Ce volet régional prolonge notre étude nationale « Canicule et inégalités vertes : les régions françaises à l'épreuve du 3-30-300 », qui présente la règle, la méthode et le classement des treize régions.
La Corse passée au crible de la règle du 3-30-300. Dernière région cartographiée, et de loin la plus arborée de France : ses deux préfectures cochent les trois critères, et c'est la seule région où une minorité d'habitants vit dans un quartier sous le seuil des 30 %.
L'essentiel. Avec 44,3 % de canopée, la Corse devient la région la plus arborée que nous ayons mesurée, devant la Provence-Alpes-Côte d'Azur (36,2 %). 92 % de ses 360 communes dépassent le seuil des 30 %, et c'est la seule région où une minorité d'habitants (32 %) vit dans un quartier sous ce seuil, contre 46 % en PACA et 73 % en moyenne nationale. Ajaccio et Bastia cochent toutes deux les trois règles, là où Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux échouent sur la canopée. Le déficit corse existe, mais il est minuscule et parfaitement localisé : les centres-villes d'Ajaccio et Bastia, la plaine orientale agricole et quelques stations balnéaires.
Vue d'ensemble : 2 départements
La Corse est intégralement publiée par l'IGN : les 360 communes de l'île sont couvertes, sans aucune zone grise. C'est la deuxième région dans ce cas, après PACA.
| Département | Communes couvertes | Population couverte | Canopée moyenne | Communes ≥ 30 % | Arbres détectés |
|---|---|---|---|---|---|
| Corse-du-Sud (2A) | 124 | 0,17 M | 49,4 % | 98 % | 36,6 M |
| Haute-Corse (2B) | 236 | 0,19 M | 39,7 % | 89 % | 33,6 M |
| Région (2 dépts) | 360 | 0,36 M | 44,3 % | 92 % | 70,2 M |

Une île-forêt, et trois poches de minéral
La Corse inverse le schéma français avec une netteté inédite. Ailleurs, la campagne est boisée et la ville minérale ; ici, la forêt méditerranéenne et de montagne — châtaigneraies de la Castagniccia, pinèdes du Niolu, chênaies et maquis arboré — occupe l'essentiel du territoire habité, et les villages perchés sont eux-mêmes enveloppés d'arbres. Le quartier médian de l'île affiche 56 % de couvert arboré.
Le déficit se concentre en trois endroits, tous parfaitement visibles sur la carte :
- Les deux centres-villes. Le Vieux Port de Bastia (7,9 %) et Les Cannes à Ajaccio (8,1 %) sont les deux quartiers les moins arborés de Corse. Les huit quartiers suivants sont tous situés dans l'une ou l'autre de ces deux villes.
- La plaine orientale, agricole et de développement récent : Ghisonaccia (21,1 %), Lucciana (23,5 %), Vescovato (24,6 %), Borgo (27,4 %).
- Le littoral touristique de Balagne : Calvi (21,5 %), L'Île-Rousse (23,7 %).
Seules 28 communes sur 360 passent sous les 30 %.
- Communes les plus arborées (≥ 3 000 hab.) : Grosseto-Prugna (66 %), San-Martino-di-Lota (62 %), Porto-Vecchio (57 %), Sartène (55 %), Propriano (53 %), Ville-di-Pietrabugno (53 %).
- Communes les moins arborées (≥ 3 000 hab.) : Ghisonaccia (21 %), Calvi (22 %), Biguglia (22 %), Lucciana (24 %), L'Île-Rousse (24 %), Vescovato (25 %).
Focus : les villes corses, 3 / 3 presque partout
Les deux préfectures corses cochent les trois règles — visibilité des arbres, canopée du quartier, accès à un espace vert. Elles rejoignent le petit groupe de villes françaises dans ce cas : Nice, Montpellier, Nîmes, Biarritz, Quimper, Blois et les villes de Franche-Comté. Les grandes métropoles, elles, restent toutes en échec sur la canopée.
| Ville | 3 : voir ≥ 3 arbres | 30 : canopée | 300 : parc ≤ 300 m | Règles |
|---|---|---|---|---|
| Ajaccio (76 000 hab.) | 95,3 % ✅ | 41,7 % ✅ | 92,7 % ✅ | 3 / 3 |
| Bastia (48 000 hab.) | 94,9 % ✅ | 42,5 % ✅ | 99,0 % ✅ | 3 / 3 |
| Porto-Vecchio (11 000 hab.) | 99,2 % ✅ | 56,5 % ✅ | 100 % ✅ | 3 / 3 |
| Borgo (8 000 hab.) | 98,7 % ✅ | 27,4 % ❌ | 100 % ✅ | 2 / 3 |
| Pour comparaison : Nice | 94,8 % ✅ | 38,2 % ✅ | 77,0 % ✅ | 3 / 3 |
| Pour comparaison : Marseille | — | 26 % ❌ | — | — |
Le mécanisme est le même dans les deux préfectures, et il tient à la géographie : l'agglomération est coincée entre la mer et une montagne boisée, et la commune englobe cette montagne. Le centre ancien, dense et minéral, ne pèse qu'une petite fraction de la superficie communale.
Porto-Vecchio pousse la logique à son terme : 56,5 % de canopée, 99,2 % des logements voyant au moins trois arbres et 100 % à moins de 300 m d'un espace vert — les meilleurs scores de toutes les villes que nous ayons mesurées, en France entière.
Ajaccio (3 / 3)
Le contraste interne est spectaculaire : de 8 % aux Cannes à 52 % aux Jardins de l'Empereur. Dix quartiers sur vingt-quatre dépassent les 30 %. La bande littorale dense — Les Cannes, Saint-Jean, Place Foch, Candia, La Gare, Centre-Ville — reste sous 20 %, mais elle est étroite, et seuls 328 logements sur 4 473 (7 %) sont à plus de 300 m d'un espace vert.


