La température extérieure de base est la valeur conventionnelle qui fixe l'écart de calcul du dimensionnement, pas un record de froid. Elle est donnée par département dans la NF P 52-612/CN, annexe nationale française de la NF EN 12831-1, puis corrigée selon l'altitude et la proximité de la mer. Avec une température intérieure de 19 °C, passer d'une base de -5 °C à -9 °C fait grimper la puissance calculée de 17 %, et une base à -15 °C la fait grimper de 42 %. C'est le paramètre le plus sensible de toute la note de dimensionnement, et celui qu'on recopie le plus souvent sans le vérifier. Dans la note de dimensionnement d'Argile, elle est donc retenue pour la commune du chantier plutôt que reprise du département.
Comprendre la température-base et son intérêt en dimensionnement
Définition simple
La température-base (ou température extérieure de base) est une valeur conventionnelle utilisée pour calculer les déperditions d’un bâtiment et dimensionner le chauffage. Elle représente un froid « raisonnablement sévère » pour votre zone, pas le record historique : c'est la température nocturne extrême constatée au moins cinq jours par an sur une période de trente ans. On s’en sert pour fixer l’écart de température entre l’intérieur visé et l’extérieur de calcul.
Éviter les confusions
- Température moyenne. Elle décrit le climat habituel sur une longue période. Elle ne dimensionne pas une puissance.
- Vague de froid. C’est un épisode court et parfois extrême. Si vous dimensionnez dessus, vous surdimensionnez souvent.
Pourquoi ça change vos calculs
Plus la température-base est basse, plus la puissance de chauffage demandée grimpe. Cela influence le choix du générateur, le débit d’eau, la taille des émetteurs, et la capacité à tenir la consigne sans cycles courts. Résultat : un confort plus stable et des clients moins déçus quand l’hiver « pique ».
Calcul
La température extérieure de base de votre chantier
Saisissez l’adresse : le calcul lit le département dans le code INSEE, relève l’altitude du point auprès de l’IGN, puis applique les tables de la NF P 52-612/CN. C’est la valeur qui fixe l’écart de calcul de vos déperditions, donc la puissance de la machine.
La norme ne définit pas la côte : c’est l’installateur qui déclare. La correction ne joue que sous 200 m d’altitude.
Quatre exemples en attendant votre adresse
Le résultat dépend du département et de l’altitude du point, pas de la commune seule. Comparez les deux dernières lignes : même valeur départementale de −10 °C, et pourtant neuf degrés d’écart, uniquement à cause de l’altitude.
| Commune | θe,D départemental | Altitude | θe retenu |
|---|---|---|---|
| Brest | −4 °C | 47 m | −4 °C |
| Strasbourg | −15 °C | 143 m | −15 °C |
| Bourg-en-Bresse | −10 °C | 237 m | −11 °C |
| Briançon | −10 °C | 1214 m | −20 °C |
C’est bien θe qui dimensionne
Les déperditions se calculent sur cette valeur, et c’est elle qui fixe la puissance de la machine. Ce qu’elle n’est pas, c’est un record de froid : la norme retient la température nocturne extrême atteinte au moins cinq jours par an sur trente ans. Dimensionner sur une vague de froid exceptionnelle, elle, surdimensionne toute l’installation.
Adresse résolue par la Base Adresse Nationale, altitude par le service altimétrique de l’IGN. Le résultat suit les tables D.1a, D.1b et D.1c de la NF P 52-612/CN, annexe nationale de la NF EN 12831-1.
Outil Argile
Température extérieure de base par département : trouver la valeur de votre chantier
Pour connaître la température extérieure de base de votre chantier, saisissez son adresse dans le calculateur juste au-dessus : il lit le département, relève l'altitude du point auprès de l'IGN et applique les tables de la NF P 52-612/CN. La norme fixe d'abord une valeur par département, au niveau de la mer, valable jusqu'à 200 m d'altitude et à plus de 25 km de la côte. Quelques exemples situent l'échelle :
- Paris (75) : -5 °C.
