La consommation électrique d'une pompe à chaleur air/eau tient en une division : le besoin de chauffage de la maison, divisé par le SCOP de la machine au régime d'eau des émetteurs. Une maison qui demande 12 000 kWh de chaleur par an, chauffée par une PAC de SCOP 3, consomme 4 000 kWh d'électricité. Le calcul est simple ; ce qui le rend juste ou faux, c'est le choix des deux termes, et c'est là que se jouent la crédibilité de votre devis et la facture que votre client recevra l'hiver suivant.
La formule : un besoin, un SCOP, puis les ajouts
Le règlement européen d'écoconception des dispositifs de chauffage, le n° 813/2013, définit le SCOP exactement comme on s'en sert sur un chantier : le rapport entre la demande annuelle de chauffage et la consommation annuelle d'énergie nécessaire pour la couvrir. Retourné, il donne la consommation :
kWh électriques = besoin de chauffage ÷ SCOP
Trois termes s'ajoutent ensuite, quand ils existent :
- l'appoint électrique, qui rend un kWh de chaleur pour un kWh consommé, sur la part du besoin que la machine ne couvre pas ;
- l'eau chaude sanitaire, si la PAC la produit, divisée par son propre COP de production d'eau chaude ;
- les équipements ajoutés autour de la machine dans la maison, qui ne faisaient pas partie de l'essai.
Ce qui n'a pas à être ajouté : les consommations de la PAC à l'arrêt, en veille, à l'arrêt par thermostat et celle de la résistance de carter. Le règlement les compte déjà dans la consommation annuelle qui sert à calculer le SCOP.
Le besoin de chauffage : celui du calcul, pas celui de l'ancienne facture
Le besoin est la chaleur que la maison perd sur une saison, pas l'énergie que consommait l'ancienne chaudière : cette consommation-là contient le rendement de la chaudière, ses pertes, et les habitudes d'un foyer qui se chauffait peut-être à 17 °C pour limiter la facture. Le bon point de départ est le calcul de déperditions qui a servi à choisir la puissance, celui que décrit notre article sur le dimensionnement d'une PAC par les déperditions, rapporté aux degrés-heures du climat du chantier. Le besoin calculé par le DPE est une autre base possible, avec la limite d'un calcul conventionnel que notre article sur le calcul des DJU permet de situer.
Quel SCOP retenir : 35 °C ou 55 °C
C'est le terme où l'erreur est la plus fréquente, parce que la fiche d'une PAC porte deux performances. Le règlement n° 813/2013 distingue l'application à basse température, où la machine délivre sa puissance pour une eau à 35 °C en sortie, et l'application à moyenne température, à 55 °C. Il impose de déclarer les paramètres pour la moyenne température, sauf pour les PAC conçues pour la basse température.
La règle de chantier en découle : on retient le SCOP du régime dont les émetteurs ont besoin. Un plancher chauffant ou des radiateurs dimensionnés pour une eau à 35 °C autorisent le chiffre basse température ; des radiateurs existants qui demandent 55 °C par grand froid imposent le chiffre moyenne température. Prendre le meilleur des deux pour une maison sur radiateurs haute température sous-estime la consommation, et c'est votre estimation qui sera comparée au premier relevé du compteur. L'article sur la PAC basse ou haute température face aux émetteurs détaille comment trancher.
La fiche donne souvent l'efficacité saisonnière (Etas, en %) plutôt que le SCOP. Le règlement les relie : l'Etas est le SCOP divisé par un coefficient de conversion de 2,5, puis corrigé de la contribution des régulateurs de température. Le SCOP vaut donc au moins 2,5 fois l'Etas : un Etas de 126 % correspond à un SCOP d'au moins 3,15, un Etas de 111 % à un SCOP d'au moins 2,78. Ces deux valeurs ne sont pas prises au hasard : ce sont les seuils que la fiche BAR-TH-171 exige pour la prime CEE, 126 % en basse température et 111 % en moyenne ou haute température. Une machine éligible à la prime est donc au moins à ce niveau ; le calculateur plus bas part de ce plancher, à remplacer par la valeur de la fiche produit.
