Blog/Ramonage : obligations et fréquence réglementaire
Artisans

28 mars 2026

6 min de lecture

Mis à jour le 6 août 2026

Ramonage : obligation, fréquence et attestation depuis le décret 2023-641

Le régime du ramonage a changé le 1er octobre 2023. Il ne relève plus des règlements sanitaires départementaux mais du code de la santé publique, avec une règle nationale de douze mois, six mois pour les appareils collectifs, et une attestation à remettre sous quinze jours ouvrés.

Sommaire

Depuis le 1er octobre 2023, le ramonage ne relève plus des règlements sanitaires départementaux mais des articles R. 1331-66 à R. 1331-78 du code de la santé publique, créés par le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023. La règle nationale est d'un ramonage au moins tous les douze mois, portée à tous les six mois pour les conduits desservant des appareils collectifs, sauf s'ils sont exclusivement alimentés en combustibles gazeux. L'attestation est remise au commanditaire dans les quinze jours ouvrés suivant l'achèvement de l'opération, et conservée deux ans minimum. Les arrêtés du préfet ou du maire gardent la possibilité d'imposer une fréquence supérieure, et le défaut de ramonage est passible depuis la même date de l'amende de quatrième classe, soit 750 euros au plus.

Fréquence réglementaire du ramonage : ce que dit le code de la santé publique

Le tableau des périodicités opposables

L'article R. 1331-71 du code de la santé publique est le texte à citer sur un devis ou un contrat. Il remplace la référence historique au règlement sanitaire départemental, qui n'est plus la bonne réponse par défaut.

Cas Périodicité minimale Base réglementaire
Conduit desservant un appareil individuel, tous combustibles 12 mois R. 1331-71 CSP
Conduit desservant un appareil collectif 6 mois, dont un en période de chauffe R. 1331-71 CSP
Conduit desservant un appareil collectif exclusivement au gaz 12 mois R. 1331-71 CSP
Appareil non utilisé depuis plus d'une période complète Ramonage obligatoire avant remise en service R. 1331-71 CSP
Consommation annuelle supérieure à 6 m³ de bois bûche ou 2,5 t de granulés 2 ramonages par an, dont un en période de chauffe (recommandation à porter au conseil client) Arrêté du 20 juillet 2023, annexe 2

Le point à ne pas rater : la fréquence nationale ne dépend pas du combustible pour un appareil individuel. C'est douze mois pour le bois comme pour le gaz ou le fioul. Le combustible n'intervient qu'en collectif, où le gaz exclusif fait retomber la périodicité de six à douze mois. L'idée reçue « le bois, c'est deux fois par an » vient des règlements sanitaires départementaux, pas du texte national.

Le point où l'état du droit reste ambigu

R. 1331-71 ne supprime pas les arrêtés locaux, il les cantonne. Sa deuxième phrase réserve expressément aux arrêtés pris en application de l'article L. 1311-2 du code de la santé publique, c'est à dire aux arrêtés du préfet ou du maire, la faculté d'exiger plusieurs ramonages par an dont un en période de chauffe. Le décret n'abroge donc aucun règlement sanitaire départemental : il installe un plancher national de douze mois au dessus duquel le local peut monter.

Deux zones grises subsistent, et il vaut mieux les nommer que les habiller. D'une part, plusieurs pages d'information administrative continuent d'indiquer que « la majorité des départements » exigent deux ramonages par an, formulation héritée du régime antérieur et qui ne dit plus quel texte l'impose. D'autre part, il n'existe pas de recensement officiel de l'état des règlements sanitaires départementaux depuis octobre 2023, donc pas de moyen simple de savoir lesquels ont été mis à jour.

La position tenable sur un chantier : appliquer les douze mois de R. 1331-71 comme plancher, vérifier l'existence d'un arrêté préfectoral ou municipal plus exigeant sur la commune concernée, et tracer cette vérification dans le dossier. L'article 5 du décret n° 2023-641 précise par ailleurs qu'un ramonage réalisé avant son entrée en vigueur au titre d'un règlement sanitaire départemental ou d'un arrêté municipal est réputé satisfaire à la nouvelle obligation, ce qui a évité une double périodicité pendant la transition.

Ce que la définition réglementaire du ramonage vous impose

L'article R. 1331-70 est explicite sur le geste. Le ramonage comporte le nettoyage par action mécanique directe de la paroi intérieure du conduit de fumée, afin d'en éliminer les suies et dépôts et d'assurer la vacuité du conduit sur toute sa longueur, tuyaux et conduits de raccordement inclus. Les souches et accessoires, aspirateurs, mitres et mitrons, sont vérifiés à cette occasion et remis en état si nécessaire. L'emploi du feu ou d'explosifs est interdit.

