Blog/Ballon thermodynamique vs chauffe-eau solaire : le match
Artisans

2 juin 2026

8 min de lecture

Mis à jour le 31 août 2026

Ballon thermodynamique ou solaire : ce qui décide vraiment, et ce n'est pas le COP

Entre un ballon thermodynamique et un chauffe-eau solaire, l'arbitrage ne se joue ni sur le COP ni sur le prix affiché. Il se joue sur le profil de soutirage que l'appareil doit tenir, défini par le règlement (UE) n° 814/2013, et sur une règle de non-cumul entrée en vigueur le 1er janvier 2026 : la prime CEE du chauffe-eau thermodynamique disparaît dès qu'une pompe à chaleur figure sur le même devis.

Sommaire

Le match se joue rarement là où le client l'attend. Ni le COP ni le prix affiché ne décident : ce qui tranche, c'est le profil de soutirage que l'installation doit tenir et une règle de non-cumul entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Depuis cette date, la prime CEE du chauffe-eau thermodynamique s'efface dès qu'une pompe à chaleur figure sur le même devis, ce qui redistribue entièrement l'arbitrage sur les chantiers qui associent les deux.

Le profil de soutirage, et pas le COP

Le règlement (UE) n° 814/2013 définit dix profils de soutirage normalisés, de 3XS à 4XL. Chacun est une séquence de puisage précise, avec son énergie de référence Qref. C'est ce profil déclaré, et lui seul, qui fixe le seuil d'efficacité énergétique que l'appareil doit tenir, donc ce que vous pouvez engager sur un devis.

Profil Énergie de référence Qref Équivalent en litres à 40 °C Ce que cela couvre
M 5,845 kWh environ 168 L 2 à 3 occupants
L 11,655 kWh environ 334 L 4 à 5 occupants
XL 19,070 kWh environ 547 L 6 occupants et plus, ou petit collectif

La conversion en litres n'est pas dans le règlement : elle se calcule. Qref est une énergie, et pour la ramener en litres il faut la diviser par l'énergie nécessaire à élever un litre d'eau, soit 1,163 Wh par litre et par kelvin. Avec une eau froide à 10 °C et un puisage à 40 °C, un litre coûte 34,9 Wh. Précisez toujours l'eau froide retenue sur la note de calcul, sinon le chiffre n'est pas opposable.

Le tableau des aides, et la règle qui a changé en 2026

Chauffe-eau thermodynamique Chauffe-eau solaire individuel
Fiche CEE BAR-TH-148 BAR-TH-101
Forfait maison individuelle 14 700 kWh cumac à lire sur la fiche officielle
Forfait appartement 11 800 kWh cumac sans objet, fiche individuelle
Paramètres du barème type de logement seulement certification des capteurs
Qualification RGE QualiPAC Qualisol
Cumul avec une prime PAC impossible depuis le 01/01/2026 possible

La ligne qui compte est la dernière. L'arrêté du 15 décembre 2025 rend la BAR-TH-148 non cumulable avec les fiches BAR-TH-171 et BAR-TH-172, dans toutes les configurations, et non plus seulement quand la pompe à chaleur assure aussi l'eau chaude. Sur un chantier qui remplace une chaudière par une pompe à chaleur air/eau et ajoute une production d'eau chaude, une seule prime tombe désormais, et c'est celle de la pompe à chaleur.

Concrètement, l'eau chaude thermodynamique devient gratuite en aide sur ces chantiers-là, alors qu'elle rapportait encore 110 à 139 € en 2025. Le solaire, lui, conserve sa prime. Ce n'est pas un montant décisif en soi, mais c'est le seul paramètre de l'arbitrage qui ait bougé récemment, et c'est celui que les devis concurrents oublient le plus souvent.

À noter que le forfait de la BAR-TH-148 ne dépend que du type de logement. Le volume du ballon, la prise d'air et le COP n'entrent pas dans le calcul : le choix technique se fait donc sans qu'aucune aide ne vienne l'orienter.

Ce que la visite doit produire

Trois relevés suffisent à trancher, et ils se font avant toute proposition de matériel :

  • le profil de soutirage visé, déduit du nombre d'occupants et des habitudes de puisage, à rapprocher des 59 litres par jour et par personne retenus comme ordre de grandeur ;
  • le volume d'air disponible pour un CET sur air ambiant, ou la faisabilité d'un raccordement sur air extrait, qui décide si l'appareil tiendra son COP en hiver ;
  • l'azimut, l'inclinaison et les masques de la toiture pour un CESI, relevés aux heures utiles et non à midi.

