La question « convecteur ou panneau rayonnant » n’a pas de réponse en rendement, et c’est le règlement d’écoconception qui le dit. Le règlement (UE) 2015/1188 range les deux appareils dans la même catégorie, les dispositifs de chauffage décentralisés électriques fixes, et leur impose depuis le 1er janvier 2018 le même plancher de 38 % d’efficacité énergétique saisonnière au-dessus de 250 W. Comme l’efficacité en mode actif d’un appareil à effet Joule vaut 100 % par construction, et qu’elle est divisée par le coefficient de conversion 2,5 puis amputée de 10 points, tout ce qui reste pour atteindre 38 % vient des points de régulation. Le choix se joue donc sur le confort et la pose, pas sur une économie annoncée en pourcentage.
Convecteur, rayonnant, inertie : la même case réglementaire
Ce que le règlement appelle un « dispositif électrique fixe »
Le règlement 2015/1188 définit un dispositif de chauffage décentralisé électrique fixe comme un appareil à effet Joule qui ne fonctionne pas par accumulation d’énergie thermique et qui est destiné à être fixé, accroché ou monté sur un mur sans être intégré à la structure du bâtiment. Un convecteur mural, un panneau rayonnant et un radiateur à inertie à régulation continue entrent tous les trois dans cette définition. La catégorie « radiant » existe bien dans le texte, mais elle exige une grille portée à 130 °C au minimum en usage normal : un panneau rayonnant domestique, dont la façade tourne autour de 70 à 90 °C, n’en relève pas.
Le plancher de 38 %, et ce qu’il vaut vraiment
| Catégorie du règlement 2015/1188 | Plancher d’efficacité saisonnière depuis le 01/01/2018 |
|---|---|
| Électrique fixe, puissance > 250 W | 38 % |
| Électrique fixe, puissance ≤ 250 W | 34 % |
| Électrique à accumulation | 38,5 % |
| Électrique par le sol | 38 % |
| Électrique amovible | 36 % |
| Électrique radiant | 35 % |
Un radiateur à inertie ne bascule dans la ligne « à accumulation », et son plancher à 38,5 %, que s’il est conçu pour stocker la chaleur dans un noyau isolé et la restituer plusieurs heures après la phase d’accumulation. C’est la définition de l’ancien radiateur à accumulation piloté en heures creuses, pas celle d’un radiateur à cœur de fonte régulé en continu.
Pourquoi le rendement ne peut pas différencier les technologies
L’annexe III pose la formule : l’efficacité saisonnière vaut l’efficacité en mode actif, diminuée de 10 points, corrigée des facteurs de régulation et de la consommation en veille. Pour un appareil électrique, l’efficacité utile en mode actif est fixée à 100 % et la consommation d’électricité est multipliée par un coefficient de conversion de 2,5. L’efficacité en mode actif vaut donc 40 %, et l’appareil part à 30 % avant toute régulation. Convecteur, rayonnant, inertie : tous partent du même 30 %.
La régulation, seule variable du rendement déclaré
Le facteur F(2), une seule option retenue
Le facteur F(2) récompense le contrôle du confort thermique de la pièce. Une seule ligne est retenue, les valeurs ne s’additionnent pas entre elles.
| Dispositif de contrôle | F(2) pour un électrique fixe |
|---|---|
| Un seul palier, pas de contrôle de la température | 0,0 % |
| Deux paliers manuels ou plus, pas de contrôle de la température | 0,0 % |
| Thermostat mécanique | 1,0 % |
| Contrôle électronique de la température de la pièce | 3,0 % |
| Contrôle électronique et programmateur journalier | 5,0 % |
| Contrôle électronique et programmateur hebdomadaire | 7,0 % |
Le facteur F(3), options cumulables
| Option supplémentaire | F(3) pour un électrique fixe |
|---|---|
| Détecteur de présence | 0,0 % |
| Détecteur de fenêtre ouverte | 1,0 % |
| Contrôle à distance | 1,0 % |
| Contrôle adaptatif de l’activation | 1,0 % |
| Limitation de la durée d’activation | 0,0 % |
| Capteur à globe noir | 0,0 % |
Notez la ligne du détecteur de présence : elle vaut 1 point sur un appareil amovible et zéro sur un appareil fixe. Un argumentaire commercial qui la met en avant sur un radiateur mural vend une fonction que le régulateur lui-même ne valorise pas.
