Un bilan thermique produit une valeur unique et opposable : la déperdition D du volume chauffé à la température extérieure de base, exprimée en watts et détaillée pièce par pièce. Trois postes la composent, la transmission par les parois avec Φ = U × A × ΔT, les ponts thermiques avec Φ = ψ × L × ΔT, et le renouvellement d'air avec Φ = 0,34 × Qv × ΔT. Le coefficient 0,34 n'est pas arbitraire, c'est la capacité thermique volumique de l'air ramenée à l'heure, soit environ 1,2 kg/m³ multiplié par 1 006 J/(kg.K) et divisé par 3 600. C'est ce D qui commande ensuite la fourchette de puissance admissible pour une pompe à chaleur. Dans la note de dimensionnement d'Argile, ces postes sont détaillés un à un, toitures, façades, planchers, ouvertures, ponts thermiques et renouvellement de l'air, chacun avec sa transmission thermique et sa surface, calculés selon la NF EN 12831-1 à partir du relevé de la visite technique.
Bilan thermique : ce qu'il contient, qui le fait, combien de temps et à quel prix
Un bilan thermique de maison dit combien de watts il faut fournir pour tenir la consigne par grand froid : c'est le calcul qui fixe la puissance du chauffage, ni une étiquette ni une étude réglementaire.
| Question | Réponse pour une maison individuelle |
|---|---|
| Ce qu'il calcule | La déperdition D en watts à la température de base, paroi par paroi et pièce par pièce |
| Ce qu'il contient | Relevé des parois et menuiseries, hypothèses (U, ψ, débits, températures), tableau des déperditions, puissance conseillée, priorités de travaux |
| Qui le réalise | Un thermicien de bureau d'études, ou l'installateur qui dimensionne la machine |
| Durée | 4 à 8 heures : visite sur site, saisie, restitution |
| Prix | 400 à 900 €, ordre de grandeur de marché, aucun texte ne le tarife |
Aucune certification n'est exigée pour ce bilan, à la différence du DPE et de l'audit réglementaire : ce qui le rend sérieux est la traçabilité de la note, pas le titre de son auteur.
Bilan thermique gratuit : ce que couvre une estimation en ligne
Un bilan complet suppose un relevé sur site. Il est souvent offert avant un devis de PAC, son coût étant porté par le chantier : exigez alors le tableau pièce par pièce, sans lequel la puissance proposée ne se vérifie pas. Les outils en ligne, comme le bilan thermique en ligne d'Argile, donnent une première estimation qui situe le logement et prépare la visite, sans remplacer le relevé.
Bilan thermique, étude thermique, DPE, audit : quatre documents différents
| Document | Ce qu'il calcule | Qui le réalise | Quand on en a besoin | Prix maison, ordre de grandeur de marché |
|---|---|---|---|---|
| Bilan thermique | Puissance de déperdition D en W | Installateur ou bureau d'études | Avant de dimensionner un chauffage | 400 à 900 € |
| Étude thermique RE2020 | Bbio, Cep, Ic et confort d'été d'un projet neuf | Bureau d'études thermiques | Permis de construire et fin de travaux | 500 à 1 200 € HT |
| DPE | Classe de A à G en kWh/m².an et kg CO2/m².an | Diagnostiqueur certifié | Vente, location | 100 à 250 € |
| Audit énergétique | État initial et plans de travaux chiffrés | Auditeur qualifié | Vente d'une passoire, parcours accompagné | 600 à 1 200 € |
Le DPE et l'audit raisonnent en énergie annuelle, le bilan thermique en puissance par grand froid. Voir le contenu de l'étude thermique RT2012 et RE2020 et les différences entre audit énergétique et DPE. Côté aides, depuis le 1er septembre 2026 (décret n° 2026-822), MaPrimeRénov' ne finance plus par geste que la pompe à chaleur, le raccordement à un réseau de chaleur, l'audit et la dépose de cuve ; tout le reste passe par le parcours accompagné, qui exige un audit. Le bilan thermique prépare le dimensionnement de la PAC, il ne remplace pas cet audit.