- Petite couronne (92, 93, 94) : -7 °C, un chantier à Montreuil ne prend donc pas la valeur de Paris.
- Nord (59) : -9 °C.
- Bas-Rhin (67) : -15 °C.
- Bouches-du-Rhône (13) : -5 °C, relevée à -4 °C à moins de 25 km de la mer.
La correction d'altitude
Au-dessus de 200 m, la norme abaisse la base par tranches d'altitude, pas par un gradient fixe. Dans la plupart des départements froids, on perd 1 °C entre 201 et 400 m, puis 1 °C par tranche de 100 m : un chantier à 650 m en Haute-Loire passe de -8 °C à -12 °C. Dans les départements à -5 °C, la baisse est environ deux fois plus lente, et le calculateur applique la tranche exacte.
C'est là que se jouent les plus gros écarts. Un chantier à 900 m dans les Hautes-Alpes prend -16 °C, six degrés sous la valeur du département, soit environ 20 % de puissance en plus. À l'inverse, retenir la valeur de la préfecture pour une maison de fond de vallée, ou une moyenne départementale, fausse la base dans un sens comme dans l'autre : Bourg-en-Bresse, à 226 m, tombe déjà un degré sous la valeur de l'Ain. Relevez l'altitude du point exact (IGN, Géoportail) et notez-la dans la note.
La correction littorale et les îles
Sous 200 m d'altitude et à moins de 25 km de la mer, la norme relève la base dans les départements les plus doux, l'inertie de la mer coupant les extrêmes. Elle ne la relève pas partout : sur la côte de la Manche à -7 °C, comme en Seine-Maritime, elle ne change rien. Les îles de Charente-Maritime et de Vendée (Ré, Oléron, Yeu, Noirmoutier) ont leur propre valeur, plus douce. La norme ne définit pas précisément la côte : c'est l'installateur qui déclare le chantier côtier, et c'est donc à lui de le justifier.
Zones H1 à H3 et température de base : ne pas confondre
La France est aussi découpée en huit zones climatiques, de H1a à H3, mais ce zonage sert au DPE et à la réglementation thermique, pas au dimensionnement. Il ne donne pas la température de base : la Haute-Loire et le Rhône sont tous deux en H1c, et leurs bases diffèrent de deux degrés au niveau de la mer. Deux chantiers du même département peuvent aussi légitimement porter deux bases différentes, ce qu'Argile traite en retenant la température de base commune par commune, correction littorale comprise, dans la note de dimensionnement. Une note qui affiche la même valeur pour toutes les affaires d'un département est une note recopiée, et c'est visible en contrôle.
Ce que deux degrés de température-base coûtent en puissance
La puissance de déperdition est proportionnelle à l'écart entre l'intérieur et l'extérieur. Comme la température intérieure de calcul est fixe, tout se joue sur la base. Le tableau ci-dessous prend 19 °C à l'intérieur et rapporte tout à une base de -5 °C.
| Température de base | Écart de calcul | Puissance relative |
|---|---|---|
| -5 °C | 24 K | 100 % |
| -7 °C | 26 K | 108 % |
| -9 °C | 28 K | 117 % |
| -11 °C | 30 K | 125 % |
| -13 °C | 32 K | 133 % |
| -15 °C | 34 K | 142 % |
Lisez la colonne de droite comme une colonne de devis. Deux degrés d'écart sur la base, c'est 8 % de puissance, soit le pas entre deux modèles du catalogue. Quatre degrés, c'est 17 %, soit une taille de machine complète. Sur une PAC, l'erreur ne coûte pas seulement le surcoût matériel : une machine surdimensionnée court-cycle en mi-saison, perd du COP et vieillit son compresseur, ce qui se retrouve dans vos retours SAV. C'est pourquoi la courbe de chauffe ne rattrape jamais un mauvais choix de base.
