La 3CL-DPE 2021 traite la ventilation naturelle comme une modalité à part entière, avec ses propres valeurs conventionnelles. Une ventilation naturelle par conduit se voit attribuer un débit d’air extrait de 2,23 m³/(h.m²) de surface de référence, contre 1,09 pour une VMC simple flux hygroréglable de type B posée après 2012, et un module d’entrées d’air de 4 contre 1,5 m³/(h.m²). Elle ne consomme en revanche aucun auxiliaire, là où une VMC coûte de 131 à 701 kWhef/an au forfait. L’arbitrage se joue donc entre ces deux postes, et il se joue sur des valeurs tabulées, pas sur une appréciation de terrain.
Comprendre le lien entre ventilation et DPE dans l’ancien
Comment la méthode transforme un mode de ventilation en déperdition
Le calcul est court et il vaut la peine d’être connu par cœur. Les déperditions par renouvellement d’air valent Hvent plus Hperm, avec Hvent égal à 0,34 fois le débit conventionnel Qvarepconv fois la surface de référence, le coefficient 0,34 étant la chaleur volumique de l’air en Wh/(m³.K). Le mode de ventilation n’entre donc dans le calcul que par une seule valeur tabulée, et cette valeur est décidée par la modalité que vous retenez en visite, pas par une mesure.
Ce que la 3CL retient exactement pour les modes non mécaniques
Quatre modalités couvrent les configurations sans ventilateur, et leurs valeurs sont plus contrastées qu’on ne le croit :
| Modalité 3CL | Débit extrait Qvarepconv | Débit soufflé | Module d’entrées d’air Smeaconv |
|---|---|---|---|
| Ventilation par ouverture des fenêtres | 1,20 m³/(h.m²) | 1,20 m³/(h.m²) | 0 |
| Ventilation par entrées d’air hautes et basses | 2,23 m³/(h.m²) | 0 | 4 m³/(h.m²) |
| Ventilation naturelle par conduit | 2,23 m³/(h.m²) | 0 | 4 m³/(h.m²) |
| Ventilation naturelle par conduit avec entrées d’air hygro | 2,23 m³/(h.m²) | 0 | 3 m³/(h.m²) |
| Pour comparaison, VMC simple flux hygro B après 2012 | 1,09 m³/(h.m²) | 0 | 1,5 m³/(h.m²) |
Le piège est dans la première ligne. La ventilation par ouverture des fenêtres, c’est-à-dire l’absence de tout dispositif, est créditée d’un débit plus faible qu’une ventilation naturelle par conduit correctement identifiée. Sur le seul poste Hvent, ne rien avoir semble donc meilleur qu’avoir un conduit. Ce qui rétablit l’écart, c’est la colonne Smeaconv, qui entre dans la perméabilité par Q4Pa égale Q4Paenv plus 0,45 fois Smeaconv fois la surface de référence, et dont les 4 m³/(h.m²) du conduit pèsent sur Hperm.
Le seul poste où la ventilation naturelle gagne
Elle n’a pas de ventilateur, donc pas de consommation d’auxiliaires. Là où la méthode impute à une VMC un forfait de 15 à 80 W appliqué à 8 760 heures, soit de 131 à 701 kWhef/an en maison individuelle, la ventilation naturelle est à zéro. Sur un logement modeste dont la consommation totale reste faible, cet écart n’est pas négligeable, et c’est l’argument qui peut faire tenir une ventilation naturelle bien qualifiée face à une simple flux ancienne. Le détail du calcul est traité dans notre article sur les auxiliaires de ventilation au DPE.
Ce que la ventilation naturelle doit tenir sur le plan réglementaire
Les mêmes débits que le mécanique, sans exception
L’article 3 de l’arrêté du 24 mars 1982 est explicite : les dispositifs de ventilation, qu’ils soient mécaniques ou à fonctionnement naturel, doivent satisfaire les mêmes exigences de débit extrait, dans les conditions climatiques moyennes d’hiver. Il n’existe aucun régime allégé pour le tirage naturel. Voici les valeurs opposables, à confronter à votre relevé :
| Pièces principales | Cuisine | Salle de bains ou de douches, commune ou non avec un cabinet d’aisances | Autre salle d’eau | Cabinet d’aisances unique |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 75 m³/h | 15 m³/h | 15 m³/h | 15 m³/h |
| 2 | 90 m³/h | 15 m³/h | 15 m³/h | 15 m³/h |
| 3 | 105 m³/h | 30 m³/h | 15 m³/h | 15 m³/h |
| 4 | 120 m³/h | 30 m³/h | 15 m³/h | 30 m³/h |
| 5 et plus | 135 m³/h | 30 m³/h | 15 m³/h | 30 m³/h |
C’est la confrontation la plus utile de tout le dossier. Un conduit à tirage naturel qui délivre 30 m³/h en cuisine dans un T3 est à 105 m³/h de la valeur exigée, et ce constat chiffré vaut mieux que n’importe quelle description de désordre. La lecture article par article du texte est détaillée dans notre guide sur l’arrêté du 24 mars 1982.
Les deux articles qui coincent le plus dans l’ancien
L’article 15 dispose que les entrées d’air peuvent être autoréglables ou réglables par l’occupant, mais non obturables. Une grille condamnée, un coffre de volet calfeutré, une entrée d’air supprimée au changement de menuiserie sont donc des non-conformités, à consigner comme telles et non comme des choix d’usage. L’article 8, lui, impose que le système d’aération assure les débits nécessaires au bon fonctionnement des appareils à combustion présents. Sur un logement avec chaudière non étanche ou insert, c’est le point à instruire avant tout le reste.
