L’étanchéité à l’eau d’une ITE ne se joue pas dans un NF DTU, parce qu’il n’en existe aucun pour l’enduit sur isolant. Les cotes de rejet d’eau se lisent dans le Cahier des prescriptions techniques du CSTB n° 3035_V3 de septembre 2018 et dans le Document Technique d’Application du système retenu : garde au sol de 150 mm au-dessus du sol extérieur fini, nez goutte d’eau de 25 mm de débord sur les bavettes et couvertines, appui rapporté débordant d’au moins 25 mm, pente de 2 à 5 % sur les bavettes de raccordement. Et le CPT pose une limite que beaucoup de devis ignorent : le système n’apporte pas l’étanchéité à l’air, et l’étanchéité à l’eau est assurée par l’ensemble du système et de la paroi support, pas par la peau d’enduit seule.
Le texte qui s’applique n’est pas celui qu’on cite
L’ITE sous enduit relève d’un CPT et d’un DTA
Les systèmes d’enduit sur polystyrène expansé évalués selon l’ETAG 004 font l’objet d’un Document Technique d’Application ; les autres relèvent d’un Avis Technique. Au-dessus de ces documents propres à chaque procédé, le Cahier CSTB 3035_V3 fixe les prescriptions communes d’emploi et de mise en œuvre, y compris les cotes de rejet d’eau reprises plus bas. Le sujet est traité en détail dans notre article sur le DTU qui ne s’applique pas à l’ITE sous enduit.
Le NF DTU 45.4 existe, mais il vise le bardage ventilé
C’est la confusion la plus fréquente en CCTP. Publié en mars 2023, le NF DTU 45.4 traite des systèmes d’isolation thermique par l’extérieur en bardage rapporté avec lame d’air ventilée, décliné par nature de parement en parties P1-1-1 à P1-1-6. Rien dans ce document ne couvre l’enduit sur isolant. Si votre marché prescrit un bardage, c’est bien lui qui fait foi, et la logique de rejet d’eau change : le pare-pluie et la lame d’air ventilée deviennent le second rideau, comme le décrit notre article sur le bardage ventilé en ITE.
Ce que le système ne fait pas
Le CPT est explicite sur deux points que le client entend souvent de travers. Le système n’apporte pas l’étanchéité à l’air, qui reste à la charge de la paroi support et de ses interfaces avec le reste de l’enveloppe. Et l’étanchéité à l’eau est assurée par l’ensemble du système et de la paroi support. Concrètement : si le support est fissuré, si les joints de maçonnerie sont ouverts ou si une menuiserie fuit, l’ITE ne répare rien, elle masque. Le texte ajoute qu’en rénovation il ne faut laisser aucun point d’entrée d’eau, notamment aux points singuliers, susceptible de générer des accumulations entre le système et le mur support.
Les cotes de rejet d’eau à relever avant commande
Le tableau des minimums du CPT 3035_V3
| Point traité | Cote minimale | Repère dans le CPT |
|---|---|---|
| Départ depuis le sol extérieur fini | z ≥ 150 mm | Figures A1.1 et A1.2 |
| Jeu entre profilé de départ et sol | a ≥ 5 mm | Figures A1 |
| Départ sur isolant en partie enterrée | z ≥ 150 mm | Figures A2.1 et A2.2 |
| Départ sur balcon, pente vers l’extérieur | goutte d’eau h ≥ 10 mm | Figure A3.1 |
| Départ sur balcon, pente vers l’intérieur | goutte d’eau h ≥ 50 mm et caniveau | Figure A3.2 |
| Bavette ou couvertine | nez goutte d’eau ≥ 25 mm de débord | § 3.9.1.3 |
| Arrêt sous appui de baie, appui rapporté | débord d2 ≥ 25 mm | Figures B3.1 et B3.2 |
| Bavette de raccordement à un bardage | pente de 2 à 5 % | Figures E1 |
Ces cotes se relèvent façade par façade avant de commander les accessoires, parce qu’elles décident du métré des profilés autant que du risque de sinistre. La reprise des tableaux, elle, se joue sur l’isolation du tableau de fenêtre, et le reste des raccords sur le traitement des points singuliers.
Les épaisseurs de profilés, souvent sous-dimensionnées
Une bavette trop mince se déforme, perd sa pente et renvoie l’eau vers l’isolant. Le CPT fixe des épaisseurs minimales par matériau : 10/10 mm pour l’aluminium brut ou laqué, 7,5/10 mm pour l’acier inoxydable, galvanisé ou galvanisé-laqué, 12/10 mm pour le PVC sur les profilés qui en admettent. Les profilés en acier galvanisé sont réservés aux systèmes à enduits exclusivement hydrauliques. Sur les raccords métalliques superposés, le texte impose que les deux éléments soient de même nature pour éviter le couple électrolytique.
