AccueilArtisans
3 July 2026
6 min de lecture

La fin des monogestes MaPrimeRénov' : deux ans de bras de fer

Depuis 2024, le gouvernement cherche à refermer le parcours « par geste » de MaPrimeRénov' pour concentrer les crédits sur la rénovation d'ampleur. À chaque tentative, la filière se mobilise, le dispositif recule, puis revient. Le projet de décret de juillet 2026, rejeté par le Conseil national de l'habitat, relance ce bras de fer.

Fenêtre rénovée bleue sur maison en pierre

Depuis 2024, le gouvernement tente, à intervalles réguliers, de refermer le parcours « par geste » de MaPrimeRénov' pour concentrer l'argent public sur les rénovations d'ampleur. À chaque tentative, la filière se mobilise, le dispositif recule, puis revient. Le nouveau projet de décret présenté début juillet 2026, et rejeté par le Conseil national de l'habitat, relance ce feuilleton devenu emblématique des tensions de la politique de rénovation énergétique française.

Un objectif politique constant : basculer vers la rénovation globale

La doctrine de l'État n'a pas varié depuis deux ans. Un geste isolé, comme changer ses fenêtres, isoler ses combles ou installer un poêle à granulés, améliore marginalement la performance d'un logement, mais ne le sort pas de sa classe énergétique. À l'inverse, une rénovation d'ampleur, qui combine plusieurs travaux et vise un saut d'au moins deux classes au DPE, produit des économies d'énergie bien supérieures par euro public engagé.

De ce constat découle une volonté récurrente : réduire, voire supprimer, les aides au monogeste pour réorienter les crédits vers les rénovations performantes. L'intention est louable sur le papier. Sa mise en œuvre, elle, se heurte depuis deux ans à une réalité de terrain têtue.

2024 : la première tentative, et le premier rétropédalage

Le scénario s'est joué une première fois début 2024. Au 1er janvier, le gouvernement recentre MaPrimeRénov' sur la rénovation d'ampleur et ferme largement la porte au monogeste, à l'exception des systèmes de chauffage. Le résultat est immédiat et brutal : les demandes d'aide chutent d'environ 40 % en janvier et février 2024 par rapport à 2023.

La filière, artisans, installateurs et bureaux d'études, n'était pas prête à basculer du jour au lendemain sur des dossiers de rénovation globale, plus lourds et plus longs à monter. Face au décrochage, l'État fait machine arrière dès le mois de mars : les aides au monogeste sont rétablies et l'enveloppe est portée à 3,1 milliards d'euros. Premier bras de fer, première reculade.

2025 : budget en baisse, suspension estivale et nouveau revirement

L'année 2025 confirme la tension structurelle du dispositif : forte demande d'un côté, budget en repli de l'autre, autour de 2,5 milliards d'euros contre 3,1 en 2024. Résultat, l'enveloppe se consomme plus vite que prévu.

À l'été 2025, le gouvernement suspend le Parcours accompagné, celui des rénovations d'ampleur, du 23 juin au 30 septembre, officiellement pour endiguer une vague de fraudes. Là encore, la contestation est vive. Un rétropédalage est annoncé mi-juin : les demandes de monogestes, pompe à chaleur, isolation, fenêtres, restent finalement accessibles tout l'été, l'État les jugeant « moins exposées à la fraude ». Le monogeste, censé disparaître, se retrouve paradoxalement sauvé par la crise de confiance qui frappe la rénovation d'ampleur.

En parallèle, l'exécutif prévient : des modifications de fond sont envisagées à horizon 2026, avec un possible recentrage sur les passoires thermiques et une baisse des plafonds de travaux subventionnables.

2026 : le durcissement se met en place

L'année 2026 marque une accélération. Les barèmes sont revus à la baisse, les conditions durcies. Surtout, une mesure structurante entre en vigueur : à compter du 1er septembre 2026, MaPrimeRénov' rénovation d'ampleur ne pourra plus être attribuée en maison individuelle si un chauffage au gaz est conservé après travaux, un signal clair de sortie des énergies fossiles. C'est dans ce contexte que le gouvernement dégaine sa tentative la plus aboutie de fermeture du parcours par geste.

