Sur une chaudière étanche, le conduit concentrique amène l'air de combustion et évacue les fumées dans un même ensemble, ce qui rend l'appareil indépendant de l'air du local. Deux paramètres décident du résultat. La longueur équivalente, somme des longueurs droites et des équivalents de coudes et d'accessoires, se calcule avant de commander et se compare au maximum autorisé par le fabricant pour le diamètre retenu. La position du débouché relève de l'arrêté du 23 février 2018 et du NF DTU 61.1 P4, complétés par la notice, souvent plus restrictive. Le reste des mises en sécurité vient du sens de montage et de la pente des condensats.
Comprendre ce que change une chaudière étanche
Le conduit fait deux métiers à la fois
Sur un appareil étanche, dit de type C, le circuit de combustion ne communique pas avec l'air du local. Le conduit concentrique matérialise ce principe : le tube intérieur évacue les fumées, l'espace annulaire extérieur amène l'air neuf depuis l'extérieur. L'appareil ne prélève donc rien dans la pièce, ce qui supprime la dépendance à la ventilation du local et le risque de refoulement lié à une dépression, en particulier dans un logement très étanche ou équipé d'une VMC puissante.
Conséquence pratique souvent sous-estimée : l'air d'admission passe autour d'un tube chaud, il se préchauffe. C'est utile pour le rendement, mais cela veut aussi dire que l'ensemble travaille en régime thermique couplé, et qu'un défaut d'étanchéité entre les deux voies fait recirculer des fumées dans l'air d'admission sans que rien ne se voie depuis l'extérieur.
Concentrique ou conduits séparés
Le concentrique gagne quand le parcours est court et simple : une seule traversée de paroi, un seul terminal, une pose rapide. Les conduits séparés gagnent quand le cheminement impose des trajets divergents pour l'air et pour les fumées, quand la longueur autorisée en concentrique est dépassée, ou quand le diamètre nécessaire ne passe pas dans le réservé disponible. Le basculement se décide au moment du calcul de longueur équivalente, pas une fois le trou percé.
La désignation du système
Un conduit concentrique est un système certifié et marqué CE, désigné selon la NF EN 1443, publiée en juin 2019. Cette désignation se lit dans l'ordre : classe de température, classe d'étanchéité, aptitude aux condensats, classe de corrosion, résistance au feu de cheminée, distance de sécurité aux matériaux combustibles. La même grille de lecture, appliquée cette fois à un conduit maçonné existant, est détaillée dans notre article sur le tubage du conduit de cheminée.
| Terme | Ce qu'il exprime | Ce qu'on attend sur une chaudière gaz à condensation |
|---|---|---|
| T suivi d'un nombre | Classe de température en degrés Celsius | Une valeur basse suffit, les fumées de condensation sont tièdes |
| N, P ou H | Étanchéité en dépression, en pression positive, en haute pression | P, l'appareil est à ventilateur donc en pression positive |
| W ou D | Aptitude au fonctionnement en condensation | W, obligatoirement |
| 1, 2 ou 3 | Classe de corrosion selon le combustible | 1 pour le gaz, 2 pour le gaz et le fioul à condensation |
| G ou O | Résistance au feu de cheminée | O est admis sur un combustible gazeux |
| Nombre en millimètres | Distance de sécurité aux matériaux combustibles | À tenir en traversée de paroi combustible |
Recopiez cette désignation sur votre attestation de mise en service. C'est ce qui prouvera, plus tard, que le système posé correspondait à l'appareil raccordé.
Dimensionner : la longueur équivalente avant tout
La méthode, et l'erreur qui la ruine
Le fabricant donne une longueur maximale par diamètre, par exemple pour un 60/100 et pour un 80/125. Cette longueur ne se mesure pas au mètre, elle se calcule. Chaque coude consomme une longueur droite fictive, l'équivalent, différente selon l'angle. Chaque accessoire, rallonge, adaptateur d'appareil, terminal particulier, en consomme également.
Le calcul est donc : longueurs droites développées, plus la somme des équivalents de coudes, plus la somme des équivalents d'accessoires. Le résultat se compare au maximum autorisé. L'erreur qui ruine tout est de compter les mètres de tube et d'oublier les coudes, parce que sur un parcours à trois coudes le dépassement est fréquent alors que le mètre linéaire semble confortable.
Si vous dépassez, trois issues seulement : supprimer des coudes en reprenant le tracé, passer au diamètre supérieur si le fabricant l'autorise pour cet appareil, ou basculer en conduits séparés. Il n'existe pas de quatrième option, et surtout pas celle qui consiste à poser quand même et à voir.