Les mastics ne sont pas interchangeables
Les mastics en contact avec l’enduit ou l’isolant doivent être conformes à la NF EN ISO 11600 et appartenir à l’une des classes F 25E, F 12,5E ou F 12,5P selon le dimensionnement du joint. Ils doivent en plus être chimiquement compatibles avec le polystyrène expansé, ce qui écarte une partie du rayon. Le CPT signale d’ailleurs que le label SNJF vaut preuve de conformité à la norme, mais que sa classification vise des ouvrages distincts des ETICS.
Choisir le système sur l’exposition, pas sur le catalogue
La reprise d’eau par capillarité décide des murs réalisables
L’ETAG 004 mesure la reprise d’eau par capillarité de l’ensemble isolant plus système d’enduit, et cette valeur conditionne les types de murs que le système permet de réaliser.
| Reprise d’eau par capillarité après 24 h | Types de murs réalisables |
|---|---|
| Inférieure à 0,5 kg/m² | XII ou XIII |
| Supérieure ou égale à 0,5 kg/m² | XI ou XII |
Le type de mur atteignable figure dans chaque DTA ou AT. C’est la ligne à confronter à l’exposition réelle de la façade avant de valider un procédé, et les règles d’exposition à la pluie proprement dites sont définies dans le Cahier CSTB 1833.
Les teintes ne sont pas un choix libre
Le CPT exclut les teintes dont le coefficient d’absorption du rayonnement solaire dépasse 0,7, sauf sur les façades protégées de l’ensoleillement direct ou indirect. En montagne, au-dessus de 1 300 m d’altitude, la limite descend à 0,5. Il interdit aussi de juxtaposer sans joint de fractionnement des teintes dont la différence de coefficient d’absorption dépasse 0,2. Une palette validée par le client sans ce contrôle finit en fissuration, et la reprise n’est pas couverte.
Où s’arrête le domaine d’emploi
Le CPT vise les parois planes verticales extérieures, soit celles qui ne dépassent pas 5° par rapport à la verticale, et les parois horizontales ou inclinées seulement lorsqu’elles ne sont pas exposées à la pluie, comme les loggias et les voussures. Une casquette, un acrotère plat ou un nez de dalle exposé sortent donc du domaine et appellent une couvertine ou une bavette, pas une passe d’enduit. Le chiffrage de l’isolant et de la finition se fait ensuite depuis le relevé de façade, avec des catalogues à jour.
Ce qui se trace et ce qui se finance
Les pièces qui tiennent devant un expert
Sans DTU, la preuve de conformité est un faisceau : le DTA ou l’AT du système, les fiches produits, les bons de livraison avec numéro de lot, le calepinage de chevillage retenu selon l’exposition au vent, et des photos datées de chaque point singulier avant fermeture. Ajoutez le relevé météo des jours d’application, puisque la mise en œuvre est interdite par temps de pluie et en période de gel. C’est ce dossier, et non un numéro de norme, qui répond à un expert après un sinistre d’infiltration.
Le contrôle de réception, après pluie
Le contrôle visuel se fait idéalement après une pluie ou un arrosage léger, en regardant où l’eau a coulé et où elle a stagné. Vérifiez que chaque bavette rejette au-delà du nu fini, que les gouttes d’eau ne sont pas noyées dans l’enduit, que les profilés de départ ne sont pas en appui direct sur le sol et qu’aucun percement n’a été refermé sans rejet d’eau vers l’extérieur. Les traces de ruissellement apparaissent avant les désordres.
Aides : ce qui a changé au 1er janvier 2026
Le décret n° 2025-956 du 8 septembre 2025 a retiré les forfaits d’isolation des murs des dépenses éligibles au parcours par geste de MaPrimeRénov’, pour les demandes déposées à compter du 1er janvier 2026. Une ITE vendue seule n’ouvre donc plus de forfait par geste. Restent la prime CEE de la fiche BAR-EN-102, la TVA à taux réduit et l’éco-prêt à taux zéro, plafonné à 50 000 € sur un bouquet de travaux. Le forfait MaPrimeRénov’ revient dans le parcours accompagné de rénovation d’ampleur, avec un seuil de R ≥ 4,4 m².K/W par l’extérieur contre 3,7 par l’intérieur. Anticipez aussi la déclaration préalable en mairie pour modification d’aspect extérieur, l’accord de l’assemblée générale en copropriété et la qualification RGE dans le bon domaine.




