Blog/Apporteur d'affaires en rénovation énergétique : contrat, commission, TVA et démarchage
Artisans

26 octobre 2026

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8 min de lecture

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Mis à jour le 26 octobre 2026

Apporteur d'affaires en rénovation énergétique : rémunérer un apporteur ou un courtier en travaux sans hériter de ses méthodes

Un apporteur d'affaires en rénovation énergétique se rémunère par une commission que vous versez sur facture, au taux normal de TVA de 20 % sauf s'il relève de la franchise en base, et que vous déclarez à l'administration fiscale au-delà de 2 400 € par an pour un même bénéficiaire. Le risque ne tient pas au montant mais à la provenance des clients : l'article L. 223-1 du code de la consommation interdit le démarchage téléphonique pour ces travaux, même par l'intermédiaire d'un tiers, présume responsable le professionnel qui en tire profit et frappe de nullité le contrat signé. Le contrat d'apport doit donc fixer le mode de prospection autorisé, la preuve de la demande du client et un fait générateur de la commission postérieur à la rétractation.

Sommaire

Un apporteur d'affaires en rénovation énergétique vous présente des clients et touche une commission sur les chantiers signés : il vous la facture, au taux normal de TVA de 20 % sauf s'il relève de la franchise en base, et vous déclarez ces sommes à l'administration fiscale dès qu'elles dépassent 2 400 € sur l'année pour un même bénéficiaire (BOFiP, BOI-BIC-DECLA-30-70-20). Le vrai risque est ailleurs : l'article L. 223-1 du code de la consommation interdit de démarcher par téléphone pour des travaux d'économies d'énergie, directement ou par l'intermédiaire d'un tiers, présume responsable tout professionnel qui a tiré profit d'un démarchage illicite et déclare nul le contrat qui en résulte. Payer une commission sur un client démarché au téléphone, c'est financer un chantier que le client peut faire annuler.

Les règles d'achat de contacts et le calcul du coût par chantier signé sont dans notre article sur les leads pompe à chaleur. Ici, on traite la relation avec une personne qui vous recommande des clients : son statut, son contrat, sa facture, et ce qui change quand le chantier touche des aides.

Apporteur d'affaires, courtier en travaux, agent commercial : qui fait quoi ?

Les mots se recouvrent, les régimes non. Pour le statut d'agent commercial, les juges regardent les conditions dans lesquelles l'activité est effectivement exercée, pas l'intitulé du contrat (cour d'appel de Paris, approche non remise en cause par la Cour de cassation le 14 avril 2021, n° 18-13.763).

Intermédiaire Ce qu'il fait Qui signe avec le client Ce que vous lui devez
Apporteur d'affaires Présente un client, ponctuellement, sans négocier pour vous Vous La commission prévue au contrat
Courtier en travaux qui met en relation Sélectionne des entreprises pour le particulier, parfois payé par lui, parfois par vous Vous La commission prévue au contrat, s'il y en a une
Courtier qui vend les travaux Signe avec le client, facture, puis vous confie le chantier Le courtier Vous êtes son sous-traitant, il vous paie
Agent commercial Négocie, et parfois conclut, vos contrats de façon permanente (code de commerce, art. L. 134-1) Vous, ou lui en votre nom Commission, préavis et indemnité de fin de contrat (art. L. 134-11 et L. 134-12)

Le troisième cas inverse la relation. Le courtier pour travaux qui signe avec le ménage est l'entreprise principale : c'est à lui de dire au client avant la signature s'il détient le signe de qualité exigé pour les aides et d'en remettre le justificatif annexé au contrat (code de la consommation, art. L. 224-114). Et pour les travaux aidés à partir du 1er janvier 2027, le décret n° 2026-774 exige que l'entreprise principale qui facture en sous-traitance soit elle-même titulaire d'un signe de qualité : votre RGE ne couvrira plus un courtier qui ne l'a pas. Le détail est dans notre article sur la sous-traitance RGE et l'entreprise qui facture, et le sous-traité lui-même suit les règles du contrat de sous-traitance BTP.

Le quatrième cas se crée sans le vouloir : un apporteur qui présente vos devis et négocie vos remises chaque semaine ressemble à un agent commercial, et l'indemnité de fin de contrat suit le statut, pas le titre.

Que doit contenir le contrat d'apport d'affaires ?

Le contrat écrit vous protège d'abord : c'est la seule pièce qui montre ce que vous avez demandé à l'apporteur, et ce que vous lui avez interdit.

