Deux artisans posent le même isolant, sur la même surface, dans la même commune. L'un annonce 950 € de prime, l'autre 1 520 €. Aucun des deux ne se trompe : ils n'ont simplement pas vendu leurs kWh cumac au même prix.
Ce que standardise la fiche BAR-EN-102
La fiche BAR-EN-102, dans sa version A65.4 en vigueur depuis le 1er janvier 2025, porte un intitulé précis : « mise en place d'un procédé d'isolation (complexe ou sur ossature) sur mur(s) en façade ou en pignon ». Trois choses s'y lisent en creux, et elles décident de l'essentiel.
Le mur, pas la technique. La fiche ne dit ni « par l'extérieur » ni « par l'intérieur ». Un complexe isolant collé côté intérieur et un système sous enduit côté rue relèvent du même forfait, de la même exigence, du même formulaire. C'est la première surprise pour beaucoup de clients, qui attendent que l'ITE soit mieux primée parce qu'elle est plus chère.
La façade ou le pignon. Les murs donnant sur un local non chauffé relèvent de la même logique de paroi opaque, mais c'est bien la surface d'isolant réellement posée sur ces murs qui est retenue, pas la surface de plancher ni la surface développée du bâtiment.
Un procédé complet. Complexe isolant ou ossature : la fiche vise un système, pas un rouleau de laine agrafé. En cas de pose superposée de plusieurs isolants, l'attestation demande les marques et références de chacun, le R global, et la surface résultant de la superposition.
Le R est évalué selon les normes NF EN 12664, NF EN 12667 ou NF EN 12939 pour les isolants non réfléchissants, et selon la NF EN ISO 22097 pour les isolants réfléchissants, conformément à l'annexe 7 de l'arrêté du 22 décembre 2014 définissant les opérations standardisées d'économies d'énergie. Et l'entreprise doit être titulaire du signe de qualité correspondant aux travaux relevant du 11° ou du 12° du I de l'article 1er du décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014.
Le forfait : trois chiffres, et rien d'autre
Le cœur de la fiche tient en une table. Le montant en kWh cumac par mètre carré d'isolant posé, pour une maison individuelle de France métropolitaine, suit la zone climatique et elle seule.
| Zone climatique | kWh cumac par m² | 100 m² isolés |
|---|---|---|
| H1, Nord, Est et montagne | 1 600 | 160 000 kWh cumac |
| H2, façade atlantique et Centre | 1 300 | 130 000 kWh cumac |
| H3, pourtour méditerranéen | 880 | 88 000 kWh cumac |
Ce que cette table ne contient pas est aussi instructif que ce qu'elle contient. Elle ignore l'isolant choisi, le R atteint au-delà du seuil, l'épaisseur, la performance du bâtiment avant travaux, le mode de chauffage et le prix du chantier. Le forfait rémunère une économie d'énergie conventionnelle, celle qu'un mur isolé est réputé faire économiser sur sa durée de vie, actualisée : c'est le sens du mot cumac, cumulé et actualisé. Il ne rémunère pas la performance réelle du chantier.
La conséquence pratique est double. D'un côté, inutile de sur-spécifier l'isolant pour aller chercher de la prime : au-delà de 3,7 m²·K/W, la fiche ne paie plus rien de plus. De l'autre, le forfait est prévisible dès la visite : un mètre ruban et le code postal suffisent à annoncer un ordre de grandeur, sans attendre le retour de qui que ce soit.
Du cumac à l'euro : le seul paramètre qui se négocie
Les kWh cumac ne sont pas de l'argent. Ils deviennent une prime quand un obligé (un fournisseur d'énergie soumis à obligation d'économies, ou son mandataire) les rachète, à un prix qu'il fixe lui-même, exprimé en euros par MWh cumac.
Prime = surface × forfait de la fiche × prix du MWh cumac ÷ 1 000. Trois multiplications, aucune condition cachée.
Les ordres de grandeur servis par défaut dans le calculateur Argile sont de 9,5 €/MWh cumac pour un ménage en situation de précarité énergétique (très modeste ou modeste au sens des plafonds de l'Anah) et 7,5 €/MWh cumac pour les autres. Ce ne sont pas des tarifs réglementés. Ce sont des prix de marché, qui bougent avec la période de l'obligation, le volume apporté et l'appétit du moment de chaque obligé.
