Le R744 est du dioxyde de carbone. Il n’est inscrit ni à l’annexe I ni à la section 1 de l’annexe II du règlement (UE) 2024/573, ce qui le place hors des quotas de l’annexe VII, hors du contrôle d’étanchéité de l’article 5 et hors des interdictions de mise sur le marché de l’annexe IV. Côté français, l’article R543-75 du code de l’environnement ferme sa liste sur les CFC, HCFC, HFC hors HFO et PFC : le CO2 n’y est pas non plus. Ce qui contraint un chantier R744 n’est donc pas le régime du fluide, c’est la haute pression du cycle transcritique, le respect des températures d’ECS de l’article 36 de l’arrêté du 23 juin 1978 modifié, et désormais la certification de l’entreprise, à laquelle le CO2 a été rattaché.
Le statut réglementaire du R744, et ce qu’il vaut au devis
Hors annexes, donc hors quota, hors contrôle et hors échéance
Le règlement (UE) 2024/573 est entré en vigueur le 11 mars 2024 en remplacement du règlement (UE) n° 517/2014. Il ne vise que les substances inscrites à ses annexes. Le dioxyde de carbone n’y figure pas, donc une machine au R744 ne consomme pas de quota, ne déclenche aucune périodicité de contrôle d’étanchéité et n’a pas de date d’interdiction de mise sur le marché. C’est un argument qui se démontre, contrairement aux mentions de conformité future des fiches commerciales. Pour la comparaison des fluides et de leurs échéances, voyez les fluides frigorigènes pour les PAC en 2026.
Ce que la trajectoire des quotas rend visible
Le quota de HFC de l’annexe VII passe de 42 874 410 tonnes équivalent CO2 pour 2025-2026 à 21 665 691 pour 2027-2029, puis 9 132 097 pour 2030-2032, et 0 à partir de 2050, sur une base 2015 de 176 700 479 tonnes. Ce n’est pas une interdiction, c’est une raréfaction organisée : le prix du fluide fluoré et son délai d’approvisionnement suivront cette courbe. C’est cette pente, pas une échéance d’interdiction, qui justifie d’étudier le R744 sur une installation dont la durée de vie dépasse quinze ans.
Ce qui reste opposable malgré le statut du fluide
Sortir du champ F-Gas ne dispense d’aucune autre obligation. La première a changé de nature en 2025 : le règlement d’exécution (UE) 2024/2215 a étendu la certification aux réfrigérants naturels, et l’arrêté du 21 novembre 2025 ouvre une catégorie B propre au dioxyde de carbone, obligatoire au 1er janvier 2027. Intervenir sur un circuit R744 suppose donc une attestation de capacité, alors que la lecture tenue tant que seul l’article R543-75 fixait le périmètre concluait l’inverse ; les six catégories et leur calendrier sont détaillés dans l’attestation de capacité, catégories A1 à E. Le régime du fluide, lui, ne bouge pas : ni quota, ni contrôle d’étanchéité, ni date d’interdiction. La pression de service impose par ailleurs un outillage, des flexibles et des manomètres homologués pour la plage du transcritique, et les organes de sécurité haute pression font partie des points de contrôle annuels. Les conditions de garantie du fabricant, elles, restent contractuelles et conditionnent souvent la couverture à une mise en service par un opérateur formé. Sur le calcul et la traçabilité de la charge, quel que soit le fluide, voyez la charge en fluide frigorigène.
Les températures d’ECS, là où le R744 se joue vraiment
Le tableau des températures opposables
L’article 36 de l’arrêté du 23 juin 1978, dans sa rédaction issue de l’arrêté du 30 novembre 2005, fixe deux séries d’exigences qui se contredisent en apparence : monter en température contre les légionelles, la plafonner contre les brûlures. C’est ce couple qui commande le schéma hydraulique, pas la performance de la machine.
| Objet | Exigence | Périmètre |
|---|---|---|
| Légionelles, distribution | Au moins 50 °C en tout point du système | Volume supérieur à 3 litres, hors tubes finaux d’alimentation |
| Légionelles, stockage | Au moins 55 °C en permanence en sortie de production | Volume de stockage supérieur ou égal à 400 litres |
| Légionelles, alternative au maintien | Élévation à une température suffisante au moins une fois par 24 heures | Selon les couples température et durée de l’annexe 1 de l’arrêté |
| Brûlures, pièces de toilette | 50 °C au maximum au point de puisage | Douches, salles de bains, lavabos |
| Brûlures, autres pièces | 60 °C au maximum au point de puisage | Hors cuisines et buanderies |
| Brûlures, cuisines et buanderies d’ERP | 90 °C au maximum, points signalés | Établissements recevant du public |
Les couples température et durée de l’annexe 1 ne sont pas reproduits dans l’article : ouvrez l’annexe avant de paramétrer une élévation périodique, ne reprenez pas une valeur trouvée ailleurs.