Qualifier le chantier avant le bilan thermique : collecte des données utiles
Relever les informations bâtiment : surfaces, volumes, orientations, parois et menuiseries
Avant le bilan thermique, partez sur une base simple. Relevez les surfaces chauffées, la hauteur sous plafond, les volumes, l’orientation des façades et les masques (arbres, immeubles). Décrivez les parois (murs, planchers, toiture) avec matériau, épaisseur, isolation existante et état. Côté menuiseries, notez le type de vitrage, le cadre, les volets, et prenez des photos. Objectif : des données fiables et comparables.
Identifier les usages et les scénarios : chauffage, eau chaude, ventilation, consignes
Un bon diagnostic ne se limite pas au bâti. Listez les systèmes en place (générateur, émetteurs, régulation), l’eau chaude, la ventilation, et les consignes réelles pièce par pièce. Récupérez au moins 12 mois de factures et précisez l’occupation (nombre de personnes, présence en journée). Vous obtenez un scénario d’usage réaliste, sans surévaluer les gains.
Repérer les points sensibles sur site : ponts thermiques, humidité, infiltrations d’air
Sur site, cherchez ce qui “fuit” l’énergie. Repérez les ponts thermiques aux liaisons (plancher, refends, balcon), les traces d’humidité, la condensation, les moisissures, et les infiltrations d’air autour des menuiseries, trappes et réseaux. Un test fumigène ou une caméra thermique en conditions adaptées aide à objectiver. Ces signaux guident les priorités terrain.
Méthode de calcul d'un bilan thermique selon la NF EN 12831-1
Les six étapes de la méthode, dans l'ordre
La NF EN 12831-1 calcule la charge thermique pièce par pièce, puis la somme :
- Fixer la température extérieure de base de la commune, corrigée de l'altitude.
- Fixer la température intérieure de chaque pièce, plus haute en salle de bains.
- Découper le logement en pièces chauffées et repérer, pour chaque paroi, ce qu'il y a de l'autre côté : extérieur, local non chauffé, sol ou pièce voisine.
- Calculer la transmission paroi par paroi, U × A × ΔT, avec un facteur de réduction quand la paroi donne sur un local non chauffé.
- Ajouter les ponts thermiques, ψ × L × ΔT, puis le renouvellement d'air, 0,34 × Qv × ΔT, en retenant le plus grand du débit hygiénique et des infiltrations plutôt que leur somme.
- Additionner pièce par pièce, ajouter une puissance de relance seulement si le chauffage est coupé la nuit, et contrôler le total au mètre carré.
Calcul des déperditions par poste : murs, toiture, planchers, vitrages, renouvellement d’air
Pour un bilan thermique fiable, commencez par relever surfaces, épaisseurs et nature des parois. Puis calculez poste par poste. Base simple. Mesurez tout. Déperdition de transmission : Φ = U × A × ΔT. Pour l’air : Φ = 0,34 × Qv × ΔT. Ajoutez les ponts thermiques quand ils sont significatifs, sinon vous sous-estimez le besoin.
Exemple chiffré : une maison de 100 m² en petite couronne
Hypothèses de l'exemple : base de -7 °C, consigne moyenne de 19 °C, donc ΔT = 26 K, sur une maison des années 2000 de 250 m³ ventilée à 0,5 volume par heure.
| Poste | Quantité | U, ψ ou débit | Calcul | Déperdition (W) |
|---|---|---|---|---|
| Murs | 110 m² | U = 0,5 | 0,5 × 110 × 26 | 1 430 |
| Plafond sous combles | 100 m² | U = 0,25 | 0,25 × 100 × 26 | 650 |
| Plancher sur vide sanitaire | 100 m² | U = 0,45, réduction incluse | 0,45 × 100 × 26 | 1 170 |
| Menuiseries | 18 m² | Uw = 1,4 | 1,4 × 18 × 26 | 655 |
| Ponts thermiques | 60 m | ψ = 0,4 | 0,4 × 60 × 26 | 624 |
| Renouvellement d'air | 250 m³ | Qv = 125 m³/h | 0,34 × 125 × 26 | 1 105 |
| Total D | 5 634 |
Soit 5,6 kW, ou 56 W/m², dans la ligne 2001 à 2012 du tableau de contrôle ci-dessous. L'air pèse un cinquième du total : un débit compté deux fois se voit aussitôt sur la machine. C'est sur ce D que le NF DTU 65.16 fait ensuite lire la puissance, ce que détaille la méthode de dimensionnement d'une PAC par les déperditions.
