« Anti-effraction » n’est pas une caractéristique produit, c’est une classe d’essai. La NF EN 356 en définit huit : P1A à P5A par chute d’une bille en acier de 4,110 kg lâchée de 1,5 m à 9 m, P6B à P8B par attaque au marteau et à la hache jusqu’à 71 coups et plus. La classe à porter au CCTP ne se choisit pas au feeling, elle se déduit de la classe de résistance de l’ouvrant complet au sens de la NF EN 1627 : RC 2 appelle un P4A, RC 3 un P5A, RC 4 un P6B. Et sur le plan thermique, le feuilleté ne se paie pas en Ug mais en kilos, environ 10 kg/m² de plus qu’un float de 4 mm, ce que la feuillure et les paumelles doivent encaisser.
Les huit classes de la NF EN 356, et les deux essais qui les séparent
Groupe A : la chute de bille, cinq niveaux
La NF EN 356 laisse tomber une bille en acier de 4,110 kg et 100 mm de diamètre sur une éprouvette de 1 100 × 900 mm, selon des impacts disposés en triangle. La classe est atteinte quand la bille ne traverse pas après le nombre d’impacts prévu.
| Classe | Hauteur de chute | Nombre d’impacts |
|---|---|---|
| P1A | 1 500 mm | 3 |
| P2A | 3 000 mm | 3 |
| P3A | 6 000 mm | 3 |
| P4A | 9 000 mm | 3 |
| P5A | 9 000 mm | 9 |
Notez la marche entre P4A et P5A : même hauteur, trois fois plus d’impacts. Ce n’est plus la tenue à un choc qui est mesurée, c’est la tenue à l’acharnement.
Groupe B : le marteau et la hache, trois niveaux
Au-delà de P5A, la bille ne discrimine plus. L’essai devient une attaque mécanisée : le vitrage est pré-cassé au marteau sur les douze points délimitant un carré de 400 × 400 mm, puis frappé à la hache jusqu’à ouvrir un passage à travers ce carré. La classe correspond au nombre de coups encaissés sans que le passage soit obtenu : 30 à 50 pour P6B, 51 à 70 pour P7B, 71 et plus pour P8B.
Ce que la classe ne dit pas
La norme elle-même prévient que les catégories de résistance ne sont associées à aucune application donnée : le choix relève de l’utilisateur, cas par cas. Autrement dit, aucun texte ne vous impose P4A sur une porte-fenêtre de rez-de-chaussée. Ce qui vous engage, c’est ce que vous avez écrit au devis et ce que vous êtes capable de prouver à la réception, avec la déclaration de performance du fabricant.
De la NF EN 356 à la NF EN 1627 : la classe qui a du sens sur un devis
Le vitrage exigé pour chaque classe de résistance
La NF EN 356 essaie un vitrage isolé. La NF EN 1627 essaie l’ensemble, dormant, ouvrant, quincaillerie et remplissage compris, et c’est elle qui donne la classe RC que le maître d’ouvrage écrit dans son programme. Chaque classe RC appelle un niveau de vitrage minimal.
| Classe NF EN 1627 | Vitrage minimal NF EN 356 | Temps de résistance | Outillage supposé de l’attaquant |
|---|---|---|---|
| RC 1 N | aucune exigence | pas d’essai manuel | force physique, petits outils |
| RC 2 N | aucune exigence | 3 min | tournevis, pinces, coins bois ou plastique |
| RC 2 | P4A | 3 min | tournevis, pinces, coins, scies |
| RC 3 | P5A | 5 min | + pied-de-biche, marteau, perceuse à main |
| RC 4 | P6B | 10 min | + masse, hache, burins, coupe-boulons |
| RC 5 | P7B | 15 min | + outillage électroportatif |
| RC 6 | P8B | 20 min | + masse lourde, disqueuse, marteau perforateur |
Le suffixe N marque les classes où aucune performance NF EN 356 n’est demandée au remplissage : le vitrage y reste un vitrage ordinaire.
Ce qui est réellement mis à l’essai jusqu’à RC 4
Point à connaître avant de vendre du RC : jusqu’à RC 4, l’essai d’attaque manuelle porte sur la menuiserie et les points de fermeture, pas sur le verre. Le vitrage est simplement tenu de justifier sa classe NF EN 356 par son propre essai. Un ouvrant certifié RC 2 n’a donc jamais vu la hache, et un vitrage P4A n’a jamais été attaqué en situation dans son dormant. Cela ne disqualifie rien, mais cela explique pourquoi la quincaillerie, les gâches et le nombre de points de fermeture pèsent au moins autant que le verre dans le résultat de terrain.
Ce qu’on relève en visite technique
Le recensement des ouvrants à traiter va plus vite depuis les façades, où l’IA repère les fenêtres et les portes et en calcule les surfaces. Sur chaque ouvrant retenu, notez la profondeur de feuillure disponible, le type de parclose, l’état des paumelles et le nombre de points de fermeture existants. Ce sont ces quatre lignes qui décident si un feuilleté peut entrer dans la menuiserie en place, ou s’il faut basculer sur une dépose totale.