Un cas complet, celui qu'on rencontre le plus souvent en visite. Une maison en zone H1, 120 m² de murs isolés par l'extérieur, un ménage en situation de précarité énergétique : 120 × 1 600 = 192 000 kWh cumac, rachetés 9,5 €/MWh, soit 1 824 € de prime. Le même chantier pour un ménage non précaire tombe à 1 440 €, et le même ménage précaire en zone H3 à 1 003 €. Deux paramètres, un rapport de un à deux entre les extrêmes.
D'où le fait le plus utile de tout l'article : sur 100 m² de murs en zone H1, l'écart entre un obligé qui rachète à 6 €/MWh et un autre à 11 €/MWh vaut 800 €. C'est plus que ce que la plupart des artisans gagnent à négocier leur isolant. Le forfait de la fiche, lui, ne se discute pas.
Prime CEE
Barème 2026
Ce que la fiche verse, geste par geste
La prime CEE d’un geste d’isolation ne s’estime pas : elle se calcule. La fiche fixe un forfait en kWh cumac par unité posée, l’obligé rachète ces cumac à son prix. Réglez les deux, la prime tombe.
Fiche BAR-EN-102, version A65.4 de l’attestation sur l’honneur, en vigueur depuis le 1er janvier 2025.
Vous ne savez pas dans laquelle vous êtes ? Les 8 zones climatiques françaises, H1a à H3
La bonification précarité vise les ménages très modestes et modestes au sens des plafonds de l’Anah. Pour un couple hors Île-de-France, la frontière passe à 32 553 € de revenu fiscal de référence. Situer un ménage dans le barème de l’Anah
m²
7,5 €/MWh
kWh cumac générés
160 000 kWh
1 600 kWh cumac par m² dans cette zone
Prime CEE
1 200 €
soit 12,0 €/m² isolé
Le détail du calcul
100 m² × 1 600 kWh cumac/m²
160 000 kWh
160,0 MWh cumac × 7,5 €/MWh
1 200 €
La fiche exige R ≥ 3,7 m²·K/W
C’est la condition d’éligibilité, pas un objectif de performance : en dessous, la fiche BAR-EN-102 ne s’applique pas et la prime est nulle. La résistance de l’isolant déjà en place ne compte pas dans ce R, et au-dessus du seuil le forfait ne bouge plus : isoler mieux ne rapporte pas un cumac de plus.
Mettre les obligés en concurrence vaut 800 €
C’est l’écart, sur ce chantier, entre un obligé qui rachète le cumac 6 €/MWh et un autre à 11 €/MWh. Le forfait de la fiche, lui, ne se négocie pas : le prix du cumac est le seul paramètre de la prime qui dépende de vous, et il se demande par écrit avant la signature du devis.
Forfaits des fiches en vigueur au 1er janvier 2025 (BAR-EN-101 vA64.6, BAR-EN-102 vA65.4, BAR-EN-103 vA64.6, BAR-EN-104 vA54.2, BAR-EN-105 vA64.4) pour une maison individuelle de France métropolitaine. Le prix du MWh cumac est un prix de marché, pas un tarif réglementé : les valeurs de départ, 9,5 €/MWh en précarité et 7,5 €/MWh sinon, sont celles que le calculateur Argile applique par défaut. Ce bloc ne calcule que la prime : le prix du chantier n’y entre jamais.
Outil Argile
Ce que la prime représente vraiment dans le devis
Le calculateur ci-dessus met en regard deux chiffres que l'on présente rarement ensemble, et c'est là que le geste « murs » se distingue des autres.
Une isolation par l'extérieur se facture couramment entre 150 et 250 €/m² posé. Sur 100 m² en zone H1, le devis tourne autour de 18 000 € et la prime CEE en couvre 6 à 8 %. Une isolation par l'intérieur, à 90 €/m², descend à 9 000 € : la même prime en couvre alors 13 à 17 %. Et à titre de comparaison, une isolation de combles perdus soufflée à 30 €/m² relève de la fiche BAR-EN-101, dont le forfait est de 1 700 kWh cumac/m² en H1 : la prime y couvre plus de 40 % du chantier.
Reste l'écrêtement, qui plafonne l'ensemble des aides et des remises à une part de la dépense retenue : 90 % pour un ménage très modeste, 75 % pour un modeste, 60 % pour un intermédiaire, 40 % au-delà. Sur une isolation des murs il ne mord jamais : la prime dépasse rarement 17 % du devis. Sur un chantier de combles facturé très bas, en revanche, il peut couper la prime, et c'est en général le signe qu'il faut regarder le devis avant de regarder le plafond.