Dernière nuance : le règlement établit ces performances pour des conditions climatiques moyennes, celles de Strasbourg. Une maison en altitude ou dans le Nord fait travailler la machine plus souvent par temps froid, où son COP baisse ; une maison du littoral méditerranéen, l'inverse. Notre article sur la courbe de chauffe et la température extérieure montre comment la performance varie avec la température extérieure, et celui sur le COP à charge partielle ce qui se passe quand la machine tourne loin de sa puissance nominale.
L'appoint, le surdimensionnement et la régulation
Trois réglages font dériver la consommation réelle de celle de la fiche, et tous trois relèvent de l'installateur.
L'appoint électrique. Une résistance rend un kWh de chaleur pour un kWh d'électricité. Chaque point du besoin qui bascule sur elle coûte deux à trois fois plus que s'il était passé par le compresseur. Une machine trop juste par rapport aux déperditions, ou une loi d'eau mal réglée qui fait déclencher l'appoint dès les premières gelées, déplace une part du besoin vers la résistance ; l'article PAC et appoint électrique dit quand il est justifié.
Le surdimensionnement. Une machine trop puissante pour la maison passe sa saison en marche-arrêt, loin de son point de fonctionnement efficace. Les erreurs de dimensionnement les plus fréquentes en rénovation commencent souvent par une puissance choisie sur l'ancienne chaudière.
La régulation. La température d'eau commande le COP : chaque degré gagné sur la loi d'eau se retrouve sur la facture. La fiche BAR-TH-171 exige d'ailleurs un régulateur, dont la classe doit figurer sur la preuve de réalisation.
L'eau chaude sanitaire
Quand la PAC produit aussi l'eau chaude, son besoin s'ajoute, divisé par le COP de la machine en production d'eau chaude, qui travaille à une température d'eau élevée et fait donc moins bien qu'en chauffage. Ce besoin dépend surtout du nombre d'occupants : notre article sur la consommation d'eau chaude sanitaire donne les ordres de grandeur pour le chiffrer.
Passer aux euros : le bon prix du kWh
Le prix à prendre est celui du contrat du client. À défaut, le tarif réglementé de vente fait référence. La CRE publie ses barèmes hors taxes : au 1er août 2026, l'énergie coûte 13,61 c€/kWh HT en option Base jusqu'à 6 kVA, 13,48 c€ à partir de 9 kVA, et 14,79 c€ en heures pleines contre 10,18 c€ en heures creuses. S'y ajoutent l'accise sur l'électricité, ramenée à 30,62 €/MWh au 1er août 2026 pour les puissances jusqu'à 36 kVA, puis la TVA, à 20 % sur la consommation comme sur l'abonnement en métropole.
| Option du tarif réglementé, 1er août 2026 | Prix HT | Prix TTC |
|---|---|---|
| Base, 3 et 6 kVA | 13,61 c€/kWh | 20,01 c€/kWh |
| Base, 9 kVA et plus | 13,48 c€/kWh | 19,85 c€/kWh |
| Heures pleines | 14,79 c€/kWh | 21,42 c€/kWh |
| Heures creuses | 10,18 c€/kWh | 15,89 c€/kWh |
Deux points à signaler au client. La PAC fait souvent monter la puissance souscrite, et donc l'abonnement, que ce calcul ne compte pas ; l'article sur le raccordement électrique d'une PAC en traite. Et l'option Base est en extinction à partir de 9 kVA selon le même barème : un client qui change de puissance passe en heures creuses ou en Tempo, où le prix moyen dépend de la part de la consommation placée la nuit.
Le calculateur
Saisissez le besoin de chauffage, choisissez le régime des émetteurs, remplacez le SCOP par celui de la machine prévue, puis ajoutez l'appoint et l'eau chaude s'il y a lieu. La même chaleur est chiffrée en face sur une chaudière gaz, au prix repère publié par la CRE.
