Un même lot de bois affiche 20 % ou 25 % d'humidité selon la convention retenue, et c'est la première chose à vérifier avant de refuser une livraison. La série NF EN ISO 17225, qui régit les biocombustibles solides, exprime la teneur en humidité sur masse brute. La série NF EN 13183, qui régit le bois matériau et l'usage des humidimètres à résistance électrique, l'exprime sur masse anhydre. Viennent ensuite les chiffres qui décident du rendement réel : en partant d'un pouvoir calorifique inférieur anhydre de l'ordre de 18,5 MJ/kg et d'une chaleur de vaporisation de 2,44 MJ par kilogramme d'eau, une bûche à 20 % sur masse brute délivre environ 4,0 kWh/kg, contre 3,4 kWh/kg à 30 % et 2,2 kWh/kg à 50 %.
Les deux conventions, et comment passer de l'une à l'autre
Pourquoi le même bois donne deux chiffres
La teneur en humidité sur masse brute rapporte la masse d'eau à la masse totale du bois humide. La teneur sur masse anhydre rapporte cette même masse d'eau à la masse du bois sec. Les deux sont exactes, elles ne mesurent simplement pas la même chose, et le rapport entre elles n'est pas linéaire. La conversion s'écrit en une ligne : la teneur anhydre vaut la teneur brute divisée par un moins la teneur brute.
| Sur masse brute, convention biocombustibles | Sur masse anhydre, convention bois matériau |
|---|---|
| 15 % | 17,6 % |
| 20 % | 25,0 % |
| 25 % | 33,3 % |
| 30 % | 42,9 % |
| 40 % | 66,7 % |
| 50 % | 100 % |
L'écart devient considérable dans le haut du tableau, mais c'est autour de 20 % qu'il fait basculer des décisions commerciales. Un lot annoncé conforme à 20 % sur masse brute affichera 25 % sur un humidimètre calibré en masse anhydre : refusé à tort, il vous coûte une livraison et un client.
Ce que votre humidimètre affiche réellement
Les humidimètres à pointes destinés au bois d'œuvre suivent la NF EN 13183-2 et raisonnent en masse anhydre. Les appareils vendus pour le bois de chauffage affichent parfois la masse brute, parfois l'anhydre, et la notice ne le dit pas toujours en première page. Cherchez la mention dans la notice, et à défaut vérifiez sur un échantillon dont vous connaissez la valeur par pesée. Tant que cette question n'est pas tranchée, aucun chiffre relevé n'est opposable.
Écrire la convention sur le relevé
Un relevé d'humidité sans mention de convention ne vaut rien en cas de contestation. Portez sur le document la valeur, la convention, l'essence, la température du bois et le nombre de mesures ayant servi à la moyenne. C'est le minimum pour qu'un fournisseur reconnaisse un écart, et c'est aussi ce qui vous protège si le client attribue un encrassement rapide à votre installation.
Ce que l'eau coûte réellement en énergie
Le calcul, et sa base
Le pouvoir calorifique inférieur utile part du PCI du bois anhydre, de l'ordre de 18,5 MJ/kg à un demi-mégajoule près selon l'essence. Deux effets le réduisent. D'abord la substitution : chaque kilogramme livré contient une part d'eau qui ne brûle pas. Ensuite la vaporisation : environ 2,44 MJ sont consommés pour évaporer chaque kilogramme d'eau, et cette énergie part en fumées.
| Humidité sur masse brute | PCI utile approché | Écart par rapport à 20 % |
|---|---|---|
| 15 % | 4,3 kWh/kg | plus 7 % |
| 20 % | 4,0 kWh/kg | référence |
| 25 % | 3,7 kWh/kg | moins 8 % |
| 30 % | 3,4 kWh/kg | moins 15 % |
| 40 % | 2,8 kWh/kg | moins 30 % |
| 50 % | 2,2 kWh/kg | moins 44 % |
Ces valeurs se comptent au kilogramme livré. Un bois vendu au volume et livré à 40 % contient donc moins de matière combustible et plus d'eau à transporter, ce qui explique qu'un lot humide coûte deux fois : à l'achat et à la combustion.
La perte cachée : le rendement de l'appareil
Le tableau ci-dessus ne mesure que l'énergie contenue dans le combustible. S'y ajoute la dégradation du rendement de l'appareil, parce que l'eau abaisse la température de foyer et rend la combustion incomplète. C'est ce second effet qui produit les fumées noires, la vitre encrassée et le bistre. Autrement dit, la perte réelle en sortie d'appareil est supérieure à la perte de pouvoir calorifique lue dans le tableau.
