Sur un mur d'avant 1948, la question n'est pas de savoir quel isolant est le plus performant, mais lequel laisse la paroi sécher. Les Règles Th-Bât tabulent le chiffre qui tranche : le facteur de résistance à la diffusion de vapeur d'eau µ. Il vaut 1 pour une laine minérale et 150 pour un polystyrène extrudé, soit un rapport de 150 entre deux produits que le même devis présente souvent côte à côte. À 120 mm d'épaisseur, cela fait 12 cm d'air équivalent d'un côté, 18 mètres de l'autre.
Ce qui distingue vraiment un mur d'avant 1948
Un mur ancien n'a ni coupure de capillarité en pied, ni barrière d'étanchéité dans son épaisseur. Il est monté à même le sol, souvent au mortier de chaux, et il prend l'eau par trois chemins : la pluie battante sur la façade, les remontées par le pied, la vapeur produite à l'intérieur du logement. Il n'est pas conçu pour rester sec. Il est conçu pour sécher.
Ce séchage se fait par les deux faces. Quand l'enduit extérieur a été refait au ciment, ce qui est le cas d'une bonne partie du parc rénové dans les années 1970 et 1980, la face extérieure ne sèche plus. La face intérieure devient la seule sortie, et elle est efficace parce qu'elle est chauffée.
C'est précisément cette face que l'isolation par l'intérieur vient fermer. L'isolant refroidit la maçonnerie, ce qui abaisse sa pression de vapeur saturante, et le doublage lui oppose une résistance à la diffusion. L'eau continue d'entrer par les deux autres chemins et n'a plus de voie de sortie.
Le tableau qui tranche : µ et Sd des isolants
Le facteur de résistance à la diffusion de vapeur d'eau µ est sans dimension : il dit combien de fois le matériau freine la vapeur par rapport à une lame d'air de même épaisseur. Le chiffre utile sur chantier est le Sd, l'épaisseur d'air équivalente en mètres, égal à µ multiplié par l'épaisseur posée.
| Isolant | µ sec | µ humide | Sd à 120 mm | En doublage sur maçonnerie ancienne |
|---|---|---|---|---|
| Laine de verre ou de roche | 1 | 1 | 0,12 m | Ouverte, mais ne tolère pas l'eau liquide |
| Polystyrène expansé (PSE) | 60 | 60 | 7,2 m | À écarter en collé sur mur ancien |
| Polystyrène extrudé (XPS) | 150 | 150 | 18 m | Équivalent d'un pare-vapeur, à proscrire |
| Polyuréthane, revêtements perméables | 60 | 60 | 7,2 m | À écarter, sauf lame d'air ventilée |
| Ouate de cellulose, fibre de bois, chanvre | pas de valeur par défaut | Valeur à lire sur l'Avis Technique du produit |
Les quatre premières lignes sont des valeurs par défaut des Règles Th-Bât. La cinquième n'en est pas une : pour les isolants à base de fibres végétales, le fascicule ne tabule rien et renvoie aux annexes IX des arrêtés relatifs aux caractéristiques thermiques. Autrement dit, un biosourcé n'a pas de valeur réglementaire générique, et sa perméabilité se lit produit par produit sur son Avis Technique. C'est une contrainte de dossier, pas un défaut du matériau.
L'ordre de grandeur à retenir : un frein-vapeur se situe entre 2 et 18 m de Sd, un pare-vapeur au-delà de 18 m. Un panneau d'XPS de 120 mm collé au mur atteint donc à lui seul le Sd d'un pare-vapeur, et il le fait du mauvais côté de l'isolant, contre la maçonnerie froide.
Ce que vaut thermiquement le mur que vous doublez
L'autre chiffre que la visite doit produire est ce que le mur apporte déjà. Les Règles Th-Bât donnent des conductivités équivalentes, joints compris.
