Blog/Décret du 9 août 2026 : audit énergétique collectif et expertise RGA, deux nouvelles qualifications
Secteur RGE

11 août 2026

7 min de lecture

Décret n° 2026-765 : ce qui change pour l'audit énergétique collectif et l'expertise RGA

Publié au Journal officiel du 11 août et applicable dès le 12, le décret n° 2026-765 modifie l'article R. 125-40 du code de la construction et de l'habitation. Il sépare l'audit énergétique du logement unique de celui des bâtiments à plusieurs logements, et crée un dispositif de qualification pour les experts d'assurance qui traitent les sinistres de retrait-gonflement des argiles. Les critères, eux, attendent encore leurs arrêtés.

Sommaire

Un décret de quatre alinéas, publié au cœur du mois d'août, qui ne crée aucune obligation nouvelle pour personne, et qui prépare pourtant deux marchés de la qualification. Décryptage de ce que fait vraiment le décret n° 2026-765.

Ce que fait le décret n° 2026-765, en une phrase

Un texte court, publié le 11 août, applicable le 12

Le décret n° 2026-765 du 9 août 2026 (NOR VLOL2516390D) est paru au Journal officiel n° 0186 du 11 août 2026. Il entre en vigueur, selon sa propre notice, « le lendemain de sa publication » : le 12 août 2026. Son objet tient en un seul geste juridique, modifier le I de l'article R. 125-40 du code de la construction et de l'habitation, mais ce geste ajoute deux dispositifs de qualification là où il n'y en avait que cinq.

L'article R. 125-40 n'est pas celui auquel on pense

C'est le point qui décide de la lecture correcte du texte, et celui que la plupart des reprises manquent. L'article R. 125-40, issu du décret n° 2024-596 du 25 juin 2024, n'énumère pas les professionnels autorisés à exercer. Il institue une procédure d'agrément des organismes qui délivrent des qualifications, les « signes de qualité », et son I dresse la liste des dispositifs pour lesquels un organisme peut demander cet agrément : travaux de rénovation énergétique, audit énergétique, bornes de recharge, photovoltaïque en obligation d'achat, photovoltaïque en appel d'offres.

Les quatre modifications, dans l'ordre

L'article 1er du décret procède à quatre retouches :

  1. le du I, qui couvrait l'audit énergétique sans distinction, est restreint aux « bâtiments ou parties de bâtiment à usage d'habitation comprenant un seul logement » ;
  2. un 2° bis est ajouté, avec un a) pour les bâtiments à plusieurs logements et un b) pour les immeubles relevant du statut de la copropriété issu de la loi du 10 juillet 1965 ;
  3. un est ajouté, instituant un dispositif de qualification des entreprises qui réalisent les expertises en assurance des sinistres liés « aux phénomènes de mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols » ;
  4. le II est complété : l'agrément du 6° est délivré par arrêté du seul ministre chargé de la construction, là où les autres le sont conjointement avec le ministre chargé de l'énergie.

L'audit énergétique se dédouble : un logement d'un côté, plusieurs de l'autre

Ce que couvrait le 2° jusqu'au 11 août

Le 2° du I renvoie au dispositif de qualification prévu à l'article L. 126-28-1 du CCH, l'audit énergétique réglementaire exigé à la vente des logements les plus énergivores, et au dernier alinéa du 2 de l'article 200 quater du code général des impôts, celui qui conditionne l'audit ouvrant droit aux aides. Un seul dispositif, donc, pour une maison de 90 m² et pour un immeuble de trente lots.

Deux métiers que le terrain avait déjà séparés

La fusion tenait mal, et la pratique l'avait constaté avant le droit. Auditer une maison individuelle, c'est un relevé d'enveloppe, un système de chauffage, un occupant, un scénario de travaux qui se décide autour d'une table de cuisine. Auditer un immeuble à plusieurs logements, c'est des parties communes et privatives à distinguer, un chauffage souvent collectif, des colonnes et des réseaux, une pluralité de décideurs et un vote en assemblée générale à préparer. Les organismes de qualification l'avaient d'ailleurs traduit depuis longtemps dans leurs nomenclatures : chez OPQIBI, la 1911 vise les maisons individuelles quand la 1905 couvre les bâtiments tertiaires et d'habitation collectifs. Le décret aligne enfin la liste réglementaire sur cette réalité.