Choisir les hypothèses 2026 : résistances thermiques, coefficients U, conditions climatiques locales
En 2026, évitez les valeurs “au doigt mouillé”. Prenez les R et U issus des fiches produits ou des calculs normés. Vérifiez la continuité d’isolant, l’état réel des lames d’air, et les menuiseries posées. U cohérents. Côté climat, utilisez une température extérieure de base et des DJU adaptés à la commune, pas à la région.
Vérifier la cohérence des résultats : ordres de grandeur, recoupements, pièges classiques
Contrôlez l’ordre de grandeur avant de regarder le détail. Rapporté à la surface habitable, D se lit d'un coup d'œil et situe immédiatement le logement par rapport à son époque de construction.
| Époque et état de l'enveloppe | D rapporté à la surface habitable | Lecture au relevé |
|---|---|---|
| Avant 1974, aucune isolation rapportée | 120 à 180 W/m² | murs et combles nus, simple vitrage fréquent |
| 1975 à 1988 | 90 à 130 W/m² | première isolation, combles seuls le plus souvent |
| 1989 à 2000 | 70 à 100 W/m² | isolation généralisée, ponts thermiques non traités |
| 2001 à 2012 | 45 à 70 W/m² | double vitrage systématique, rupteurs absents |
| RT2012 | 30 à 45 W/m² | enveloppe continue, étanchéité mesurée |
| RE2020 | 25 à 35 W/m² | plancher bas isolé, rupteurs en nez de dalle |
| Rénovation performante d'un bâti ancien | 40 à 60 W/m² | dépend surtout du traitement des liaisons |
Ces valeurs supposent un écart de température de l'ordre de 25 K, soit une consigne de 19 °C pour une température de base voisine de -6 °C, et elles se recalent proportionnellement dans une autre zone. Elles servent au contrôle, pas au dimensionnement : un résultat qui sort de la ligne de son époque signale presque toujours une surface mal comptée ou un débit d'air compté deux fois, pas un logement hors norme. Recoupez ensuite avec DPE, factures et retours de chantier. Les quatre erreurs ci-dessous reviennent presque à chaque relecture de note.
| Poste | Formule | L’erreur qui fausse le total |
|---|---|---|
| Transmission parois | Φ = U × A × ΔT | Mélanger surfaces intérieures et extérieures |
| Ponts thermiques | Φ = ψ × L × ΔT | Les omettre, ou les compter sur une paroi légère où ils sont nuls |
| Renouvellement d’air | Φ = 0,34 × Qv × ΔT | Additionner le débit de VMC et un débit d’infiltration déjà couvert |
| Isolation existante | Résistance mesurée, pas annoncée | Retenir l’épaisseur d’origine sur un isolant tassé |
Le double comptage de l’air est le plus coûteux : il gonfle D, donc la fourchette de puissance, donc la machine et le devis. Un relevé qui tranche entre débit de ventilation et perméabilité résiduelle vaut mieux qu’une marge ajoutée par prudence.
Deux points de forme rendent la note opposable plutôt qu'indicative. Le détail doit rester pièce par pièce, parce que c'est à cette maille que se vérifient les émetteurs et le régime d'eau. Et les informations d'entrée du calcul, températures de base comprises, sont récapitulées dans une annexe dédiée du NF DTU 65.16 : s'en écarter sans le dire est ce qui fait tomber une note en expertise.
Réaliser un bilan thermique complet : outils, formats et preuves à conserver
Sélectionner un outil adapté : feuille de calcul, logiciel, ou appui d’un bureau d’études
Pour un bilan thermique utile, choisissez l’outil selon l’objectif. Un tableur suffit pour comparer des variantes et faire des métrés cohérents. Un logiciel devient préférable dès que vous devez éditer un rapport, estimer des gains, ou pré-dimensionner une PAC : Argile construit la note de dimensionnement conforme NF EN 12831-1 à partir des données relevées pendant la visite technique. Sur une rénovation globale, l’appui d’un bureau d’études apporte un cadre robuste et sécurise les calculs.
Structurer votre dossier : photos, croquis, métrés, fiches produits, justificatifs de calcul
Regroupez tout dans un dossier unique, daté et signé, avec une version PDF.