  • Le périmètre : zone, gestes concernés (PAC, isolation, solaire), type de clients.
  • Le mode de prospection autorisé, et l'interdiction écrite du démarchage téléphonique et de la prospection par SMS, messagerie, courriel ou réseau social pour ces travaux.
  • La transmission, avec chaque contact, de la preuve de sa demande : document ou page d'origine, date, texte de l'accord du particulier.
  • Le rôle de l'apporteur limité à la mise en relation : il ne négocie pas vos prix et ne signe rien en votre nom.
  • La base de calcul de la commission : pourcentage du montant HT des travaux ou forfait par chantier.
  • Le fait générateur : commission due après l'expiration du délai de rétractation, et de préférence à l'encaissement de l'acompte ou du solde.
  • La restitution de la commission si le contrat est annulé, notamment pour démarchage irrégulier.
  • La facturation par l'apporteur, son numéro d'immatriculation et son régime de TVA.

Le fait générateur mérite une ligne précise. Un devis signé au domicile du client est un contrat hors établissement : le particulier dispose de quatorze jours pour se rétracter, à compter de la conclusion du contrat pour une prestation de services (code de la consommation, art. L. 221-18). Une commission due « à la signature » est payée sur un chantier qui peut encore disparaître.

Commission, facture et TVA : comment payer l'apporteur

L'apporteur vous facture sa commission. C'est une prestation de services rendue à votre entreprise, pas un travail réalisé dans un logement : les taux réduits de 5,5 % et 10 % des travaux de rénovation ne la concernent pas, et la doctrine fiscale soumet les prestations de services, courtage compris, au taux normal (BOI-TVA-LIQ-20-20), fixé à 20 % en France métropolitaine (BOI-TVA-LIQ-20). Si l'apporteur bénéficie de la franchise en base, sa facture ne porte pas de TVA et indique « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » (BOI-TVA-DECLA-30-20-20-10 ; Service-Public, fiche vérifiée le 1er janvier 2026).

Deux obligations reposent ensuite sur vous :

Obligation Seuil Ce que vous faites Source
Déclaration des commissions versées (DAS2) Plus de 2 400 € par an pour un même bénéficiaire Déclarer nom, adresse, profession du bénéficiaire et montant, en janvier de l'année suivante en principe, ou avec la déclaration de résultats selon le mode de dépôt BOI-BIC-DECLA-30-70-20
Obligation de vigilance Contrat d'au moins 5 000 € HT, apprécié sur le montant global de la prestation Obtenir l'attestation de vigilance URSSAF à la signature, puis tous les six mois Code du travail, art. R. 8222-1 ; Service-Public

Un contrat cadre avec un apporteur actif franchit vite le second seuil, même si chaque commission est petite. La procédure de demande et de vérification est détaillée dans notre article sur l'attestation de vigilance URSSAF.

Exemple chiffré, entièrement hypothétique. Un apporteur assujetti à la TVA touche 5 % du montant HT des chantiers encaissés. Le taux et les montants servent à montrer le calcul, pas à fixer un prix de marché.

Chantier apporté Montant des travaux HT Commission HT (5 %)
PAC air/eau 13 000 € 650 €
Isolation des combles 4 000 € 200 €
PAC air/eau, client démarché au téléphone 15 000 € 0 € (non due, contrat nul)
PAC air/eau et ballon thermodynamique 18 000 € 900 €
Total sur l'année 1 750 € HT, soit 2 100 € TTC

Sans commission sur le troisième chantier, le total reste sous 2 400 € et n'appelle pas de DAS2. Payée, cette commission aurait porté le total à 2 500 € HT, soit 3 000 € TTC, au-dessus du seuil, et elle aurait été versée sur un contrat de 15 000 € HT que le client peut faire annuler. C'est la clause de restitution du contrat d'apport qui vous permet de ne pas payer, ou de récupérer, ces 750 €.

Le piège : la commission versée sur un client démarché au téléphone

Depuis la loi n° 2020-901 du 24 juillet 2020, le démarchage téléphonique pour des équipements ou des travaux d'économies d'énergie est interdit, et la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 a étendu l'interdiction à la prospection par message, courriel et réseau social (code de la consommation, art. L. 223-8). La seule exception est l'appel lié à un contrat en cours. Trois phrases de l'article L. 223-1 visent directement l'entreprise qui rémunère un apporteur :

  • l'interdiction vaut pour le démarchage fait « directement ou par l'intermédiaire d'un tiers » ;
  • tout professionnel ayant tiré profit d'un démarchage irrégulier est présumé responsable, sauf à démontrer qu'il n'en est pas à l'origine ;
  • le contrat conclu avec un consommateur à la suite de ce démarchage est nul.