Ce que le b) ajoute au a)

Distinguer, à l'intérieur du 2° bis, les bâtiments à plusieurs logements et les immeubles en copropriété n'est pas une redondance. Un immeuble à plusieurs logements peut être en monopropriété : un bailleur unique, social ou privé, décide seul et l'audit alimente un plan de travaux classique. En copropriété, l'audit s'insère dans un cadre propre (diagnostic technique global, plan pluriannuel de travaux, MaPrimeRénov' Copropriété et vote en assemblée générale) qui suppose de l'auditeur autre chose que de la thermique : la capacité à produire un document qui tienne devant un syndic, un conseil syndical et une majorité à réunir.

Une qualification pour les experts d'assurance RGA

Le maillon qui manquait à la réforme de l'indemnisation

Le second volet du décret concerne un tout autre monde, et c'est d'ailleurs à lui que la notice consacre l'essentiel de ses « publics concernés ». Depuis l'ordonnance du 8 février 2023 puis le décret n° 2024-1101 du 3 décembre 2024, entré en vigueur au 1er janvier 2025, l'expertise assurantielle des sinistres de retrait-gonflement des argiles est encadrée : indépendance de l'expert vis-à-vis de l'assureur et des entreprises de réparation, honoraires fixés sur des critères objectifs et non discriminatoires, délais de remise du rapport.

Tout cela portait sur la position de l'expert. Rien ne portait sur sa compétence, autrement que par une exigence générale de qualification professionnelle laissée sans organisme tiers pour l'attester. C'est ce trou que le 6° vient combler : un organisme pourra désormais être agréé pour délivrer une qualification aux entreprises d'expertise RGA, sur un référentiel qui touchera nécessairement à la pathologie du bâtiment, aux investigations géotechniques, à la mécanique des sols et à l'interaction sol-structure.

Pourquoi cela compte plus qu'il n'y paraît

Le retrait-gonflement des argiles est le premier poste du régime catastrophes naturelles hors inondation, et l'un des rares où le litige porte moins sur le montant que sur le lien de causalité : la fissure vient-elle de la sécheresse, ou d'une malfaçon de fondation, d'un arbre planté trop près, d'un défaut de drainage ? Cette question se tranche dans un rapport d'expertise, souvent par un expert seul, face à un propriétaire qui n'a pas les moyens techniques de le contredire. Rendre cette compétence vérifiable par un tiers agréé, c'est déplacer le débat du terrain de la parole vers celui du référentiel.

Ce que le rapport d'expertise engage, et que la qualification vise à fiabiliser

  • Le lien entre l'épisode de sécheresse reconnu et les désordres constatés
  • La distinction entre cause naturelle et cause préexistante (fondations, végétation, drainage)
  • La nature des investigations réellement menées : sondages, essais, ou simple examen visuel
  • Les techniques de réparation retenues, du drainage périphérique à la reprise en sous-œuvre

Pour situer un bâtiment avant même l'expertise (exposition au retrait-gonflement, forme du plan, arbres dans le rayon d'influence des fondations, pente du terrain), notre outil rga.argile.ai produit à partir d'une adresse un état des lieux géométrique et un plan de travaux chiffré sur le bâtiment. Non contractuel par construction, il ne remplace ni une étude G5 ni une expertise assurantielle, mais il donne au propriétaire de quoi arriver informé au rendez-vous.

Ce qui n'est pas encore décidé

Le décret ouvre la porte, l'arrêté fixe les critères

C'est la limite du texte, et il faut l'énoncer clairement : au 12 août 2026, aucun professionnel ne doit rien faire. Les arrêtés d'application restent attendus, et ce sont eux qui porteront tout ce qui a un effet opérationnel : le référentiel de compétences de chaque dispositif, la liste des organismes agréés, l'articulation avec les qualifications existantes et l'éventuelle période transitoire. Le rythme observé sur les textes voisins invite à la patience : le décret n° 2024-1101 attendait encore, plus d'un an après son entrée en vigueur, deux arrêtés annoncés sur la liste des pièces à transmettre à l'expert et sur le modèle de rapport.