Température de base, de consigne, de non-chauffage : trois valeurs à ne pas confondre
Une note de dimensionnement manipule trois températures, et les confondre fausse le résultat sans que rien ne le signale.
| Température | Ce qu'elle représente | Valeur usuelle | Rôle dans le calcul |
|---|---|---|---|
| Extérieure de base (ou de référence) | Le froid conventionnel du lieu | -2 à -15 °C au niveau de la mer, plus bas en altitude | Fixe la puissance maximale à fournir |
| Intérieure de consigne | La température visée dans les pièces | 19 °C par défaut (NF P 52-612/CN) | L'autre borne de l'écart de calcul |
| De non-chauffage | La température extérieure où les apports gratuits suffisent | Propre à chaque maison | Point où le besoin de chauffage s'annule |
« Température de référence » et « température de calcul » désignent en pratique la même valeur que la température extérieure de base. La consigne, elle, se pose par usage et s'écrit dans la note : si le client veut 21 °C partout, l'écart grimpe de 2 K et la puissance avec. La température de non-chauffage ne sert pas à dimensionner la puissance, mais elle trace l'autre bout de la courbe de besoin, celle qui place le point de bivalence.
Méthode terrain : intégrer la température-base dans votre dimensionnement
Étape par étape
Commencez par estimer les déperditions pièce par pièce (surfaces, isolation, ventilation). Ramenez ensuite le besoin de chauffage à la température-base locale, puis tracez la courbe de charge. Vous positionnez le point de bivalence, c’est-à-dire la température extérieure où l’appoint prend le relais. Vous en déduisez la puissance à fournir, pour la machine comme pour les radiateurs, pièce par pièce. Visez une puissance couvrant la base du besoin, sans gonfler au-delà du raisonnable.
Impact sur les émetteurs
- Radiateurs. Vérifiez la puissance au régime d’eau prévu. Une eau trop chaude fait chuter le rendement.
- Plancher chauffant. Idéal en basse température, il lisse les variations et limite l’appoint.
- Ventilo-convecteurs. Utiles en rénovation quand il faut de la réactivité, à condition de maîtriser le bruit.
Vérifier la cohérence
Surveillez les cycles courts. Si la machine démarre trop souvent, vous surdimensionnez ou la régulation est mal réglée. À l’inverse, trop d’appoint augmente la consommation et masque un défaut d’émetteurs. Pour une PAC, la marge n'est pas libre : c'est le NF DTU 65.16 qui la fixe, comme le montre la section suivante.
Pompes à chaleur : régler le dimensionnement avec la température-base
Courbes fabricants, stratégie de système et vigilance en zone froide
Pour dimensionner une PAC, partez de la température-base de votre chantier. Puis lisez les courbes fabricants à cette température extérieure. Regardez la puissance restituée (et non la puissance électrique) et le COP, qui baisse quand il fait froid et quand la température de départ augmente. Si la puissance restituée à température-base couvre juste le besoin, l’appoint s’activera souvent. Côté stratégie, le mono-split vise une zone, le bi-split répartit mieux mais complique l’équilibrage. L’air/eau colle bien à des émetteurs basse température. L’hybride sécurise les pointes de froid grâce à la relève. En zone froide, anticipez le dégivrage. Il consomme et coupe ponctuellement la chauffe. Prévoyez une marge raisonnable, vérifiez l’implantation (vent, neige, recyclage d’air) et paramétrez une loi d’eau stable.
Point de bivalence : où la température de base intervient
La déperdition D se calcule à la température de base, et c'est à cette même température que le NF DTU 65.16 lit la puissance de la PAC : entre 80 et 100 % de D pour une machine à variation de puissance, l'ensemble PAC plus appoint devant atteindre 1,2 × D. La méthode complète est détaillée dans le dimensionnement de la puissance d'une PAC par les déperditions.