Pourquoi le cycle transcritique s’accommode bien de ces contraintes
Le CO2 ne condense pas comme un fluide subcritique : au-dessus du point critique, il cède sa chaleur en refroidissement de gaz, avec un glissement de température important. Cela convient à un échange contre-courant sur un ballon, où l’eau entre froide et sort chaude. La conséquence pratique est constante : plus l’eau qui rentre au refroidisseur de gaz est froide, meilleur est le rendement. Un retour de bouclage à température élevée détruit cet avantage, c’est le point à vérifier avant tout chiffrage.
Les chantiers où cela se traduit en résultat
Logement collectif, logement social, hôtellerie, restauration, salles de sport et laveries partagent le même profil : besoin d’ECS important, régulier, avec une consigne élevée et un stockage déjà en place. C’est là que le R744 se compare favorablement, et c’est là qu’il faut relever le bouclage, son équilibrage et son isolation avant de dimensionner. Sur la méthode de dimensionnement en puissance, voyez dimensionner la puissance d’une PAC.
Pose, mise en service et suivi d’une machine transcritique
Ce qui se relève avant de figer la puissance
Le piège le plus courant est de retenir la puissance catalogue sans vérifier le couple de températures réel. Relevez les besoins à la température de base, la puissance disponible du fabricant à ces conditions précises, le volume de stockage, la température de retour de bouclage et la plage de modulation. Une machine transcritique surdimensionnée fait des cycles courts exactement comme une autre, avec en prime des transitoires de pression plus sévères.
Ces relevés prennent leur sens une fois les déperditions calculées pièce par pièce selon la NF EN 12831-1 et rassemblées dans une note de dimensionnement.
L’hydraulique et la régulation, dans l’ordre
Traitez le circuit comme une tuyauterie neuve : rinçage, pot à boues magnétique, filtre, purgeurs, équilibrage des débits. Puis la régulation : consigne stable, sondes correctement placées, priorité ECS explicite et stratégie d’élévation périodique conforme à l’annexe 1 de l’arrêté. La stratification du ballon n’est pas un raffinement sur une machine transcritique, elle conditionne directement la température d’entrée au refroidisseur de gaz.
Ce que vous suivez après la mise en service
Planifiez une visite annuelle avec nettoyage des échangeurs, contrôle des circulateurs, de la soupape, du vase d’expansion, de la qualité d’eau et des sécurités haute pression propres au R744. Posez un compteur d’énergie ou relevez les index : une dérive de performance se voit dans les kWh bien avant de se voir en SAV. Sur la lecture des indicateurs de performance, voyez SCOP et COP.
Ce que vous chiffrez et ce que vous annoncez
Les postes qui expliquent le prix
- Matériel : composants dimensionnés pour la plage de pression du transcritique.
- Pose : temps de mise en service et exigence de qualité sur l’hydraulique et le bouclage.
- Exploitation : consommation directement liée à la température de retour de bouclage.
- Entretien : visite annuelle, contrôle des sécurités haute pression et suivi des index.
Ces quatre postes se retrouvent tels quels au devis, où matériel, pose et accessoires arrivent du plan de travaux et la TVA s’applique ligne par ligne.
Ce qui s’annonce, et ce qui ne s’annonce pas
Annoncez le statut réglementaire du fluide, qui se vérifie, et une performance adossée aux courbes du fabricant à vos couples de température. N’annoncez pas de température d’eau maximale sans la référence de la fiche technique correspondante, ni de rendement moyen sans dire à quel régime il est atteint. Sur la méthode de calcul de la performance saisonnière, voyez le calcul du SCOP.
Les preuves à joindre au dossier
Note de dimensionnement avec le couple de températures retenu, courbes fabricant aux conditions du site, relevé du bouclage existant, PV de mise en service avec paramétrage de la stratégie ECS, et index de départ pour le suivi. C’est ce dossier qui vous protège si la performance est contestée une saison plus tard, alors que le bouclage aura été modifié sans vous.