Ce que l’arithmétique impose au produit posé
Un appareil fixe part à 30 % et doit atteindre 38 %. Il lui faut donc au moins 8 points de régulation, avec un maximum théorique de 10 (7 en F(2) plus 3 en F(3)). Deux combinaisons seulement y arrivent : contrôle électronique et programmateur hebdomadaire plus une option F(3), ou contrôle électronique et programmateur journalier plus les trois options F(3). Autrement dit, aucun convecteur à thermostat mécanique ne peut être mis sur le marché depuis le 1er janvier 2018, et le « grille-pain » que vous déposez chez le client est un appareil antérieur à cette date. C’est la vraie rupture technique de la période, davantage que le passage à l’inertie.
Ce qui sépare réellement les trois familles sur le chantier
Température de surface et part rayonnée
Le convecteur chauffe l’air qui traverse l’appareil, avec une sortie d’air chaude et un panache qui se colle au plafond. Le panneau rayonnant échauffe une façade qui rayonne vers les corps et les parois en vis-à-vis, ce qui se ressent tout de suite mais suppose un dégagement devant l’appareil. Le radiateur à inertie chauffe un cœur, sec ou fluide, dont la température de surface reste plus basse et plus stable. Aucun de ces trois comportements ne se lit sur une fiche d’efficacité : ils se relèvent au thermomètre infrarouge et se ressentent en visite. Le détail du cœur se joue ensuite entre inertie sèche et inertie fluide.
Intermittence : la vraie question de chantier
C’est là que la technologie change quelque chose de mesurable. Un convecteur et un panneau rayonnant montent vite et redescendent vite : ils conviennent à une pièce occupée par à-coups, une chambre d’amis, un bureau, une salle d’eau. Un radiateur à inertie met plus de temps à monter mais tient la température pendant les coupures, ce qui le rend cohérent avec une pièce de vie occupée en continu. Le raisonnement est le même que celui des plages horaires d’un programmateur : c’est le profil d’occupation qui commande, pas le catalogue.
Poids, fixation et support
Un convecteur pèse quelques kilos et se pose sur n’importe quel support. Un radiateur à inertie fonte dépasse couramment les 30 kg et impose de vérifier la nature du support et l’entraxe des pattes. Sur une cloison en plaque de plâtre, prévoyez des fixations adaptées à la charge, ou un renfort. Notez le poids catalogue sur la fiche de relevé, avant de commander.
Ce qui engage sur le devis
L’obligation de régulation par pièce est déjà en vigueur
Attention à une confusion fréquente : l’échéance du 1er janvier 2027 souvent citée en régulation vise les systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments tertiaires, et le code de la construction et de l’habitation renvoie d’ailleurs les bâtiments tertiaires existants équipés de systèmes de plus de 70 kW au 1er janvier 2030. Elle ne concerne pas le logement. Ce qui vous concerne, c’est l’article L. 175-2 du même code, appliqué par l’article R175-6 : lors de l’installation ou du remplacement d’un générateur de chaleur, le bâtiment doit être équipé d’un système automatique de régulation de la température par pièce ou par zone chauffée, l’obligation courant sur les travaux engagés depuis un an après la publication du décret du 20 juillet 2020. En chauffage électrique direct, l’émetteur est le générateur. La sortie du pilotage passe par les six ordres du fil pilote ou par une solution équivalente.
Deux taux de TVA sur le même devis
L’émetteur ne relève d’aucune des catégories de l’arrêté du 4 décembre 2024 : isolation, équipements de chauffage à énergie renouvelable, ventilation mécanique, calorifugeage, appareils de régulation, comptage individuel, brasseurs d’air, entretien de chaudière. Il reste donc au taux de 10 % des travaux de rénovation d’un logement de plus de deux ans. La régulation, elle, figure à l’article 30-0 D sexies de l’annexe IV du CGI et bascule à 5,5 %. Un devis qui applique un taux unique sur les deux lignes est faux dans un sens ou dans l’autre.
Dimensionner avant de choisir la technologie
Le débat convecteur ou rayonnant ne se tranche jamais avant la puissance. Une pièce sur-équipée cycle court quelle que soit la technologie, et le client sent l’inconfort avant de voir la facture. Partez d’un calcul de déperditions, pièce par pièce, avec la température de base de la commune et l’état réel de l’enveloppe. Argile calcule ces déperditions au format NF EN 12831-1, et la puissance obtenue vaut pour les trois familles d’émetteurs, puisqu’elles restituent toutes 100 % de l’électricité consommée.



