux, main-d'œuvre chargée, matériel affecté), plus les frais de chantier, plus la part des frais généraux de l'entreprise qui lui revient. Les deux premiers niveaux se comptent sur le chantier lui-même. Le troisième ne s'y voit pas : il se lit dans le compte de résultat de l'année, en rapportant les charges fixes de la structure au coût direct de l'ensemble des chantiers. C'est ce taux qu'on estime le plus souvent au jugé, et c'est lui qui décide si un devis rentable sur le papier paie réellement la structure.

Prix de revient : la définition et la formule

Le prix de revient est un coût complet. Il s'arrête juste avant la marge, et il se raisonne hors taxes.

Prix de revient = déboursé sec + frais de chantier + frais généraux

Niveau Ce qu'il contient Où le chiffre se trouve
Déboursé sec matériaux, main-d'œuvre productive au coût chargé, matériel loué pour l'ouvrage, sous-traitance le métré, les temps unitaires, les prix d'achat nets
Frais de chantier protections, évacuation des déchets, installation, déplacements propres au chantier le chantier, poste par poste
Frais généraux tout ce qui existe que le chantier ait lieu ou non : véhicules, dépôt, assurances, administratif, dirigeant le compte de résultat de l'année, en pourcentage
Prix de revient la somme des trois

La marge vient ensuite, puis la TVA. Le détail de chaque composante du premier niveau, et ce qu'il ne doit jamais contenir, est dans notre fiche sur le déboursé sec. Retenez ici une règle : une charge qui figure déjà au déboursé ne doit pas se retrouver dans les frais généraux, et inversement.

Le déboursé sec : ce qui se compte sur l'ouvrage

Les matériaux se comptent à la quantité mise en œuvre, chutes comprises, au prix d'achat net. Le plan comptable général définit le coût d'acquisition des stocks comme le prix d'achat après rabais, remises et escomptes, augmenté des taxes non récupérables et des frais de transport directement attribuables (article 213-31). La TVA récupérable n'en fait donc pas partie, pas plus que le tarif public du distributeur.

La main-d'œuvre se compte en heures × coût horaire chargé : salaire brut et cotisations patronales, divisés par les heures réellement productives et non par les heures payées. Quand le temps de travail est aménagé sur l'année, un compagnon à temps plein fait au plus 1 607 heures avant que l'on compte des heures supplémentaires (article L3121-41 du code du travail). Il n'en passe qu'une partie sur les chantiers : congés, fériés, trajets, dépôt et intempéries retirent le reste. Le calcul de ces heures productives est détaillé dans notre article sur le nombre de jours travaillés et facturables, et son passage en taux de vente dans calculer son taux horaire d'artisan.

Le matériel affecté et la sous-traitance entrent au déboursé dès lors que la dépense n'existerait pas sans ce chantier.

Les frais de chantier : ce qui existe parce que le chantier existe

Protection des sols et des menuiseries, benne ou évacuation des déchets, installation et repli, déplacements longs, stationnement : ces dépenses ne s'attachent pas à un mètre carré d'ouvrage, mais elles disparaissent si le chantier n'a pas lieu. Elles se chiffrent chantier par chantier, en lignes distinctes, plutôt que noyées dans un coefficient. C'est souvent là que se perd la marge d'un petit chantier : deux jours de protection et une rotation de benne pèsent lourd sur un devis de 6 000 €.

Les frais généraux : comment les tirer des comptes de l'année

Les frais généraux sont les charges fixes de l'entreprise : elles courent que les compagnons soient sur un chantier ou au dépôt. Pour les ramener à un chantier, il faut un taux, et ce taux se calcule sur l'exercice écoulé, à partir du compte de résultat.

Trier les comptes de charges

Le plan comptable général range les charges en classe 6. Reprenez le compte de résultat détaillé et classez chaque ligne dans l'une des deux colonnes. Les montants ci-dessous sont illustratifs, ceux d'une entreprise de rénovation de quatre personnes (un dirigeant, trois compagnons) et d'une assistante à mi-temps, pour 520 000 € HT de chiffre d'affaires.

Poste (comptes du PCG) Coût direct des chantiers Frais généraux
Achats de matériaux (60) 190 000 €
Sous-traitance (611) 20 000 €
Locations de matériel affecté (613) 8 000 €
Salaires et cotisations des compagnons (641, 645) 144 000 €
Frais de chantier : bennes, protections, transports vers les chantiers 18 000 €
Véhicules : crédit-bail, carburant, entretien (612, 606, 615) 24 000 €
Loyer du dépôt (613) 9 600 €
Assurances, dont décennale (616) 9 000 €
Honoraires, télécoms, banque (622, 626, 627) 8 400 €
Petit outillage et consommables (606) 4 000 €
Publicité (623) 2 000 €
Impôts et taxes (63) 2 500 €
Dotations aux amortissements (68) 5 000 €
Rémunération du dirigeant, cotisations comprises 52 000 €
Assistante à mi-temps (641, 645) 16 000 €
Frais financiers (66) 500 €
Total 380 000 € 133 000 €

Taux de frais généraux = 133 000 / 380 000 = 35 % du coût direct.

Sur l'année, cette entreprise a facturé 520 000 € pour 513 000 € de coûts : il lui reste 7 000 €, soit 1,3 % de son chiffre d'affaires. Voilà à quoi aboutissent des prix fixés au jugé : un coefficient qui paraît confortable, et qui ne couvre en réalité que la structure.