La pente et le sens de montage
Sur un conduit concentrique de chaudière à condensation, la pente n'est pas une convention de plomberie, elle décide de l'endroit où l'eau va. La notice indique le sens attendu, en général une pente qui ramène les condensats vers l'appareil et son siphon en horizontal. Une pente inversée envoie l'eau vers le terminal, où elle s'accumule et finit par obstruer partiellement la section, ce qui se solde par une mise en sécurité sans cause apparente.
Les emboîtements se montent également dans un sens précis, celui qui fait que l'eau circule dans le recouvrement et non contre lui. Un élément retourné crée un point de fuite invisible tant qu'il ne coule pas.
Le débouché
Les règles de position du terminal relèvent de l'arrêté du 23 février 2018 et du NF DTU 61.1 P4, avec des valeurs qui dépendent de la puissance et du type de terminal, et une notice fabricant souvent plus restrictive. Plutôt que de retenir des chiffres génériques, retenez la logique : le débouché doit éviter que les produits de combustion soient réintroduits dans le logement ou dans un logement voisin, et ne pas gêner le voisinage.
Les configurations à fuir sont toujours les mêmes.
- Renfoncements, coursives et dessous d'avancée de toit, où les fumées recirculent.
- Proximité immédiate d'un ouvrant, d'une entrée d'air ou d'une bouche de VMC.
- Angles rentrants de façade, qui créent des tourbillons et ramènent les fumées.
- Zones de passage et limites de propriété, où le panache devient un sujet de voisinage.
En cas de doute sur une façade compliquée, la sortie en toiture reste l'option qui ferme le débat.
Poser et réceptionner
Étanchéité et traversées
Les joints font toute la performance du système. Un coup de cutter sur une lèvre, un joint pincé à l'emboîtement, un joint sec monté sans le lubrifiant prévu, et l'étanchéité est perdue sans signe extérieur. Verrouillez chaque élément, fixez sans contraindre le conduit, et traitez la traversée de paroi avec le manchon et la rosace du système, en tenant la distance de sécurité de la désignation en paroi combustible.
La mise en service
Contrôlez l'étanchéité des assemblages, le tirage, les sécurités, et réalisez les mesures de combustion prévues par l'appareil. Vérifiez que l'évacuation des condensats du conduit rejoint bien le siphon de l'appareil et s'écoule, en particulier si le parcours horizontal est long. Si le siphon ne peut pas être atteint gravitairement, il faut traiter le point avec une station de relevage des condensats plutôt que d'improviser un écoulement.
Le dossier de réception
Notice d'installation, preuve de conformité et marquage CE du système, désignation NF EN 1443 complète, longueur équivalente calculée avec le détail des coudes, procès-verbal de mise en service avec les réglages de combustion, photos datées des terminaux, des passages, des colliers et de la pente. C'est la ligne « longueur équivalente calculée » qui vous distingue d'un installateur qui a posé au jugé, et c'est celle qu'on ne trouve presque jamais dans un dossier. Ce dossier se constitue au fil du chantier quand Argile rattache les photos, l'avancement et les documents de réception au dossier issu du devis signé.
Diagnostiquer un concentrique qui pose problème
Odeurs, refoulement, encrassement rapide
Suspectez d'abord un obstacle au terminal, feuilles, nid ou givre, puis une recirculation liée à la position du débouché, puis un défaut d'étanchéité entre voie fumées et voie air. Cette dernière cause est la plus sournoise : l'appareil réaspire ses propres fumées, la combustion se dégrade, le CO monte, et rien ne se voit de l'extérieur.
Condensation excessive, gargouillis, sifflements
Ces trois symptômes pointent vers le dimensionnement ou la pente. Un parcours trop long ou trop coudé fait chuter la vitesse et déposer la condensation. Une pente insuffisante ou inversée retient l'eau. Un sifflement signale une section trop réduite pour le débit d'air demandé par l'appareil. Reprenez le calcul de longueur équivalente avant de changer une pièce.
Ce qui se corrige tout de suite
Coupez l'appareil, puis contrôlez dans cet ordre : sens de montage des emboîtements, état et position des joints, pente réelle mesurée au niveau, tenue des colliers, étanchéité au droit de la traversée, état du terminal. Un conduit raccourci, mieux aligné et correctement fixé résout la majorité des cas sans remplacement. Rappelez enfin au client que l'appareil reste soumis à l'entretien annuel de chaudière, qui comprend le contrôle de l'évacuation des fumées et la mesure du monoxyde de carbone dans l'ambiance.