Une commission versée est la preuve écrite que vous avez tiré profit du contact. Le manquement est passible d'une amende administrative de 375 000 € au plus pour une personne morale (art. L. 242-16), et le même plafond s'applique à la prospection par message (art. L. 242-16-1). Pour renverser la présomption, il vous faut des pièces : le contrat d'apport qui interdit ces canaux, la preuve de la demande de chaque client, et la trace que vous avez refusé les contacts douteux.

Chantier aidé : ce que CEE et MaPrimeRénov' changent à la relation

MaPrimeRénov'. Les travaux doivent être réalisés par un professionnel RGE, et ils ne commencent pas avant l'accusé de réception de l'Anah (Service-Public, fiche vérifiée le 1er septembre 2026). Un apporteur qui propose aussi de gérer le dossier du client doit être désigné mandataire par le demandeur, et il doit alors s'identifier auprès de l'Anah et fournir une attestation sur l'honneur d'absence de condamnation pénale, et seul le demandeur peut créer son compte. Les limites du mandat sont sur la fiche mandataire MaPrimeRénov'. Enfin, la même fiche rappelle que le service public ne fait jamais de démarchage commercial : un apporteur qui se dit « mandaté par l'État » s'écarte d'emblée.

Mon Accompagnateur Rénov'. Ne rémunérez jamais un accompagnateur qui vous oriente des ménages. Son agrément suppose qu'il ne contractualise aucun travail avec le ménage, ni en propre ni par un partenaire, et qu'il reste neutre envers les entreprises qu'il propose : parmi les indices de neutralité, le ministère retient l'absence de contrat prévoyant un intéressement financier avec une entreprise d'exécution.

CEE. La prime n'existe que si le demandeur, ou une personne liée à lui par contrat, a joué un rôle actif et incitatif, contractualisé au plus tard à la date d'engagement de l'opération, délai porté à quatorze jours pour un particulier et en tout cas avant le début des travaux (code de l'énergie, art. R. 221-22). Un montant de prime annoncé par un apporteur sans engagement écrit du demandeur n'est qu'une promesse, et c'est votre devis qui l'affichera.

La publicité. Depuis le 1er octobre 2026, les supports de promotion ou de publicité qui proposent des travaux de rénovation énergétique doivent afficher un message renvoyant vers France Rénov' (code de la consommation, art. L. 122-26, et arrêté du 7 juillet 2026). La notice de l'arrêté vise tout professionnel proposant ces travaux « à quelque titre que ce soit » : une annonce d'apporteur ou de courtier qui omet ce message est un signal d'alerte.

Comment juger un apporteur avant de signer ?

Cinq questions suffisent à écarter la plupart des apporteurs à risque :

Question Réponse qui rassure Signal d'alarme
D'où viennent vos contacts ? Réseau professionnel, anciens clients, formulaire sur un site « Plateau d'appels », « fichiers », campagnes de SMS
Pouvez-vous fournir la preuve de chaque demande ? Document ou page, date, texte de l'accord « Le client est intéressé, il attend votre appel »
Êtes-vous immatriculé, et avez-vous une attestation URSSAF ? Numéro, attestation récente Paiement demandé sans facture
Êtes-vous payé par d'autres que moi ? Réponse claire, par écrit Il est aussi l'accompagnateur ou l'auditeur du ménage
Que promettez-vous au client sur les aides ? Rien, il renvoie vers vous ou France Rénov' Un montant de prime annoncé avant votre visite

Une fois l'apporteur retenu, mesurez-le comme tout canal : coût par chantier signé, taux d'annulation. Et pour les partenaires qui vous recommandent sans en faire leur métier (agents immobiliers, syndics, anciens clients), le plus simple pour garder la trace de la demande est de leur donner le lien de votre simulateur plutôt que votre numéro : le particulier décrit lui-même son projet, et sa demande arrive datée.

