Sur une installation neuve ou une substitution de générateur, le NF DTU 65.16 borne la puissance de la PAC entre 70 et 100 % de la déperdition D calculée à la température de base, et exige que l’ensemble PAC plus appoint atteigne au moins 1,2 × D. L’appoint fait partie intégrante du système de chauffage, ce qui interdit de compter un insert ou des convecteurs déjà présents chez le client, puisqu’il peut les retirer et rendre la température de confort inatteignable les jours les plus froids. Ces bornes sont publiées dans le tableau de dimensionnement du NF DTU 65.16 Partie 1-1, repris par l’Agence Qualité Construction dans Qualité Construction n° 167.
Ce que le NF DTU 65.16 impose au dimensionnement de l’appoint
Les bornes de puissance selon le cas de chantier
Le référentiel distingue l’installation neuve, ou la substitution de générateur, de la relève d’une chaudière existante. Le tableau ci-dessous reprend les bornes applicables, avec D la déperdition du volume chauffé à la température de base et Ppac la puissance délivrée par la machine à cette température de base et à la température de départ prévue.
| Cas de chantier | Puissance de la PAC | Appoint |
|---|---|---|
| Neuf, existant ou substitution, PAC tout ou rien | 70 % × D ≤ Ppac ≤ 100 % × D | Ppac + appoint ≥ 1,2 × D |
| Neuf, existant ou substitution, PAC à variation de puissance, locaux d’inertie moyenne ou lourde | 70 % × D ≤ Ppac ≤ 100 % × D | Ppac + appoint ≥ 1,2 × D |
| Neuf, existant ou substitution, PAC à variation de puissance, inertie plus faible | 80 % × D ≤ Ppac ≤ 100 % × D | Ppac + appoint ≥ 1,2 × D |
| Installation existante, relève par une chaudière | Aucune règle sur la puissance de la PAC | Pchaudière ≥ 1,2 × D |
En monophasé avec appoint électrique, le référentiel demande deux niveaux de puissance minimum au-delà de 3 kW d’appoint. Retenez aussi la formulation exacte du texte, elle vaut clause : l’appoint fait partie du système de chauffage.
Pourquoi un appareil déjà présent ne peut jamais servir d’appoint
Le NF DTU 65.16 est catégorique : l’appoint considéré dans le dimensionnement doit toujours faire partie intégrante du système, et les appareils indépendants, insert ou convecteur électrique, ne peuvent en aucun cas être considérés comme appoints. Le raisonnement est celui de la responsabilité décennale. Le maître d’ouvrage peut supprimer un poêle pour ses propres raisons, et l’installation que vous avez signée devient alors incapable d’atteindre la température de confort par grand froid. Un appoint compté hors système est un sous-dimensionnement différé, pas une économie.
La température de base, pas le point d’essai catalogue
L’erreur récurrente est de lire la puissance de la machine au point d’essai normalisé et de l’opposer à la déperdition. Le référentiel demande la puissance délivrée à la température de base du site et à la température de départ prévue à cette température. La température de base est déterminée en annexe A du NF DTU 65.16 Partie 1-1 et varie fortement selon la localisation : de l’ordre de -4 °C en Bretagne, -15 °C en plaine d’Alsace selon l’exemple donné par l’Agence Qualité Construction. Prendre la puissance affichée à -7 °C pour un chantier alsacien fausse le calcul dès la première ligne.
Identifier précisément quand l’appoint se déclenche sur le terrain
Les déclencheurs les plus fréquents : température extérieure, consigne, loi d’eau
L’appoint démarre quand la machine n’atteint plus la température de départ demandée. Les causes classiques sont une température extérieure sous le point de bivalence, une consigne trop haute, ou une loi d’eau trop raide qui demande vite des températures élevées. Pour affiner, reportez-vous à la courbe de chauffe.
Paramétrages et régulations : courbe de chauffe, hystérésis, plages horaires
Vérifiez la courbe de chauffe, puis l’hystérésis. Trop faible, elle déclenche l’appoint au moindre écart. Regardez aussi les plages horaires et les modes confort permanents, qui empêchent l’abaissement nocturne. Un relevé sur la régulation ou l’application donne l’heure exacte du basculement, et c’est cette trace qui tranche un litige de conso.
Indices à vérifier en dépannage : défauts, cycles courts, sous-débit, manque de fluide
Si l’appoint se met sans froid marqué, cherchez une alarme, des cycles courts, ou un sous-débit (filtre, circulateur, embouage). Un manque de fluide ou un échangeur encrassé fait chuter la puissance délivrée. Contrôlez ΔT, débit et intensité de l’appoint, et notez les trois valeurs sur la fiche d’intervention.
