La répartition qui circule sur le web, toiture 30 %, murs 25 %, renouvellement d’air 20 %, n’est adossée à aucune publication ADEME retrouvable. Celle que l’agence publie aujourd’hui dans « Comment isoler sa maison ? » (collection Clés pour agir, juillet 2025, réf. 012579) est calculée sur l’Observatoire DPE 2025 pour une maison construite avant 1974, et elle donne autre chose : murs 31 %, air renouvelé et fuites 27 %, portes et fenêtres 14 %, planchers bas 10 %, toit 9 %, ponts thermiques 9 %. Le toit est passé de premier poste à dernier, non parce que la physique aurait changé, mais parce que le parc restant a déjà été isolé par les combles. Sur un chantier, cette moyenne explique un ordre de priorité ; elle ne remplace jamais le calcul poste par poste de la NF EN 12831-1, qui seul engage une puissance.
Les deux répartitions en circulation, et laquelle vous pouvez citer
Le tableau comparé des deux jeux de valeurs
La colonne de gauche est celle des schémas repris par les sites de rénovation, la colonne de droite est celle du guide ADEME en vigueur. L’écart n’est pas cosmétique : le poste que la première désigne comme prioritaire est celui que la seconde classe en dernier.
| Poste | Valeurs qui circulent, sans source retrouvable | ADEME 2025, Observatoire DPE, maison avant 1974 |
|---|---|---|
| Murs | 20 à 25 % | 31 % |
| Air renouvelé et fuites | 20 à 25 % | 27 % |
| Portes et fenêtres | 10 à 15 % | 14 % |
| Planchers bas | 7 à 10 % | 10 % |
| Toit | 25 à 30 % | 9 % |
| Ponts thermiques | 5 à 10 % | 9 % |
Pourquoi la version ancienne ne tient plus
La colonne de gauche décrit un parc jamais traité. Depuis, quarante ans de programmes d’isolation ont visé le geste le moins cher au mètre carré, les combles perdus, avec un pic sous les offres à un euro. Le résultat est mécanique : sur les logements que vous visitez aujourd’hui, la toiture est le plus souvent le seul poste déjà traité, et la déperdition s’est reportée sur les murs et sur l’air.
Ce que « maison type » veut dire dans la publication
Le guide précise son périmètre, et c’est ce qui le rend citable : « pertes de chaleur moyenne d’une maison construite avant 1974 », source Observatoire DPE 2025. C’est une moyenne statistique sur des DPE réels, pas une simulation sur un pavillon fictif. Elle ne dit rien de la maison que vous relevez, et le bilan thermique conduit poste par poste reste le seul à donner le partage de ce logement-là.
Ce que la moyenne cache : la dispersion réelle d’un chantier à l’autre
Le rôle du bâti, de l’exposition et de la zone climatique
Deux maisons de même surface et de même année ne partagent pas la même répartition. La compacité, le nombre de parois déperditives, l’orientation et la température de base de la commune déplacent les postes de plusieurs points. Un pavillon isolé en zone H1 et une maison mitoyenne en H3 n’ont ni le même poids de murs ni le même poids d’air renouvelé.
Les postes qui bougent le plus entre deux logements comparables
Le renouvellement d’air est le poste le plus dispersé, parce qu’il dépend d’un système et d’un état d’étanchéité, pas d’une épaisseur. Les ponts thermiques suivent, parce qu’ils dépendent de la nature des liaisons et non de la surface. Les déperditions par le sol varient elles aussi fortement selon la configuration du plancher bas et le périmètre exposé.
Ce que l’indicateur global vous dit, et ce qu’il ne dit pas
Un indicateur d’enveloppe agrège les parois en une seule valeur et sert à comparer des bâtiments entre eux. Il ne hiérarchise pas les lots. Pour cela il faut redescendre au poste, ce que fait le coefficient de déperdition Ubat en détaillant chaque paroi avant de les additionner.
Passer de la moyenne au calcul : ce que vous relevez en visite
Les trois termes que la NF EN 12831-1 additionne
Le calcul ne raisonne pas en pourcentages mais en watts par kelvin, puis en watts à la température de base. Trois termes s’additionnent, et c’est leur rapport qui donne la répartition du logement.
| Terme | Ce qu’il représente | Ce que vous relevez pour le renseigner |
|---|---|---|
| Transmission surfacique | Parois opaques et vitrées | Surfaces par paroi, composition, coefficient U et son origine |
| Ponts thermiques linéiques | Liaisons entre parois | Type de liaison, linéaire mesuré, valeur ψ retenue |
| Renouvellement d’air | Ventilation et infiltrations | Système en place, débits, perméabilité mesurée ou forfaitaire |
Mesurer l’air plutôt que le supposer
Le poste air est celui où l’hypothèse forfaitaire coûte le plus cher, parce qu’il pèse 27 % de la moyenne et davantage sur un bâti déjà isolé. Le test d’infiltrométrie remplace la supposition par une valeur opposable, et se pose en intermédiaire pour pouvoir corriger avant les doublages.
Les ponts thermiques : par type de liaison, pas au forfait
Un pont thermique se compte au linéaire et par type. Les six types de liaison modélisés couvrent l’essentiel du bâti courant, et c’est cette entrée qui fait passer le poste de 5 % supposés à 9 % constatés dans la moyenne publiée.
De la répartition au plan de travaux : ce qui engage votre responsabilité
Prioriser l’enveloppe avant d’écrire une puissance
L’ordre des lots se lit sur le calcul du logement, pas sur le camembert. La séquence qui tient est toujours la même : enveloppe traitée, étanchéité maîtrisée, puis dimensionnement du générateur sur les déperditions après travaux. À partir de ce constat, Argile propose les gestes à retenir et compose le plan de travaux.
Coordonner les interfaces isolation, ventilation, générateur
Traiter l’enveloppe déplace le poids relatif de l’air et modifie les passages de réseaux. Caler les débits et l’étanchéité en même temps évite la reprise, puis la puissance se pose sur les besoins après travaux et se confronte au régime des émetteurs. Argile calcule ce besoin pièce par pièce au format NF EN 12831-1.
Ce qui se retourne contre vous en cas de litige
Les écarts entre étude et chantier viennent des hypothèses non tracées, pas des pourcentages annoncés.
- Un coefficient U forfaitaire présenté comme mesuré, sans mention de son origine.
- Un débit de ventilation repris de l’étude alors que le système a été changé en cours de chantier.
- Une puissance justifiée par une moyenne de parc au lieu d’une note de dimensionnement.