Chiffres clés

2 400 €

par an et par bénéficiaire, seuil au-delà duquel les commissions versées se déclarent (BOFiP, BOI-BIC-DECLA-30-70-20)

5 000 € HT

montant global du contrat à partir duquel l'attestation de vigilance de l'apporteur est obligatoire (code du travail, art. R. 8222-1)

14 jours

délai maximal après l'engagement d'un chantier chez un particulier pour contractualiser la contribution CEE (code de l'énergie, art. R. 221-22)

Questions fréquentes

Un simple apporteur n'a pas droit à l'indemnité de fin de contrat d'un agent commercial, mais la rupture reste encadrée : rompre brutalement une relation commerciale établie sans préavis écrit suffisant engage votre responsabilité (code de commerce, art. L. 442-1, II), et un apporteur qui vous envoie des clients depuis des années peut l'invoquer. Mettez donc fin au contrat par écrit, avec le préavis qu'il prévoit, proportionné à la durée de la relation. Et si, dans les faits, il négociait vos devis de façon permanente pour votre compte, il peut revendiquer le statut d'agent commercial : l'article L. 134-11 du code de commerce impose alors un préavis d'un mois la première année, de deux mois la deuxième et de trois mois ensuite pour un contrat à durée indéterminée, et l'article L. 134-12 lui ouvre une indemnité compensatrice, qu'il doit réclamer dans l'année qui suit la cessation. Le nom donné au contrat ne suffit pas à l'écarter.

Sources

  1. Article L. 223-1 du code de la consommation, version en vigueur depuis le 11 août 2026

    Légifrance, 11 août 2026

  2. Article L. 242-16 du code de la consommation

    Légifrance, 26 juillet 2020

  3. Loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 contre toutes les fraudes aux aides publiques, article 13 (articles L. 223-8, L. 224-114 et L. 242-16-1 du code de la consommation)

    Légifrance, 30 juin 2025

  4. Article L. 224-114 du code de la consommation

    Légifrance, 2 juillet 2025

  5. Article L. 221-18 du code de la consommation (délai de rétractation)

    Légifrance, 1 juillet 2016

  6. Code de commerce, articles L. 134-1 à L. 134-17 (agents commerciaux)

    Légifrance

  7. Cour de cassation, chambre commerciale, 14 avril 2021, n° 18-13.763

    Légifrance, 14 avril 2021

  8. Déclaration des commissions, courtages, ristournes commerciales, vacations, honoraires (BOI-BIC-DECLA-30-70-20)

    BOFiP-Impôts, 12 février 2025

  9. TVA, taux normal (BOI-TVA-LIQ-20)

    BOFiP-Impôts, 19 septembre 2014

  10. TVA, prestations de services imposables au taux normal (BOI-TVA-LIQ-20-20)

    BOFiP-Impôts, 7 août 2024

  11. TVA, mentions obligatoires générales des factures (BOI-TVA-DECLA-30-20-20-10)

    BOFiP-Impôts, 18 octobre 2013

  12. Facturation : mentions obligatoires (franchise en base de TVA)

    Service-Public.fr, 1 janvier 2026

  13. Article L. 442-1 du code de commerce (rupture brutale d'une relation commerciale établie)

    Légifrance, 20 août 2026

  14. Article R. 8222-1 du code du travail (seuil de 5 000 € HT)

    Légifrance, 1 mai 2015

  15. Comment obtenir une attestation de vigilance ?

    Service-Public.fr, 6 juillet 2026

  16. Article R. 221-22 du code de l'énergie (rôle actif et incitatif)

    Légifrance, 28 décembre 2022

  17. MaPrimeRénov'

    Service-Public.fr, 1 septembre 2026

  18. Mon Accompagnateur Rénov'

    Ministère de la Transition écologique, 20 avril 2026

  19. Arrêté du 7 juillet 2026 relatif à l'information sur l'existence et le rôle du service public de la performance énergétique de l'habitat dans les supports de promotion ou de publicité proposant des travaux de rénovation énergétique

    Légifrance, 7 juillet 2026

  20. Décret n° 2026-774 du 12 août 2026 (signe de qualité de l'entreprise qui facture en sous-traitance)

    Légifrance, 12 août 2026

  21. Article L. 271-6 du code de la construction et de l'habitation

    Légifrance, 2 juillet 2025

  22. Décret n° 2010-1200 du 11 octobre 2010 pris pour l'application de l'article L. 271-6 du code de la construction et de l'habitation

    Légifrance, 11 octobre 2010

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Louis Airy

Louis est COO d'Argile. Après quatre ans de conseil en stratégie et près de deux ans comme chief of staff dans l'adaptation du logement et le réemploi, il a rejoint Argile en mars 2024. Au contact quotidien des entreprises RGE, il suit les sujets CEE, MaPrimeRénov' et TVA réduite, et reprend les articles concernés quand un barème change. Ce qu'il écrit est ce qu'il vérifie ensuite sur des devis réels.

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