Le point de bivalence se place ensuite sur un graphique simple. La courbe de besoin du logement est une droite qui part de zéro à la température de non-chauffage et atteint D à la température de base. La courbe de puissance de la PAC, lue chez le fabricant au régime d'eau prévu, descend quand il fait plus froid. Le point de bivalence est leur croisement : au-dessus, la PAC suffit seule ; en dessous, l'appoint complète.
Un exemple illustre l'ordre de grandeur. Une maison du Rhône sous 200 m (base -10 °C) affiche D = 9 kW, avec une non-chauffage prise à 16 °C. La PAC retenue délivre 7,2 kW à -10 °C, soit 80 % de D. Le besoin vaut 7,2 kW vers -5 °C : c'est le point de bivalence apparent. Comme la PAC délivre plus à -5 °C qu'à -10 °C, le vrai croisement se situe plus bas, et seule la courbe du fabricant le place. Une base fausse de deux degrés déplace toute la droite de besoin, et avec elle ce point.
Contre-intuitif
Pourquoi un groupe trop gros chauffe moins bien
Le groupe est dimensionné pour la nuit la plus froide de l’année : quelques heures. Le reste de la saison, il doit descendre très bas. En dessous de son plancher de modulation, il n’a plus qu’une option : démarrer et s’arrêter.
4,0 kW
8 kW
30 % du nominal
19 °C
Saison en cycles courts
69 %
4 012 h par an sous le plancher
Saison en déficit
0 %
0 h par an au-dessus du groupe
Besoin
Plancher de modulation
Heures de la saison
Le groupe passe l’essentiel de la saison sous son plancher
C’est là que se fabriquent la surconsommation et l’usure : des démarrages à répétition pour un besoin que la machine ne sait pas produire aussi petit. Descendez d’une taille.
Saison de chauffe modélisée par une distribution de températures, pas par un fichier météo réel. L’ordre de grandeur est juste, l’heure près ne l’est pas.
Outil Argile
Isolation et température-base : quand la rénovation change la donne
Après une isolation des combles, des murs ou des planchers bas, les déperditions chutent. On ne garde donc pas les anciens calculs. Reprenez un bilan selon la température-base locale, avec les nouvelles résistances thermiques, les ponts thermiques traités, et une étanchéité à l’air souvent améliorée. En rénovation par étapes, le piège est connu. Dimensionner le chauffage sur l’état “intermédiaire” peut mener à un appareil trop puissant une fois l’enveloppe finie, avec cycles courts et rendement en baisse. La bonne pratique consiste à viser la puissance finale, et à sécuriser l’entre-deux avec une régulation fine, un appoint temporaire, ou des émetteurs capables de moduler. Enfin, la ventilation n’est pas un détail. Les débits, l’équilibrage et les infiltrations pilotent une part des pertes. Une VMC bien réglée évite de “ventiler les calories” et stabilise le confort.
Contrôles et documents à produire pour sécuriser vos chiffrages en 2026
Données à archiver
Pour éviter les discussions en fin de chantier, gardez une trace de la température-base retenue, du département, de l’altitude du point, de la correction littorale si vous l'avez appliquée, et de la méthode de calcul (déperditions, puissance émetteurs, courbe de chauffe). Archivez vos hypothèses, consignes de confort, renouvellement d’air, surfaces et isolants, puis les résultats : puissance à la température de base, répartition par zone, réglages prévus. Avec ces éléments, votre chiffrage reste lisible et défendable.
Cohérence audit, DPE et RGE
En 2026, le piège classique est l’incohérence. Un audit énergétique, un DPE et une note de dimensionnement doivent raconter la même histoire : mêmes surfaces, mêmes plans de travaux, mêmes températures de référence. C’est aussi ce qui sécurise vos dossiers d’aides et vos contrôles RGE.
Argumentaire client
Côté client, expliquez simplement : la température-base sert à dimensionner pour les jours les plus froids, sans surdimensionner le reste de l’année. Montrez le “pourquoi” avec un exemple : confort, économies, moins de cycles et une machine qui dure.