L’arbitrage thermique : le feuilleté se paie en kilos, pas en watts
Pourquoi le PVB ne se voit pas sur le Ug
La NF EN 572-1 donne au verre silico-sodo-calcique une conductivité thermique de l’ordre de 1 W/(m.K). Passer d’un float de 4 mm à un feuilleté 44.2 ajoute donc 4 mm de verre, soit 0,004 m².K/W de résistance supplémentaire. Rapporté à un vitrage isolant dont le Ug vaut 1,1 W/m².K, c’est-à-dire une résistance totale d’environ 0,91 m².K/W, l’écart se situe sous le pas d’arrondi des Ug déclarés. Le Ug se joue dans la lame de gaz et dans la couche peu émissive, pas dans l’épaisseur du verre : c’est ce que rappelle la comparaison entre simple, double et triple vitrage, et c’est le Uw de l’ouvrant complet, dormant compris, qui finit sur le devis.
Le vrai coût : la masse surfacique
Avec la masse volumique de 2 500 kg/m³ de la NF EN 572-1, chaque millimètre de verre pèse 2,5 kg/m². Le calcul devient immédiat.
| Composition du remplissage | Verre total | Masse du verre |
|---|---|---|
| Float 4 mm | 4 mm | 10 kg/m² |
| Feuilleté 33.2 | 6 mm | 15 kg/m² |
| Feuilleté 44.2 | 8 mm | 20 kg/m² |
| Double vitrage 4/16/4 | 8 mm | 20 kg/m² |
| Double vitrage 44.2/16/4 | 12 mm | 30 kg/m² |
Sur un ouvrant de 1,5 m², le passage d’un 4/16/4 à un 44.2/16/4 fait donc gagner 15 kg au vantail, hors intercalaires. C’est ce chiffre, et non le Ug, qui décide si les paumelles existantes tiennent, si le vantail va s’affaisser en six mois et si le réglage tiendra au-delà de la première saison de chauffe.
Transmission lumineuse et facteur solaire
Les couches de PVB atténuent la transmission lumineuse et déplacent légèrement le facteur solaire. L’ordre de grandeur est faible mais il n’est pas nul, et il se lit sur la fiche du vitrage, jamais sur une plaquette commerciale. Sur une façade sud déjà limite en confort d’été, vérifiez le Sw de l’ouvrant complet avant d’acter la composition, en gardant en tête que le Sw d’une fenêtre n’est pas le g de son vitrage.
Ce qui se trace : marquage, devis et aides
Marquage CE et déclaration de performance
Le verre feuilleté relève de la NF EN 14449 et le vitrage isolant de la NF EN 1279-5, deux normes de produit harmonisées au titre du règlement produits de construction 305/2011. Le nouveau règlement 2024/3110 ne change rien ici pour l’instant : le portail RPC du ministère précise que seuls les produits couverts par une norme harmonisée publiée au JOUE après le 7 janvier 2026 basculent sous le nouveau texte. Le fabricant émet donc une déclaration des performances, et c’est là que la classe NF EN 356 est déclarée. Exigez ce document, pas une mention « anti-effraction » sur un bon de commande : c’est la seule pièce opposable si le sinistre survient et que l’assureur demande la preuve du niveau posé.
La pose conditionne la classe
La NF EN 356 le précise elle-même : le vitrage de sécurité doit être installé sur une menuiserie dont la résistance propre est adaptée, et les entailles ou perçages dans le produit verrier sont à éviter car ils dégradent sa résistance. Une classe P5A posée dans une feuillure trop courte, calée en continu ou parclosée en force ne vaut pas mieux qu’un P2A correctement mis en œuvre. Les règles de calage, de jeu périphérique et de drainage restent celles de tout vitrage isolant, et le joint de vitrage reste le point où se perdent la garantie du fabricant et l’étanchéité.
Aides : le vitrage seul n’ouvre rien
La ligne à connaître avant de chiffrer figure noir sur blanc dans la fiche CEE BAR-EN-104 : le simple remplacement de vitrages sur une fenêtre ou porte-fenêtre existante ne donne pas lieu à la délivrance de certificats. La fiche ne vise que la mise en place d’une fenêtre complète, dormant compris, en remplacement d’un simple vitrage avant travaux, avec un couple Uw ≤ 1,3 W/m².K et Sw ≥ 0,3, ou Uw ≤ 1,7 W/m².K et Sw ≥ 0,36. Aucun dispositif ne valorise la performance anti-effraction en tant que telle : elle est un surcoût client, pas un poste finançable. L’arbitrage complet entre remplacement total et changement du vitrage se joue exactement sur cette ligne.