Juillet 2026 : le projet de décret qui veut solder le monogeste

Le 2 juillet 2026, l'exécutif présente au Conseil national de l'habitat (CNH) un décret et un arrêté qui réduisent fortement la liste des travaux éligibles au parcours par geste. Seraient retirés :

  • les poêles à bois et à granulés ;
  • les chauffe-eau et chauffages solaires (hors Outre-mer) ;
  • les pompes à chaleur dédiées à l'eau chaude sanitaire (chauffe-eau thermodynamiques) ;
  • les systèmes de ventilation ;
  • l'isolation des toitures et des combles ;
  • le remplacement des fenêtres.

Ne resteraient éligibles en monogeste que les pompes à chaleur de chauffage (air/eau, géothermiques, solarothermiques), le raccordement aux réseaux de chaleur, l'audit énergétique, la dépose de cuve à fioul et les gestes spécifiques à l'Outre-mer. Les rénovations d'ampleur, elles, continueraient de financer l'ensemble de ces travaux.

La justification du ministère du Logement est assumée : « un choix de responsabilité, concentrer l'argent public sur les rénovations les plus efficaces », dans « un contexte budgétaire contraint » et en cohérence avec le « plan électrification » d'avril. À la clé, une économie d'environ 300 millions d'euros. Entrée en vigueur visée : septembre 2026.

Le CNH dit non, la filière monte au créneau

Fidèle au scénario des années précédentes, la réponse ne se fait pas attendre. Le CNH rejette les deux textes par 25 voix contre, 6 pour et 7 abstentions. L'avis est purement consultatif, le gouvernement peut passer outre, mais il cristallise l'opposition du secteur.

Les réactions sont cinglantes. Audrey Zermati (Effy) dénonce un « nouveau signal désastreux envoyé à la rénovation énergétique ». La Fédération française du bâtiment accuse l'État de « renoncer à la rénovation énergétique » avec une « décision incompréhensible et à contre-sens des ambitions environnementales affichées ». Et Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, résume l'argument central des opposants : « Le pire ennemi de la rénovation, ce n'est pas le monogeste, c'est l'absence de travaux. Si l'on demande aux Français de tout faire d'un coup, beaucoup renonceront tout simplement à rénover leur logement. »

Le vrai débat : marche haute ou porte d'entrée ?

Derrière la querelle se joue une question de fond sur la façon de massifier la rénovation. Pour l'État, le monogeste disperse l'argent public sur des travaux peu performants et entretient un modèle de rénovation « au fil de l'eau » qui ne permettra jamais d'atteindre les objectifs climatiques. Pour la filière, le geste isolé est la porte d'entrée de la plupart des ménages : abordable, rapide, il déclenche un premier chantier et, souvent, en appelle d'autres. Le supprimer, c'est risquer de casser la dynamique de la demande et de fragiliser des dizaines de milliers d'artisans, sans garantie que les ménages basculent vers des rénovations globales bien plus coûteuses.

Le débat oppose ainsi une logique d'efficacité de la dépense publique à une logique de volume et d'accessibilité. Deux ans de tâtonnements montrent qu'aucune des deux ne l'a définitivement emporté.

Ce qu'il faut retenir

À la date de rédaction, aucun texte n'est publié : le gouvernement conserve la main sur la version finale et le calendrier. Trois issues restent possibles, une publication en l'état malgré l'avis défavorable, un ajustement du périmètre des gestes visés, ou un nouveau report qui prolongerait un feuilleton déjà entamé depuis 2024.

Pour les professionnels comme pour les ménages, la prudence commande d'anticiper une bascule en septembre 2026 sur le périmètre annoncé : un projet de monogeste portant sur l'un des postes menacés (isolation des combles, fenêtres, poêle, solaire thermique, chauffe-eau thermodynamique) a tout intérêt à être engagé et sécurisé avant l'échéance, sous réserve, comme toujours dans ce dossier, du dernier mot de l'exécutif.

Questions fréquentes des artisans RGE

No items found.
Pierre-Louis Guhur
CEO d'Argile
Partager l'article

Devenez un artisan augmenté

Demander une démonstration
shape-1shape-2