Ce que cela change sur le conduit
Une combustion à basse température charge le conduit en imbrûlés condensables. Le dépôt s'accumule, la section utile diminue, le tirage se dégrade et le risque de feu de conduit augmente. Un client qui brûle humide ramone plus souvent, et l'expertise après sinistre distingue mal un défaut de combustible d'un défaut de tirage si rien n'a été tracé. C'est la raison pour laquelle un relevé d'humidité à la mise en service a de la valeur. Sur un projet de poêle, Argile vérifie les règles de débouché du conduit et documente la sortie des fumées dès la visite technique.
Mesurer proprement
La méthode de référence et la méthode de chantier
La méthode de référence est la dessiccation selon la NF EN 13183-1 : peser une éprouvette, la sécher à l'étuve jusqu'à masse constante, repeser, calculer. Elle est destructive et lente, mais c'est elle qui fait foi et qui sert à étalonner un humidimètre une fois par an. Sur chantier, l'estimation par résistance électrique selon la NF EN 13183-2 suffit, avec un domaine d'emploi qui va d'environ 7 à 30 % et une correction d'essence et de température à appliquer.
Où piquer, et combien de fois
Refendez la bûche et mesurez sur la face fraîche, dans le fil du bois, à quelques centimètres des extrémités et à mi-épaisseur. La surface d'une bûche stockée dehors est toujours plus sèche que son cœur, parfois de dix points. Cinq à dix mesures réparties sur plusieurs bûches du lot, puis une moyenne : une mesure unique n'a pas de valeur statistique sur un lot hétérogène.
Les pièges qui faussent une mesure
Bois gelé ou très froid, lecture faussée vers le bas. Bûche exposée au soleil, surface sèche et cœur humide. Mélange d'essences ou de sections, calibrage à revoir entre deux bûches. Bois traité ou peint, mesure inexploitable. Dans le doute, ramenez une bûche à température ambiante pendant quelques heures avant de mesurer, et notez la température au relevé.
Les seuils par combustible
Bûches
La cible retenue par l'ADEME est une humidité inférieure à 20 %, et au minimum dix-huit mois de séchage après coupe pour un bois livré au-dessus de 23 %. C'est un seuil de conduite du feu autant qu'un seuil de rendement : au-delà, la phase d'évaporation occupe le début de chaque flambée et l'appareil ne monte jamais à sa température de fonctionnement. Le stockage qui permet d'atteindre ce seuil, et les erreurs qui l'interdisent, sont traités dans notre article sur le stockage du bois de chauffage.
Granulés
Les granulés certifiés relèvent de la NF EN ISO 17225-2 et affichent une teneur en humidité inférieure ou égale à 10 % sur masse brute. Cette valeur figure au certificat et doit apparaître au bon de livraison. Un granulé qui gonfle, se délite ou produit beaucoup de fines a repris de l'humidité en stockage, et la vis d'alimentation le signale avant la chaudière. Les référentiels de certification et leurs différences sont détaillés dans notre article sur la qualité des granulés de bois.
Plaquettes
Les plaquettes se situent couramment entre 20 et 35 % sur masse brute selon la classe et le stockage. Le seuil pertinent n'est pas un idéal mais la plage acceptée par la chaudière installée, qui figure à sa notice. Trop humide, la combustion se dégrade et les arrêts se multiplient. Trop sèche, la poussière augmente et le réglage devient pointu. Un contrôle à la livraison, avec relevé daté, évite les deux. La vérification de la puissance réellement délivrée par le générateur est traitée dans notre article sur la mesure de puissance d'une chaudière.
Ce que vous transmettez au client
La réception d'une livraison
Un contrôle de réception se fait avant paiement, sur trois à cinq bûches refendues prises à des endroits différents du tas. Relevez, photographiez l'écran et la bûche, notez la convention et la moyenne. Un lot stocké au sol, sous bâche fermée ou luisant en surface est un lot à contrôler en priorité : ce sont les trois signes d'une eau piégée.
La conduite du feu avec un bois conforme
Un bois sec se conduit autrement qu'un bois humide : air ouvert au démarrage, charges régulières et flammes franches plutôt qu'une braise entretenue. L'allumage par le haut réduit les fumées de la phase de montée en température et se transmet en deux phrases au client, comme expliqué dans notre article sur l'allumage par le haut.
La trace écrite qui vous protège
Consignez le relevé d'humidité à la mise en service, la convention utilisée et les consignes remises. En service après-vente, ces trois éléments réduisent le diagnostic d'un encrassement à quelques minutes et évitent qu'un défaut de combustible ne devienne une réclamation sur la pose.