Calculateur
Ce que la PAC consommera sur un an
Partez du besoin de chauffage de la maison, celui de votre calcul de déperditions ou du DPE, puis du SCOP de la machine au régime d’eau des émetteurs. La même chaleur est chiffrée en face sur une chaudière gaz.
kWh/an
SCOP
%
kWh/an
0,1985 €/kWh
Électricité
4 317
kWh consommés par an
Coût
857 €
€ TTC par an, hors abonnement
Chaleur produite
12 000
kWh livrés par an
64 %
Énergie renouvelable puisée dans l’air (COP global 2,78)
36 %
Énergie électrique
La même chaleur, par an
Chaudière gaz
2 199 €
Pompe à chaleur
857 €
Écart annuel, hors abonnements
1 342 €
−61 %
SCOP par défaut : 2,5 × le seuil d’efficacité saisonnière (Etas) de la fiche CEE BAR-TH-171, 126 % en basse température et 111 % en moyenne ou haute température, soit un plancher à remplacer par la valeur de la fiche produit. Électricité : tarif réglementé option Base 9 kVA et plus au 1er août 2026 (19,85 c€/kWh TTC ; 20,01 c€ jusqu’à 6 kVA, 21,42 c€ en heures pleines et 15,89 c€ en heures creuses). Gaz : prix repère CRE de novembre 2026, profil chauffage, zone GRDF. Chaudière : 86 %, plancher réglementaire d’une chaudière neuve ; une chaudière ancienne fait moins. Abonnements non compris. Ordre de grandeur, sans valeur contractuelle.
Outil Argile
Un exemple pour fixer les ordres de grandeur
Prenons une maison dont le calcul de déperditions donne un besoin de 12 000 kWh par an, chiffre retenu ici pour l'illustration, au tarif Base 9 kVA à 19,85 c€/kWh.
| Hypothèse | Électricité consommée | Coût annuel |
|---|---|---|
| PAC au plancher basse température (SCOP 3,15), plancher chauffant | 3 810 kWh | 756 € |
| PAC au plancher moyenne température (SCOP 2,78), radiateurs à 55 °C | 4 317 kWh | 857 € |
| Même machine sur radiateurs, 10 % du besoin passé sur l'appoint | 5 085 kWh | 1 009 € |
| Chaudière gaz à 86 %, prix repère CRE chauffage de novembre 2026 à 15,76 c€/kWh | 13 953 kWh de gaz | 2 199 € |
Deux lectures pour le devis. L'écart entre les deux premières lignes, une centaine d'euros par an, est ce que coûtent des émetteurs qui demandent 55 °C au lieu de 35 °C. Et 10 % du besoin basculé sur l'appoint suffisent à faire passer le COP global de l'installation de 2,78 à 2,36, soit près de 18 % de consommation en plus. Les 86 % de la chaudière sont le plancher d'efficacité saisonnière qu'impose le règlement n° 813/2013 aux chaudières neuves jusqu'à 70 kW : une chaudière ancienne fait moins, et l'écart en faveur de la PAC grandit d'autant. Aucun de ces montants ne compte les abonnements.
Ce qu'il faut retenir
- La consommation d'une PAC air/eau est le besoin de chauffage divisé par le SCOP, plus l'appoint, plus l'eau chaude sanitaire.
- Le besoin vient du calcul de déperditions, pas de la facture de l'ancienne chaudière.
- Le SCOP est celui du régime d'eau des émetteurs : 35 °C pour un plancher chauffant, 55 °C pour des radiateurs qui le demandent.
- Le SCOP vaut au moins 2,5 fois l'Etas de la fiche ; les seuils de la BAR-TH-171, 126 % et 111 %, donnent les planchers 3,15 et 2,78.
- L'appoint, le surdimensionnement et la loi d'eau font la différence entre la fiche et le compteur.
- Au tarif réglementé du 1er août 2026, le kWh coûte 19,85 c€ TTC en Base à partir de 9 kVA, abonnement non compris.
Pour comparer ensuite l'investissement et les économies sur la durée, notre outil de rentabilité d'une PAC reprend le calcul, et l'article sur le prix d'une PAC air/eau montre comment le présenter dans le devis.