Bastia (3 / 3)
Même structure, encore plus marquée : Cardo culmine à 58 %, Monserato et Saint-Antoine à 48 %, tandis que le Vieux Port tombe à 8 % et le quartier Mairie à 13 %. Bastia obtient surtout le meilleur score « 300 » de toutes les villes mesurées : 99 % des logements sont à moins de 300 m d'un espace vert — la montagne commence au bout de la rue.


Le contre-exemple : Borgo (2 / 3)
Dans la plaine orientale, Borgo échoue sur la canopée (27,4 %) alors même que 100 % de ses logements sont à moins de 300 m d'un espace vert et que 98,7 % voient au moins trois arbres. C'est l'illustration du message national : l'accès aux espaces verts ne suffit pas, c'est le couvert arboré du quotidien qui fait défaut. Son quartier Est plafonne à 10,6 %.
Le revers : l'île la plus arborée est aussi la plus exposée au feu
Cette canopée exceptionnelle est aussi la plus vulnérable. Le maquis arboré, le pin maritime et le chêne-liège comptent parmi les formations les plus inflammables de France. Les étés plus chauds et plus secs fragilisent le couvert, et la déprise agricole épaissit un maquis continu qui propage le feu jusqu'aux lisières habitées.
Ici, l'enjeu n'est donc pas de planter davantage mais de protéger : entretenir les interfaces habitat-forêt, préserver les châtaigneraies anciennes, et reverdir les quelques poches minérales — centres d'Ajaccio et de Bastia, plaine orientale — qui concentrent l'essentiel de la population exposée à la chaleur.
Données et méthode
Arbres extraits du LiDAR HD de l'IGN (sans masque, 70,2 millions d'arbres sur la région), canopée mesurée à l'échelle IRIS (quartier), celle que vise la règle des 30 %. L'île est intégralement couverte : 4 268 dalles LiDAR en Corse-du-Sud et 4 983 en Haute-Corse, soit 360 communes sur 360, sans aucune commune écartée pour couverture insuffisante. Les règles « 3 » et « 300 » sont calculées sur les empreintes résidentielles de la BD TOPO, avec les hauteurs issues de nos reconstructions 3D.
Et votre quartier ? Entrez votre adresse dans notre outil 3-30-300 : il lit les trois chiffres chez vous, sur les mêmes données que cette étude, arbre par arbre et quartier par quartier.
Comment on a mesuré
La méthode, les sources et le classement des treize régions sont détaillés dans l'étude nationale. Arbres extraits du LiDAR HD de l'IGN, canopée mesurée à l'échelle IRIS (le quartier, celui que vise la règle des 30 %), communes non couvertes laissées en gris.




