L’arrêté du 15 septembre 2009 impose, dans le cadre de l’entretien annuel des chaudières de 4 à 400 kW, l’évaluation du rendement de la chaudière, l’évaluation de son bon dimensionnement et l’évaluation de ses émissions de polluants atmosphériques. Son article 3 borne l’interprétation du monoxyde de carbone mesuré dans l’ambiance : situation normale au-dessous de 10 ppm, situation estimée anormale entre 10 et 50 ppm, danger grave et immédiat à 50 ppm et au-delà avec injonction de maintenir la chaudière à l’arrêt. Le rendement affiché par l’analyseur est, lui, exprimé sur PCI, base que la méthode 3CL-DPE 2021 plafonne à 111 % pour le gaz naturel.
Ce que l’analyse doit prouver, et ce que la réglementation en attend
Le contenu réglementaire de l’entretien annuel
L’entretien annuel n’est pas un forfait de nettoyage. L’arrêté du 15 septembre 2009 en fixe le contenu, et chacune de ces lignes engage votre responsabilité si elle n’est pas exécutée.
| Opération imposée | Ce que cela suppose sur le chantier |
|---|---|
| Vérification de la chaudière et des installations de distribution et de régulation de l’énergie thermique, et si nécessaire nettoyage et réglage | Contrôle du générateur mais aussi du réseau et de la régulation, pas seulement du corps de chauffe |
| Évaluation du rendement de la chaudière | Mesure à l’analyseur, à régime stabilisé, avec appareil dont la marque et la référence sont mentionnées |
| Évaluation du bon dimensionnement de la chaudière | Confrontation de la puissance installée au besoin réel, à documenter |
| Évaluation des émissions de polluants atmosphériques de la chaudière | Mesure du monoxyde de carbone, interprétée selon l’article 3 |
| Fourniture des conseils nécessaires portant sur le bon usage de l’installation | Consignes de température, de ventilation et de programmation, écrites |
Le texte couvre les chaudières alimentées par des combustibles gazeux, liquides et solides, dans la plage de 4 à 400 kW. Sa dernière modification date de l’arrêté du 21 novembre 2022. L’évaluation du bon dimensionnement, elle, suppose de confronter la puissance installée au besoin réel du logement, qu’Argile recalcule pièce par pièce selon la norme NF EN 12831-1.
Quand réaliser une analyse en dehors de l’entretien annuel
- À la mise en service, ou après remplacement du brûleur ou du bloc gaz.
- Après toute intervention touchant l’air, le gaz, le gicleur ou le conduit.
- Sur réclamation portant sur des odeurs, des suies, des fumées ou des mises en sécurité répétées.
- Avant et après un détartrage ou un désembouage, pour disposer d’un couple de valeurs comparables.
Les seuils de monoxyde de carbone et les conduites à tenir
La mesure est réalisée dans l’air ambiant de la pièce, appareil en service à sa puissance nominale, après au moins trois minutes de fonctionnement. Les trois plages ci-dessous sont celles de l’article 3 de l’arrêté, et elles ne se négocient pas avec l’occupant.
| Teneur en CO dans l’ambiance | Qualification | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Moins de 10 ppm | Situation normale | Poursuite de l’entretien |
| De 10 à moins de 50 ppm | Situation estimée anormale | Investigations sur le tirage du conduit de fumée et la ventilation du local |
| 50 ppm et plus | Danger grave et immédiat | Injonction faite à l’usager de maintenir la chaudière à l’arrêt |
Préparer la mesure : sécurité, appareil et conditions
Mettre le logement en configuration réelle avant de mesurer
Ouvrez les amenées d’air et vérifiez que les grilles ne sont pas obstruées, puis contrôlez que le local n’est pas mis en dépression par une VMC, une hotte ou un sèche-linge en fonctionnement. Une mesure faite fenêtre ouverte ou extracteurs coupés décrit une situation qui n’existe pas en usage. Si vous suspectez un défaut d’évacuation, sécurisez avant de mesurer, pas l’inverse.
Contrôler la chaîne de mesure avant de toucher au brûleur
Contrôlez la date d’étalonnage selon la périodicité du fabricant, faites le zéro en air frais, puis inspectez sondes, joints et flexibles. Remplacez les filtres colmatés et vidangez le piège à condensats. La marque et la référence de l’appareil devront figurer sur l’attestation, alors autant vérifier qu’il est en état avant de commencer plutôt que de découvrir une dérive au moment de rédiger.
Piquage, régime stabilisé et prise d’air
Faites le piquage sur un tronçon droit, après l’appareil et avant toute dilution. Attendez un régime réellement stable, puis relevez O₂, CO, CO₂, température des fumées et tirage. Sur un appareil modulant, mesurez à plusieurs paliers : un brûleur peut être irréprochable à pleine charge et produire du CO en bas de plage, ce qui est précisément le régime dans lequel il passe la saison.