De quand date la construction du logement à rénover ?
C'est la première question à poser en visite, avant même de sortir le mètre, parce que la réponse n'ouvre pas les mêmes portes selon le dispositif, et que les seuils n'ont rien à voir entre eux.
| Dispositif | Ancienneté exigée | À quelle date on l'apprécie |
|---|---|---|
| Prime CEE, fiches BAR-EN | bâtiment résidentiel existant | engagement de l'opération |
| CEE rénovation d'ampleur, BAR-TH-174 | plus de 2 ans | engagement de l'opération |
| MaPrimeRénov' | 15 ans révolus en métropole | demande de prime |
| MaPrimeRénov', remplacement d'une chaudière fioul | 2 ans | demande de prime |
| MaPrimeRénov' en outre-mer | 2 ans | demande de prime |
| TVA à 5,5 % et éco-prêt à taux zéro | achevé depuis plus de 2 ans | début des travaux |
Deux conséquences pratiques. La première : une maison de dix ans est éligible à la prime CEE de la BAR-EN-102 et pas à MaPrimeRénov'. C'est le cas de figure où l'on annonce trop, puis où l'on retire, et c'est exactement celui qu'il faut savoir traiter dès la visite.
La seconde : ces seuils ne s'apprécient pas à la même date. Le CEE se juge à la date d'engagement de l'opération, c'est-à-dire à la signature du devis, quand MaPrimeRénov' se juge à la demande de prime et la TVA réduite au début des travaux. Sur un logement qui vient de franchir un seuil, l'ordre dans lequel on signe et dépose n'est plus une formalité.
Les pièces qui font accepter ou refuser le dossier
L'attestation sur l'honneur de la BAR-EN-102 demande, dans cet ordre, ce qui doit apparaître à l'identique sur le devis et sur la facture.
Ce que doit porter la facture
- La surface d'isolant posé, en m², cohérente avec l'attestation et avec le métré
- La résistance thermique R en m²·K/W, explicitement écrite, et supérieure ou égale à 3,7
- L'épaisseur en mm, à défaut de R mentionné sur la preuve de réalisation
- La marque et la référence de l'isolant posé, à défaut de mention sur la preuve de réalisation
- L'identification de l'entreprise RGE, la date de visite technique et la date d'engagement de l'opération
Deux erreurs reviennent systématiquement. La première est la surface : celle du devis, celle de la facture et celle de l'attestation doivent être la même, et c'est la surface d'isolant posé, pas la surface de mur, dont on aurait déduit les ouvertures d'un côté et pas de l'autre. La seconde est la chronologie : l'opération doit être engagée après le devis signé et après l'acceptation du dossier par l'obligé, jamais l'inverse. Une prime CEE ne se rattrape pas après coup.
ITE, ITI : la même prime, pas la même facture
Puisque la fiche est indifférente au côté du mur, tout le reste du choix se joue ailleurs : sur le prix au mètre carré, sur les mètres carrés habitables que le doublage intérieur prend au logement, sur les ponts thermiques que l'ITE traite et que l'ITI laisse, et sur les contraintes de façade. C'est le sujet de l'article suivant, ITE ou ITI : ce que change vraiment le côté du mur sur les aides, qui reprend le même calcul et lui ajoute ce que la fiche ne voit pas.
Pour le reste du montage financier (cumul, chronologie des demandes, plafonds), voir aussi cumul des aides : comment maximiser le financement.
Ce qu'il faut retenir
- La fiche BAR-EN-102 vA65.4 couvre l'isolation des murs en façade ou en pignon, sans distinguer ITE et ITI.
- L'ancienneté du logement se vérifie avant tout le reste : bâtiment existant pour le CEE, 15 ans pour MaPrimeRénov', 2 ans pour la TVA à 5,5 %.
- Le forfait vaut 1 600 / 1 300 / 880 kWh cumac par m² selon la zone climatique H1, H2, H3, et ne dépend de rien d'autre.
- Le seuil R ≥ 3,7 m²·K/W est une condition d'éligibilité binaire ; l'isolation existante ne compte pas dedans.
- Le prix du MWh cumac est le seul paramètre négociable : cinq euros d'écart valent 800 € sur 100 m² en H1.
- Sur une ITE, la prime couvre 6 à 8 % du devis. Ce n'est pas une anomalie : elle paie l'énergie économisée, pas les travaux.