Le troisième relevé est celui qui élimine le plus souvent le solaire. Une toiture orientée à l'est ou ombragée par un pignon voisin ne se rattrape pas en ajoutant des capteurs : elle change la couverture annuelle, donc la part d'appoint, donc l'économie réelle.

Où chaque solution gagne

Le chauffe-eau thermodynamique gagne en remplacement d'un ballon électrique, quand la toiture ne se prête pas au solaire et quand aucune pompe à chaleur ne figure au devis. Il se pose comme un ballon classique, avec une arrivée d'air et une évacuation de condensats, et il tient son profil toute l'année sans dépendre de la météo. Sa contrainte réelle n'est pas le COP mais le débit d'air : en local fermé et trop petit, il refroidit la pièce et bascule sur l'appoint électrique. Le couplage sur air extrait règle ce point quand la configuration s'y prête.

Le chauffe-eau solaire gagne quand la toiture est favorable, quand les besoins sont importants et réguliers, et surtout quand une pompe à chaleur est déjà au devis, puisqu'il est alors le seul des deux à conserver sa prime. Son dimensionnement se fait en deux temps, et la surface de capteurs comme le volume de stockage se calculent séparément sur la couverture annuelle visée.

Dans les deux cas, le volume du ballon est le paramètre le plus souvent surdimensionné, et il coûte en pertes de stockage toute l'année. Il se cale sur le profil, pas sur une marge de confort : le volume se dimensionne au plus juste, et c'est l'appoint qui absorbe les pointes.

Pour poser les deux options devant le client avec leurs aides déduites, l'outil chiffre chaque geste selon les caractéristiques du logement et l'objectif visé.

Les températures à respecter, quelle que soit la solution

L'article 36 de l'arrêté du 23 juin 1978 s'applique aux deux technologies. Il fixe la température maximale de l'eau chaude sanitaire à 50 °C aux points de puisage dans les pièces destinées à la toilette et à 60 °C dans les autres pièces, et impose une eau à 50 °C au moins en tout point du système de distribution dès que le volume entre la production et le point de puisage le plus éloigné dépasse 3 litres.

Ces deux exigences se règlent au mitigeur thermostatique et sur le tracé du réseau, jamais en abaissant la consigne du ballon, qui doit rester haute pour le traitement anti-légionelle. C'est une confusion fréquente en mise en service, et elle se voit sur le procès-verbal.

Ce qu'il faut retenir

  • L'arbitrage se fait sur le profil de soutirage du règlement (UE) n° 814/2013, pas sur le COP.
  • Les profils M, L et XL valent environ 168, 334 et 547 litres à 40 °C avec une eau froide à 10 °C.
  • Un CESI ne tient jamais seul un profil : c'est son appoint qui le tient.
  • Depuis le 1er janvier 2026, la prime CET n'est plus cumulable avec une prime PAC air/eau ou eau/eau.
  • Le forfait BAR-TH-148 vaut 14 700 kWh cumac en maison, indépendamment du volume et du COP.

Chiffres clés

168 / 334 / 547 L

Profils M, L et XL ramenés en litres à 40 °C

14 700 kWh cumac

Forfait BAR-TH-148 en maison, quel que soit le volume

non cumulable

Prime CET et prime PAC sur le même devis, depuis 2026

Questions fréquentes

Le profil de soutirage que l'installation doit tenir, pas le COP. Le règlement (UE) n° 814/2013 définit dix profils normalisés, chacun avec son énergie de référence Qref. Le profil M vaut 5,845 kWh, le L 11,655 kWh et le XL 19,070 kWh, soit environ 168, 334 et 547 litres à 40 °C avec une eau froide à 10 °C. Un chauffe-eau thermodynamique couvre seul jusqu'au XL selon le modèle. Un chauffe-eau solaire ne couvre jamais seul un profil, quel qu'il soit : il a toujours un appoint, et c'est cet appoint qui tient le profil déclaré.

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Louis Airy

Louis est COO d'Argile. Après quatre ans de conseil en stratégie et près de deux ans comme chief of staff dans l'adaptation du logement et le réemploi, il a rejoint Argile en mars 2024. Au contact quotidien des entreprises RGE, il suit les sujets CEE, MaPrimeRénov' et TVA réduite, et reprend les articles concernés quand un barème change. Ce qu'il écrit est ce qu'il vérifie ensuite sur des devis réels.

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