Trois corrections avant de diviser

La rémunération du dirigeant. En entreprise individuelle, les prélèvements de l'exploitant passent au compte 108 « Compte de l'exploitant », hors charges (article 1211-10 du PCG). Le plan comptable permet de les inscrire au compte 644 (article 1221-64), mais si votre comptable ne le fait pas, votre propre travail n'apparaît nulle part dans les charges : ajoutez-le aux frais généraux, au niveau de rémunération que vous visez. En société, la rémunération d'un gérant majoritaire figure déjà au compte 641 (même article 1221-64). Si vous posez vous-même une partie du temps, vos heures de chantier vont au déboursé comme celles d'un compagnon, et seul le reste de votre temps relève des frais généraux.

Les heures non productives des compagnons. Elles sont déjà couvertes par le coût horaire chargé, calculé sur les heures productives. Ne les remettez pas une seconde fois dans les frais généraux.

Une année anormale. Si l'activité a chuté, diviser des charges fixes inchangées par un coût direct réduit gonfle le taux, donc vos prix, au moment précis où vous manquez de chantiers. Le plan comptable applique un principe voisin au coût de production des stocks : les frais généraux fixes de production s'y affectent sur la base de la capacité normale, et la part affectée à chaque unité produite n'augmente pas parce que la production baisse (article 213-32). Ce texte vise l'évaluation comptable, pas la fixation des prix, mais la logique vaut pour votre taux. Retenez un coût direct de référence correspondant à une année normale.

Exemple chiffré : l'isolation des murs par l'intérieur de 90 m²

Même entreprise, un chantier d'isolation des murs par l'intérieur sur ossature métallique, 90 m², valeurs illustratives :

Ligne Calcul Montant HT
Matériaux 90 m² × 28 € net, + 5 % de chutes 2 646 €
Main-d'œuvre 72 h × 40 €/h (48 000 € ÷ 1 200 h productives) 2 880 €
Matériel affecté location d'un lève-plaque 120 €
Déboursé sec 5 646 €
Frais de chantier protections 94 €, évacuation des déchets 260 € 354 €
Coût direct 6 000 €
Frais généraux 35 % × 6 000 € 2 100 €
Prix de revient 8 100 €

En dessous de 8 100 € HT, ce chantier fait perdre de l'argent à l'entreprise, même si chaque heure et chaque plaque y sont payées. Pour une marge de 10 % du prix de vente, le prix s'établit à 8 100 / 0,90 = 9 000 € HT, soit 900 € de marge.

Le piège : un taux calculé sur le prix de vente, appliqué au coût

Le réflexe le plus courant est de diviser les frais généraux par le chiffre d'affaires, parce que c'est le premier chiffre du bilan : 133 000 / 520 000 = 25,6 %. Ce taux est juste, mais il est exprimé en part du prix de vente. L'appliquer au coût direct, comme s'il était exprimé en part du coût, revient à sous-estimer chaque chantier.

Taux juste Taux du chiffre d'affaires appliqué au coût
Frais généraux imputés 35 % × 6 000 = 2 100 € 25,6 % × 6 000 = 1 535 €
Prix de revient retenu 8 100 € 7 535 €
Prix de vente à 10 % de marge 9 000 € 8 372 €
Marge réelle sur le vrai prix de revient 900 € (10 %) 272 € (3,2 %)

L'artisan croit dégager 837 € sur ce chantier, il en dégage 272. La règle est simple : un taux s'applique à la base sur laquelle il a été calculé. Rapporté au chiffre d'affaires, il s'applique au prix de vente ; rapporté au coût direct, au coût direct. La même confusion existe entre taux de marge et taux de marque : 10 % ajoutés au coût (8 100 × 1,10 = 8 910 €) ne donnent que 9,1 % de taux de marque, contre 10 % en divisant par 0,90.

Du prix de revient au prix de vente

Une fois le prix de revient posé, la marge s'ajoute, puis la TVA. Sur l'exemple, le prix de 9 000 € HT correspond à un coefficient de 1,594 sur le déboursé sec (9 000 / 5 646), ou de 1,50 sur le coût direct si les frais de chantier sont chiffrés en lignes à part. Ce coefficient global contient à la fois les frais généraux et la marge : c'est pourquoi on ne peut pas le fixer sans connaître son taux de frais généraux. Les conversions entre coefficient, taux de marge et taux de marque, avec le tableau des erreurs les plus fréquentes, sont détaillées dans notre article sur la marge commerciale.

Reste à vérifier, chantier terminé, que le prix de revient réel ressemble au prix de revient chiffré : heures pointées contre heures vendues, achats réels contre métré. C'est l'objet de notre méthode de suivi de la rentabilité de chantier. Les écarts constatés y servent à corriger les temps unitaires et le taux de frais généraux du devis suivant.

Chiffres clés

1 607 h

Seuil des heures supplémentaires quand le temps de travail est aménagé sur l'année (code du travail, art. L3121-41)

61/62

Comptes des « autres charges externes » du plan comptable : locations, assurances, honoraires, télécoms

108

Compte des prélèvements de l'exploitant individuel, hors charges, sauf inscription au compte 644 (PCG, art. 1211-10 et 1221-64)

Questions fréquentes

Dans l'usage, oui : les deux désignent le coût complet d'un chantier avant marge. Le plan comptable général écrit « coût de revient », les chantiers disent plus souvent « prix de revient ». Ce qui compte est de s'accorder sur le périmètre : un coût de revient sans frais généraux n'est qu'un coût direct, et un prix fixé dessus ne couvre pas la structure.

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Louis Airy

Louis est COO d'Argile. Après quatre ans de conseil en stratégie et près de deux ans comme chief of staff dans l'adaptation du logement et le réemploi, il a rejoint Argile en mars 2024. Au contact quotidien des entreprises RGE, il suit les sujets CEE, MaPrimeRénov' et TVA réduite, et reprend les articles concernés quand un barème change. Ce qu'il écrit est ce qu'il vérifie ensuite sur des devis réels.

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