Ce qu'il est utile de faire d'ici là

  • Vérifier la date d'échéance de vos qualifications actuelles, et éviter de la laisser tomber pendant la période d'incertitude
  • Documenter dès maintenant vos références en habitat collectif : un dossier de qualification se juge sur des affaires réalisées, pas sur une intention
  • Si vous intervenez en copropriété, tracer ce qui relève du collectif et ce qui relève du privatif dans vos rapports, c'est ce que le futur référentiel regardera en premier
  • Pour les cabinets d'expertise, anticiper la preuve des compétences géotechniques : CV, formations, méthodes d'investigation, historique des dossiers RGA

Ce qu'il faut retenir

Le décret n° 2026-765 du 9 août 2026 est un texte de préparation, pas d'application. Il sépare, à l'article R. 125-40 du CCH, l'audit énergétique du logement unique de celui des bâtiments à plusieurs logements et des copropriétés, et il crée un dispositif de qualification pour les entreprises d'expertise assurantielle en retrait-gonflement des argiles, agréé par le seul ministre chargé de la construction. Aucune obligation nouvelle ne pèse sur les professionnels au 12 août : les critères de qualification viendront d'arrêtés encore attendus. Pour qui audite déjà des immeubles ou expertise déjà des fissures, le bon réflexe n'est pas de s'inquiéter d'une échéance, mais de constituer dès maintenant le dossier de références qu'un futur référentiel demandera. Pour aller plus loin sur la frontière entre les deux diagnostics les plus confondus du secteur, notre comparatif audit énergétique vs DPE reste le point de départ.

Chiffres clés

12 août 2026

Entrée en vigueur du décret n° 2026-765

2 dispositifs

Créés à l'article R. 125-40 du CCH

48 %

Du territoire métropolitain exposé au RGA

Questions fréquentes

Non. Le décret n° 2026-765 crée l'emplacement réglementaire d'un dispositif de qualification propre aux bâtiments à plusieurs logements, mais il ne fixe aucun critère et n'impose rien aux professionnels au 12 août. Ce sont les arrêtés d'application, encore attendus, qui diront quelles qualifications sont reconnues, selon quel référentiel, et à partir de quelle date. D'ici là, les qualifications et certifications qui ouvrent aujourd'hui l'audit énergétique réglementaire continuent de produire leurs effets.

Partager cet article

Pierre-Louis Guhur

Pierre-Louis est CEO et cofondateur d'Argile. Docteur en apprentissage automatique, thèse préparée à l'Inria, il a rénové une maison de ses mains en 2017 avant de fonder l'entreprise. Sur le blog, il écrit sur ce qu'il implémente dans le logiciel : la méthode 3CL-DPE 2021, la NF EN 12831 et la physique du bâti telle qu'un moteur de calcul doit la traiter, hypothèse par hypothèse.

Ce qui change, une fois par mois

Les nouveautés d’argile, et les évolutions CEE et MaPrimeRénov’ décryptées. Rien d’autre, et un lien de désinscription dans chaque envoi.

À lire aussi

Secteur RGE13 mars 2026
DPE 2026 : Nouvelles règles et impacts sur la rénovation énergétique

En 2026, le DPE devient un vrai point de bascule dans vos chantiers. Entre un calendrier qui se resserre et des contrôles plus cadrés, vos clients vont vous demander des solutions claires, chiffrées, et surtout réalisables. À vous de transformer une contrainte en devis cohérent, et en rénovation qui tient la route.

5 min de lecture

Secteur RGE19 août 2026
Liste des PAC agréées CEE : quels modèles ont changé le 19 août 2026 ?

Un arrêté du 29 juillet 2026 met à jour la liste des pompes à chaleur agréées « qualité et résilience industrielle » : 404 modèles ajoutés, 18 retirés (Daikin, Viessmann Vitocal Hybrid) et une annexe des agréments transitoires renouvelée à 244 modèles. À dix jours de l'échéance qui rend l'agrément obligatoire pour la bonification CEE, voici ce qu'il faut vérifier avant de signer un devis PAC air/eau ou eau/eau.

3 min de lecture

Secteur RGE20 juin 2026
Audit énergétique vs DPE : quelles différences ?

Entre le diagnostic de vente et l’analyse approfondie du bâtiment, vos clients se perdent vite, et c’est souvent vous qui devez remettre de l’ordre. En clarifiant ce que chaque démarche mesure, ce qu’elle déclenche comme travaux, et quand elle devient obligatoire, vous gagnez du temps et vous sécurisez vos chantiers. De quoi proposer la bonne solution, au bon moment, sans promesse floue.

5 min de lecture

Révélez votre expertise

Une démo, et vous voyez votre expertise en preuve.

Contactez-nous