Un taux horaire se calcule sur les heures facturables, pas sur les heures payées. La durée annuelle de référence du code du travail est de 1 607 heures (article L3121-41), mais un compagnon qui passe 30 % de son temps en déplacement, préparation, visite technique, SAV et administratif n'en vend qu'environ 1 130 : le même coût annuel se répartit alors sur un tiers d'heures en moins et le coût de revient horaire monte de 42 %. Deuxième écart, propre au bâtiment : la cotisation congés payés versée à la caisse CIBTP, 19,70 % du salaire brut en Île-de-France au 1er avril 2026, s'ajoute aux cotisations URSSAF et disparaît souvent du calcul. Troisième écart, purement arithmétique : viser 20 % de marge sur le prix de vente ne s'obtient pas en multipliant le coût de revient par 1,20 mais par 1,25.
Des heures payées aux heures facturables
Le premier calcul à poser n'est pas un prix mais un dénominateur. Partez des 1 607 heures de référence, puis retirez tout ce qui est payé sans être vendu. Les volumes ci-dessous sont un exemple de compagnon en second œuvre à reprendre avec vos propres pointages, mais l'ordre de grandeur des postes est stable d'une entreprise à l'autre.
| Poste | Heures par an |
|---|---|
| Durée annuelle de référence | 1 607 |
| Congés supplémentaires, absences, arrêts | −40 |
| Déplacements dépôt et inter-chantiers | −160 |
| Préparation, approvisionnement, chargement | −100 |
| Visites techniques et devis non signés | −70 |
| SAV et reprises sous garantie | −50 |
| Formation, réunions, administratif | −60 |
| Heures facturables | 1 127 |
Soit un taux d'occupation de 70 %. Ce chiffre est le vrai levier de la rentabilité : il se travaille par le regroupement géographique des chantiers, par le taux de signature des devis et par la réduction des reprises, pas par le prix affiché. Le temps passé en visite technique et en chiffrage est celui qui se comprime le plus vite quand le relevé alimente directement le devis.
Le dénominateur décide du coût horaire avant toute négociation
Prenez un coût annuel complet de 66 000 € pour un compagnon, salaire chargé plus quote-part de véhicule, outillage, assurances, logiciels et frais de structure. Le coût de revient horaire ne dépend plus que du nombre d'heures sur lequel vous l'étalez.
| Heures facturables dans l'année | Coût de revient horaire |
|---|---|
| 1 607 | 41,1 € |
| 1 400 | 47,1 € |
| 1 250 | 52,8 € |
| 1 127 | 58,6 € |
| 1 000 | 66,0 € |
Entre le haut et le bas du tableau, l'écart est de 25 €/h à charges identiques. C'est la raison pour laquelle deux entreprises aux mêmes salaires peuvent afficher des taux horaires très différents sans que l'une soit chère et l'autre bon marché : elles ne vendent simplement pas le même nombre d'heures.
Ce que le bâtiment ajoute au coût employeur
Congés payés et intempéries : deux cotisations de caisse, pas d'URSSAF
Les entreprises du bâtiment ne provisionnent pas elles-mêmes les congés payés de leurs ouvriers : elles cotisent auprès d'une caisse CIBTP, qui verse ensuite l'indemnité. La cotisation est assise sur le salaire brut et son taux est fixé caisse par caisse, à 19,70 % en Île-de-France au 1er avril 2026. Elle s'ajoute aux cotisations URSSAF de droit commun, et non l'inverse : un coût employeur calculé à partir d'un simulateur généraliste la manque intégralement.
La cotisation chômage-intempéries suit la même logique, à 0,68 % en gros œuvre et 0,13 % en second œuvre sur les salaires plafonnés. Elle est assortie d'un abattement annuel, 96 168 € pour la période du 1er avril 2026 au 31 mars 2027, en dessous duquel l'entreprise ne cotise pas. Attention toutefois : l'exonération de cotisation ne vaut pas exonération de déclaration ni de versement des indemnités aux salariés arrêtés.
Restent les postes que l'on affecte rarement à l'heure et qui pèsent pourtant : véhicule et carburant, outillage et amortissements, assurance décennale et responsabilité civile, logiciels, comptabilité, gestion et évacuation des déchets, et le coût de la qualification elle-même quand vous êtes engagé dans un cycle RGE. Sur ce dernier poste, l'ordre de grandeur est chiffré dans notre article sur le coût de la certification RGE.
Du coût de revient au prix de vente : le coefficient
Le coût de revient horaire n'est pas un prix de vente. Il faut encore couvrir la marge, c'est-à-dire ce qui finance l'imprévu, l'investissement et le résultat. Et c'est là que se joue l'erreur la plus coûteuse du chiffrage artisanal.
| Marge visée sur le prix de vente | Coefficient correct | Coefficient si l'on multiplie par 1 + marge | Marge réellement obtenue |
|---|---|---|---|
| 10 % | 1,111 | 1,10 | 9,1 % |
| 15 % | 1,176 | 1,15 | 13,0 % |
| 20 % | 1,250 | 1,20 | 16,7 % |
| 25 % | 1,333 | 1,25 | 20,0 % |
| 30 % | 1,429 | 1,30 | 23,1 % |
Marge sur coût ou marge sur prix de vente : la confusion qui coûte trois points
Une marge de 20 % sur le coût de revient et une marge de 20 % sur le prix de vente ne sont pas la même chose. La première multiplie le coût par 1,20, la seconde le divise par 0,80, soit une multiplication par 1,25. Confondre les deux fait perdre 3,3 points de marge sur chaque ligne, et l'écart se creuse quand le taux visé monte : à 30 %, le coefficient correct est 1,429 et l'erreur coûte près de 7 points.
La méthode classique du bâtiment sépare d'ailleurs les deux étapes : on part du déboursé sec, on lui applique un coefficient de frais généraux qui ramène la structure sur les heures productives, puis on applique le coefficient de marge à ce coût de revient. Confondre les deux coefficients revient à financer la structure sur la marge, donc à travailler à perte dès le premier aléa. La formule à retenir tient en une ligne : prix de vente = coût de revient ÷ (1 − taux de marge). Elle s'applique de la même façon à la main-d'œuvre et à la fourniture, à condition de partir du coût réel de la fourniture livrée sur chantier, et non du tarif catalogue. Sur ce point, les prix, la TVA et les caractéristiques du matériel se tiennent à jour dans le catalogue, ce qui évite de recalculer chaque ligne à la main.
Ce qu'on suit chantier par chantier pour corriger le taux
Un taux horaire n'est juste que jusqu'au chantier suivant. Le contrôle utile tient en deux chiffres relevés à la clôture : les heures réellement passées par poste, et l'écart au temps vendu. Une dérive de trente minutes par jour et par compagnon, c'est environ 110 heures par an, soit près de 10 % du volume facturable de l'exemple ci-dessus. Reportez cet écart sur le devis suivant plutôt que sur le résultat de l'exercice.
Deux points de vigilance côté trésorerie. Le taux horaire ne dit rien du décalage entre les décaissements et les encaissements : la fourniture est payée au fournisseur bien avant que la situation ne soit réglée, et c'est ce décalage qui met les entreprises en défaut, pas la marge. Voyez sur ce point les délais de paiement en rénovation. Enfin, un devis qui ne porte pas les mentions obligatoires se renégocie ligne à ligne : la main-d'œuvre, le matériel et les accessoires descendent du plan de travaux avec la TVA appliquée ligne par ligne, ce qui laisse la discussion sur le périmètre plutôt que sur le prix de l'heure.