Relever et régler sur chantier
Les grandeurs à relever et l’ordre dans lequel les prendre
Relevez d’abord le CO dans l’ambiance, avant toute intervention : c’est la mesure qui décide si vous continuez. Prenez ensuite O₂, CO et CO₂ dans les fumées, la température des fumées, la température d’air comburant et le tirage au conduit. Notez l’excès d’air et le rendement calculé affichés par l’appareil, ainsi que les consignes en place. Sans les conditions de mesure, les valeurs ne sont pas comparables d’une visite à l’autre.
Ajuster la combustion sans sortir de la notice
Réglez l’air, puis le débit gaz ou fioul, en suivant strictement la notice du fabricant : c’est elle qui porte les valeurs cibles, et c’est elle qui fait foi. Travaillez par petites touches, laissez la stabilisation se faire entre deux réglages, et revérifiez la modulation sur plusieurs paliers. Un bon delta T limite les cycles courts et aide une chaudière à condensation à rester dans sa zone efficace, ce qui passe aussi par l’équilibrage des émetteurs.
Les causes fréquentes derrière un relevé hors plage
Encrassement de l’échangeur ou du brûleur : nettoyez avant de régler, sinon vous compensez un défaut par un autre. Défaut d’air : grilles obstruées, local trop étanche, prise d’air à reprendre. Conduit : tirage insuffisant, défaut d’étanchéité, emboîtements. Condensation sur un appareil qui n’est pas prévu pour : température de fumées trop basse ou retour trop froid, à traiter par réglage ou adaptation hydraulique. Le diagnostic passe avant le tournevis.
Interpréter le rendement : PCI, PCS et pertes fumées
Sur quelle base le rendement affiché est calculé
La quasi-totalité des analyseurs affiche un rendement de combustion exprimé sur PCI, référence qui exclut la chaleur de condensation de la vapeur d’eau des fumées. C’est la raison pour laquelle une valeur au-dessus de 100 % apparaît sur un appareil à condensation sans qu’il y ait d’erreur. La méthode 3CL-DPE 2021 fixe le coefficient de conversion vers le PCS à 1,11 pour le gaz naturel, 1,09 pour le GPL et 1,07 pour le fioul, ce qui plafonne mécaniquement le rendement sur PCI à 111 %, 109 % et 107 %. Le mécanisme complet est détaillé dans notre article sur la chaudière gaz à condensation.
Ce que les pertes fumées disent réellement
Le rendement de combustion dépend d’abord des pertes fumées, elles-mêmes fonction de la température des fumées et de l’excès d’air. Des fumées plus froides et un excès d’air maîtrisé améliorent la valeur. Mais l’objectif n’est pas la valeur la plus basse possible : sur un appareil non prévu pour la condensation, descendre trop bas fait condenser dans le conduit et détruit la fumisterie. Le réglage vise une plage, pas un record.
Détecter une dérive plutôt qu’une valeur isolée
Une mesure unique ne dit presque rien. Ce qui parle, c’est l’écart entre deux visites aux mêmes conditions : un CO qui monte, un excès d’air qui dérive, une température de fumées qui grimpe à service égal. Archivez les relevés d’une année sur l’autre et comparez au rendement conventionnel de la méthode 3CL correspondant au type et à l’ancienneté de l’appareil pour situer l’écart.
Tracer l’intervention et tenir le dossier
Le rapport d’analyse : ce qu’il doit porter
Un rapport utile tient sur une page et porte les valeurs mesurées avant et après réglage, les conditions de mesure (puissance, consignes, mode de fonctionnement, durée de stabilisation), les réglages réalisés et les recommandations. Ajoutez le relevé horodaté sorti de l’analyseur et deux photos. Ce format s’articule directement avec le contrat d’entretien et ses obligations de contenu.
L’attestation d’entretien : délai, conservation, mentions
L’article R. 224-41-8 du code de l’environnement fixe quinze jours après la visite pour établir l’attestation. Le commanditaire la conserve au minimum deux ans et la tient à disposition des agents de contrôle. L’arrêté du 15 septembre 2009 impose d’y mentionner la marque et la référence de l’appareil de mesure utilisé, et exige que cet appareil soit adapté au besoin de mesure et contrôlé pour garantir la validité de la valeur mesurée.
Ce que vous engagez en signant le relevé
Un relevé signé engage l’état de l’installation à la date et dans les conditions décrites, pas au-delà. Écrivez explicitement les réserves : ventilation à reprendre, conduit à contrôler, appareil hors plage sur un palier de modulation. Proposez ensuite un suivi des consommations pour objectiver l’effet du réglage sur la saison, plutôt que d’annoncer un pourcentage d’économie que rien ne viendra confirmer.