Le cas de la maison individuelle en zone H2 ou H3
Le chapitre II de l’arrêté ouvre un régime allégé, mais son périmètre est étroit. Il vise les maisons individuelles isolées, jumelées ou en bande situées en zone climatique H2 ou H3. Dans ce cas, seule la cuisine doit disposer d’une sortie d’air par conduit ou dispositif mécanique, les autres pièces de service pouvant se contenter d’une ouverture extérieure obturable, chaque pièce principale conservant son entrée d’air. Vérifiez la zone avant d’appliquer ce régime, il ne couvre ni le collectif ni les zones H1.
Diagnostiquer une ventilation naturelle existante avant travaux
Contrôles terrain : ce qui se relève et ce qui se mesure
Le relevé doit permettre de trancher entre les modalités du premier tableau, car c’est ce choix qui pilotera le calcul. Repérez la présence et le type d’entrées d’air en pièces principales, menuiseries et coffres de volets compris. Vérifiez l’existence d’un conduit vertical réellement raccordé, sa vacuité et sa sortie en toiture. Distinguez un conduit en service d’un conduit condamné, la différence sépare deux modalités. Mesurez ensuite les débits aux bouches, portes fermées puis entrouvertes, pour objectiver l’écart aux valeurs de l’article 3.
Ce qui fait basculer sur une valeur défavorable
Un dispositif non identifiable est un dispositif non retenu. En pratique, l’absence de photo de conduit, de bouche haute ou d’entrée d’air conduit à qualifier le logement en ventilation par ouverture des fenêtres, avec le module d’entrées d’air à zéro et une perméabilité entièrement portée par l’enveloppe. Le résultat peut être meilleur ou pire selon le bâti, mais il n’est plus justifiable. Constituez le dossier photo pendant la visite, pas après : c’est là que les relevés et les photos se rattachent au dossier du logement, avec la date et la pièce.
Questions à poser à l’occupant : ce qui éclaire le relevé
- Depuis quand les menuiseries ont-elles été remplacées, et les entrées d’air ont-elles été reprises à cette occasion ?
- Des grilles ou des bouches ont-elles été obturées, et lesquelles ?
- Quels appareils à combustion sont en service, et où sont leurs amenées d’air ?
- Le conduit a-t-il déjà été tubé, ramoné ou condamné, et existe-t-il une facture ?
Décider : garder une ventilation naturelle, l’améliorer ou passer à une VMC
Améliorations possibles sans dépose du système existant
Avant de proposer une VMC, vérifiez si le système existant peut atteindre les débits de l’article 3. Remise en service et nettoyage du conduit, pose d’entrées d’air non obturables en pièces principales, rétablissement du transit vers les pièces de service. Sur le plan du calcul, le passage d’entrées d’air classiques à des entrées d’air hygroréglables fait descendre le module conventionnel de 4 à 3 m³/(h.m²) sans changer le débit extrait, ce qui améliore Hperm mais pas Hvent. C’est un gain réel et borné, à présenter comme tel.
Quand la bascule vers un système mécanique s’impose
Elle s’impose quand le relevé montre que les débits de l’article 3 ne sont pas atteints et ne peuvent pas l’être par reprise du conduit. Le tirage par conduit assisté constitue l’étape intermédiaire quand le conduit existe et reste exploitable. Une simple flux hygroréglable est la solution la plus robuste dès lors que le passage de gaines est possible, et c’est elle qui apporte le meilleur débit conventionnel du tableau, 1,09 m³/(h.m²) en hygro B après 2012. La bascule ouvre par ailleurs une ressource que le tirage naturel n’offre pas, un air vicié en mouvement permanent, que le chauffe-eau thermodynamique sur air extrait valorise quand le débit permanent suit.
Ce que vous écrivez sur le devis, et avec quelles mentions
Distinguez deux engagements. La conformité, qui porte sur des débits mesurés au regard de l’arrêté du 24 mars 1982, texte cité en référence. Et l’effet attendu sur le DPE, qui ne porte que sur le changement de modalité 3CL retenue, nommée explicitement. Formuler le second en pourcentage de gain vous expose, le formuler en changement de ligne de tableau vous protège. Joignez le relevé de débits initial au devis, il justifie le besoin et il date votre constat.
Constituer le dossier de preuve pour la réception et pour le DPE
Les pièces qui font foi
Photos datées des entrées d’air, des bouches, du conduit et de sa sortie en toiture. Relevés de débits avant et après, avec le repère de la pièce et la date. Factures et notices des composants posés, en particulier l’avis technique quand vous installez un système hygroréglable, puisque la modulation n’est admise par l’article 4 que si le système posé est bien celui qui porte l’autorisation. Mélanger les gammes vous en sort, et c’est la bouche à mèche hygrosensible, certifiée avec son système, qui doit être tracée en premier. Sans ces pièces, la performance existe mais elle n’est pas opposable.
Les erreurs qui coûtent le plus cher en contrôle
Les trois qui reviennent le plus souvent sont évitables sans matériel supplémentaire.
- Poser une entrée d’air obturable, ou laisser en place une grille condamnée, ce que l’article 15 interdit.
- Raccorder un dispositif mécanique individuel sur un conduit collectif, ce que l’article 14 interdit explicitement, tirage naturel compris.
- Retenir la modalité la plus favorable sans photo du dispositif correspondant, ce qui ne tient pas au premier contrôle.
Objectiver vos réglages et fermer le dossier
La mesure du débit de ventilation au cône de mesure est ce qui transforme une préconisation en constat. Ajoutez un schéma de principe simple montrant le trajet de l’air des pièces principales vers les pièces de service, et la position des entrées d’air. Ce document sert trois fois : à la réception, au diagnostiqueur qui saisira la modalité, et à vous si la conformité est contestée. Une hotte mal raccordée est d’ailleurs la première chose qu’il révèle.