- Photos avant, pendant, après, avec repères de pièces.
- Croquis cotés, surfaces, volumes, épaisseurs d’isolant.
- Fiches techniques, avis techniques, preuves RGE, notes de calcul.
Tracer vos hypothèses : ventilation, étanchéité à l’air, températures, intermittence
Notez vos hypothèses noir sur blanc. C’est ce qui rend vos résultats défendables en cas de contrôle ou de discussion client. Pour caler la partie températures, vous pouvez vous appuyer sur la températures de consigne.
- Type de ventilation et débits retenus.
- Niveau d’infiltration et traitements d’étanchéité.
- Températures de consigne et plages d’occupation.
- Intermittence chauffage et apports internes.
Transformer le bilan thermique en plan de travaux : priorités et dimensionnement
Hiérarchiser les actions : enveloppe d’abord, puis systèmes (PAC, chaudière, VMC)
Le bilan thermique sert de carte des déperditions. On commence par l’enveloppe : combles, murs, planchers bas, étanchéité à l’air. Vous réduisez la demande de chauffage avant de toucher aux équipements. Ensuite seulement, vous arbitrez le système : PAC, chaudière, puis une VMC adaptée pour gérer l’humidité après isolation.
Dimensionner au plus juste : puissance de chauffage après travaux et marge de sécurité
Après les travaux d’isolation, refaites le calcul des déperditions. C’est lui qui donne la puissance de chauffage. Une PAC surdimensionnée consomme plus et s’use vite. Gardez une marge raisonnable pour les pointes de froid, sans “gonfler” la machine. Pensez aussi à l’eau chaude et au mode de régulation.
Chiffrer et phaser : lots, contraintes de chantier, coordination avec les autres corps d’état
Traduisez le plan en lots et en étapes. L’idée est d’éviter de refaire deux fois.
- Isolation et étanchéité, puis contrôle et réglages.
- Ventilation, avant finitions, pour passer les réseaux proprement.
- Chauffage et électricité. Puis mise en service et équilibrage.
Bilan thermique maison : ce que le client en retire
Pour le propriétaire, le bilan thermique change quatre décisions :
- La puissance de la machine, justifiée par un chiffre plutôt que par l'habitude de l'installateur.
- L'ordre des travaux, lu sur la répartition des déperditions : quand les combles pèsent un tiers du total, ils passent avant le générateur.
- Les émetteurs à conserver ou à remplacer, vérifiés pièce par pièce au régime d'eau visé.
- Une base commune pour comparer deux devis, puisque deux puissances différentes doivent s'expliquer par deux hypothèses différentes.
Il dit ce que la maison perd par grand froid, pas ce qu'elle consommera sur l'année : pour une facture, c'est le DPE projeté ou l'audit qui répondent.
Sécuriser la conformité et la valeur du bilan thermique en 2026
Articuler bilan thermique et audit énergétique : quand l’un suffit, quand l’autre est requis
Un bilan thermique sert à comprendre les déperditions et à dimensionner une solution, par exemple avant une PAC ou une isolation sur un poste. Dès que le projet vise une rénovation globale, une vente de logement très énergivore, ou une aide qui l’exige, l’audit énergétique devient la référence. Il suit une méthode encadrée et propose des plans de travaux cohérents.
Anticiper les exigences d’aides : MaPrimeRénov’, CEE, et attentes des contrôles
Pour les CEE, et pour MaPrimeRénov’ désormais recentrée sur la PAC en geste seul et sur le parcours accompagné, la conformité se joue sur trois points : qualification RGE, preuves de performance, traçabilité. Gardez devis et factures détaillés, références produits (ACERMI, ETAS, COP), notes de dimensionnement, photos avant après, et attestations sur l’honneur. En contrôle, une pièce manquante peut bloquer le paiement.
Expliquer clairement au client : lecture des résultats, économies attendues, limites du calcul
Présentez les résultats comme des ordres de grandeur et rappelez les hypothèses. Les économies dépendent des usages, du climat et des réglages. Donnez une fourchette, pas une promesse. Mentionnez les limites du calcul (ponts thermiques, infiltrations, comportement) et ce qui sera vérifié après travaux.