Fonctionnement alterné ou simultané : ce que vous choisissez engage la conso
Alterné, simultané, et le point d’équilibre
En fonctionnement alterné, la PAC assure seule le chauffage jusqu’à une température donnée, s’arrête, et l’appoint prend le relais. En simultané, la PAC continue sous le point de bivalence et l’appoint complète, jusqu’à une éventuelle température d’arrêt de la machine où l’appoint assure seul. Le mode retenu change la part d’énergie électrique directe sur la saison, donc le SCOP réel, et se documente dans la note de dimensionnement.
Cas typiques qui sur-sollicitent la résistance : émetteurs, ECS, enveloppe
La résistance se déclenche surtout quand il faut monter haut en température de départ. Émetteurs dimensionnés pour 70 °C, loi d’eau trop ambitieuse, enveloppe encore perméable. L’ECS crée aussi des pics de demande, et le cycle anti-légionelles appelle l’appoint sur beaucoup de machines. Relevez la température de départ atteinte à la température de base avant de conclure au défaut matériel.
Ce que vous écrivez sur le devis et dans la note de dimensionnement
Faites apparaître D, la température de base retenue, la puissance de la PAC à cette température et la puissance d’appoint intégrée, avec le total rapporté à 1,2 × D. C’est cette page, générée au format NF EN 12831-1 à partir des relevés de la visite technique, qui vous protège en cas de contrôle et qui vous permet de justifier un prix face à un moins-disant qui a coté une machine plus petite sans appoint. Un devis qui ne dit rien de l’appoint est un devis qui reporte le risque sur vous.
Réglages pour limiter la consommation sans sortir des bornes
Seuil de bivalence, limitation de puissance, autorisations d’appoint
Réglez un seuil de bivalence cohérent avec la température de base locale, et non avec une valeur d’usine. Limitez la puissance d’appoint au strict nécessaire, autorisez-le seulement quand la machine ne couvre plus la demande, et vérifiez que les deux niveaux exigés au-delà de 3 kW en monophasé sont bien câblés et actifs. Une priorité PAC mal réglée fait prendre la main à la résistance bien avant le point de bivalence calculé.
Sécuriser l’hydraulique avant de toucher aux menus
Un équilibrage des boucles, un désembouage si le réseau est ancien, et l’isolation des tuyaux en volume non chauffé évitent que la résistance rattrape des pertes de distribution. Vérifiez aussi le volume d’eau du circuit : le NF DTU 65.16 impose un volume suffisant pour limiter les courts-cycles et garantir des dégivrages complets, avec une méthode de calcul du volume tampon donnée en annexe B. À défaut de volume, la norme requiert l’ajout d’un ballon tampon.
Viser la plus basse température de départ possible
Réglez la loi d’eau, contrôlez les débits, adaptez les émetteurs pour abaisser la température de départ à la température de base. Chaque degré gagné éloigne le point de bivalence et réduit la part d’appoint sur la saison. Pour poser les bases du calcul, appuyez-vous sur la méthode des déperditions et sur la norme EN 12831.
Contrôles, aides et traçabilité : ce qui est regardé
Ce que le contrôle vérifie sur le dimensionnement
Les contrôles ciblent le bon dimensionnement et les réglages de base. Une note de déperditions, une température de départ cohérente et une loi d’eau calée évitent les surconsommations et les écarts de confort. Le point faible le plus fréquent est l’absence de justification du couple PAC plus appoint face à 1,2 × D, alors que c’est la donnée la plus simple à produire.
Recouper les puissances avant la mise en service
Sur site, croisez trois éléments. La puissance calculée dans l’étude de déperditions, la puissance réellement disponible de la machine à la température de base selon la notice, et vos relevés de temps de marche et de kWh dédiés à l’appoint. Si l’appoint s’active alors que la consigne est modérée, cherchez une incohérence de réglage, d’émetteurs ou d’enveloppe, et évitez les erreurs listées dans les 5 erreurs de dimensionnement.
Tracer la mise en service : documents, relevés et preuves de réglage
Gardez des preuves simples. Fiche de mise en service signée, photos des paramètres, consignes de chauffe, relevés de températures et, si possible, un relevé de fonctionnement après 24 à 48 h incluant les heures d’appoint. C’est votre carnet de bord, utile en contrôle et décisif en SAV quand la conso du premier hiver est contestée.