| Maçonnerie | λ en W/(m·K) | µ sec | µ humide | R d'un mur de 50 cm |
|---|---|---|---|---|
| Pierre très tendre | 0,85 | 30 | 20 | 0,59 m²·K/W |
| Pierre tendre n° 2 et 3 | 1,10 | 40 | 25 | 0,45 m²·K/W |
| Pierre ferme ou demi-ferme | 1,40 | 50 | 40 | 0,36 m²·K/W |
| Pierre dure | 1,70 | 200 | 150 | 0,29 m²·K/W |
| Granite | 2,80 | 10 000 | 10 000 | 0,18 m²·K/W |
| Brique pleine de terre cuite, 1 800 kg/m³ | 0,69 | 16 | 10 | 0,72 m²·K/W |
| Pisé, bauge, blocs de terre comprimée | 1,10 | non tabulé | 0,45 m²·K/W |
Deux enseignements. D'abord, l'écart entre une pierre tendre et un granite est d'un facteur trois sur le λ : annoncer « un mur en pierre de 50 cm » sans dire laquelle ne veut rien dire sur un devis. Ensuite, la pierre dure et le granite sont eux-mêmes très fermés à la vapeur, ce qui déplace le sujet : sur ces maçonneries, le risque n'est plus le séchage de la paroi mais l'accumulation à l'interface entre l'isolant et le mur froid.
Ce qui engage votre décennale
Un désordre d'humidité qui suit une isolation intérieure relève de l'article 1792 du code civil dès qu'il rend l'ouvrage impropre à sa destination, et la présomption joue contre le constructeur. L'Anses a établi dans son expertise collective de 2016 que les effets respiratoires de l'exposition aux moisissures sont avérés, et que 14 à 20 % des logements français présentent des moisissures visibles. Un logement rendu inhabitable par un développement fongique après travaux n'a donc pas besoin d'un long débat pour être qualifié.
Trois pièces changent l'issue d'un litige, et toutes se produisent avant la pose :
- le sondage de paroi daté, qui établit la composition et l'épaisseur réelles ;
- le relevé d'humidité de la maçonnerie en pied et à mi-hauteur avant travaux ;
- la réserve écrite sur le devis sur l'état de l'enduit extérieur et sur la ventilation existante.
L'ordre des travaux, et pourquoi il n'est pas négociable
Sur du bâti ancien, l'ordre n'est pas une préférence de méthode, c'est ce qui décide de la survenue du sinistre.
D'abord l'eau : reprise des rejets d'eaux pluviales, du pied de mur, et de l'enduit extérieur s'il est ciment. Ensuite la ventilation, dimensionnée et mesurée, parce qu'un mur qui ne sèche plus vers l'extérieur exige que l'air intérieur emporte la vapeur. Enfin seulement l'isolation, puis le générateur recalculé sur les déperditions après travaux.
Un doublage posé avant que la ventilation soit conforme transforme un logement humide en logement moisi. Sur ce point, la gestion des remontées par le pied de mur et le choix d'un système perspirant se traitent ensemble, jamais l'un après l'autre.
Les cas particuliers de maçonnerie
Chaque famille de mur ancien a son mode de ruine propre, et les précautions ne se transposent pas d'une à l'autre. Les murs en pierre appellent des précautions spécifiques au type de pierre et au mortier de hourdage. Le torchis sur pans de bois pose le problème du contact entre isolant et bois, où la technique retenue décide de la conservation de l'ossature. Le pisé, lui, perd sa cohésion s'il est mouillé durablement, ce qui interdit toute solution qui l'humidifie même transitoirement.
En secteur protégé, l'isolation par l'extérieur est souvent refusée, ce qui ramène au doublage intérieur par défaut. Ce n'est pas une raison pour appliquer la même solution qu'en maison des années 1970 : les contraintes d'un bâtiment classé portent sur l'aspect, pas sur la physique du mur, qui reste celle d'une paroi perspirante.
Le calcul des déperditions et le choix de la composition de paroi se font sur les caractéristiques réelles relevées, et Argile reconstitue l'année de construction, la volumétrie et les contraintes d'urbanisme à partir de la seule adresse avant même la visite.
Ce qu'il faut retenir
- Un mur ancien sèche par sa face intérieure, et c'est cette voie que le doublage referme.
- Le tri des isolants se fait sur le µ des Règles Th-Bât : 1 pour la laine minérale, 60 pour le PSE, 150 pour l'XPS.
- Un XPS de 120 mm atteint Sd = 18 m, soit un pare-vapeur, posé contre la maçonnerie froide.
- Les biosourcés n'ont pas de valeur par défaut : la perméabilité se lit sur l'Avis Technique du produit.
- Un désordre d'humidité consécutif aux travaux relève de l'article 1792, et seules des pièces datées d'avant pose vous protègent.