Conséquence directe sur votre offre : une bûche de ramonage ou une poudre chimique ne constitue pas un ramonage au sens du texte, et ne peut donc pas fonder une attestation. Le hérisson reste le seul geste opposable.

L'attestation de ramonage : le document qui vous protège

Contenu, délai et conservation

L'article R. 1331-75 encadre le document et c'est lui qui décide de votre exposition en cas de sinistre.

Exigence Valeur Article
Délai de remise après l'opération 15 jours ouvrés R. 1331-75 CSP
Destinataire Le commanditaire, occupant ou propriétaire selon le cas R. 1331-73 et R. 1331-75 CSP
Mention obligatoire Le ou les conduits de fumée ramonés R. 1331-75 CSP
Mention obligatoire Attestation de la vacuité du conduit sur toute sa longueur R. 1331-75 CSP
Durée de conservation par le commanditaire 2 ans minimum, à disposition des agents de contrôle R. 1331-75 CSP

Le mot à retenir est vacuité. Une attestation qui se contente d'indiquer « conduit ramoné » sans attester la vacuité sur toute la longueur ne remplit pas l'exigence du texte. Si vous ne pouvez pas garantir cette vacuité, par exemple sur un conduit dévoyé dont vous n'atteignez pas une partie, écrivez-le en réserve et proposez une inspection caméra. La réserve écrite est ce qui déplace la responsabilité.

Ce que vous ajoutez de vous-même pour tenir en cas de litige

Le texte fixe un minimum. Les mentions suivantes ne sont pas imposées mais elles font la différence quand un expert d'assurance reprend le dossier : l'adresse précise du logement et le repérage du conduit dans l'immeuble, la nature de l'appareil raccordé et son combustible, la méthode employée, l'identité et le SIRET de l'entreprise, les réserves constatées avec l'action recommandée et son délai.

Qualification et devoir de conseil

L'article R. 1331-74 impose que le ramonage et l'entretien soient effectués par une personne qualifiée professionnellement conformément à l'article L. 121-1 du code de l'artisanat. C'est un renvoi à la qualification artisanale de droit commun : le texte n'impose ni CAP nommé, ni certification « ramoneur » dédiée, contrairement à ce qu'on lit souvent. L'article R. 1331-77 ajoute une obligation de conseil : lors des opérations sur les appareils à combustible solide, le professionnel fournit à l'utilisateur non professionnel des conseils portant notamment sur les améliorations possibles de l'ensemble de l'installation. L'annexe 2 de l'arrêté du 20 juillet 2023 en détaille le contenu attendu, dont la fréquence de ramonage recommandée au regard de la consommation réelle, le stockage du combustible, les aides mobilisables et les pistes d'amélioration énergétique, qu'Argile hiérarchise à partir des caractéristiques du logement et des objectifs du client.

Ce conseil est un livrable, pas une conversation. Rédigez-le, faites-le signer, archivez-le avec l'attestation.

Sanctions et responsabilités : ce qui est réellement en jeu

L'amende a changé de classe, et presque personne ne l'a vu

Le chiffre de 450 euros circule encore partout. Il est périmé. L'article R. 1312-14 du code de la santé publique, dans sa version en vigueur depuis le 1er octobre 2023, punit le manquement aux règles d'hygiène et de salubrité des locaux d'habitation, ainsi qu'aux arrêtés préfectoraux et municipaux pris en application de L. 1311-2, de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe. L'article 131-13 du code pénal fixe ce plafond à 750 euros, contre 450 euros pour la troisième classe.

En pratique, cette amende reste rarement l'événement qui coûte cher.

Le vrai risque est ailleurs. En cas de feu de conduit ou d'intoxication au monoxyde de carbone, l'assureur cherche la preuve d'entretien récent. Sans attestation conforme, l'indemnisation peut être discutée. Et si l'attestation existe mais qu'elle est signée par vous alors que le conduit n'était pas ramonable sur toute sa longueur, c'est votre responsabilité qui devient discutable.

Après un feu de conduit

L'article R. 1331-76 traite des suites d'accident. Un ramonage seul ne suffit pas à remettre en service : le conduit a subi une contrainte thermique qui peut avoir fissuré des boisseaux ou déformé un tubage. La séquence défendable est une inspection de l'état du conduit, un essai d'étanchéité, puis la remise en service documentée. Faites vérifier le tubage avant toute reprise si l'appareil est raccordé sur un conduit maçonné.

Ne confondez pas ramonage, entretien de l'appareil et entretien de la chaudière

Trois régimes distincts coexistent, et les confondre sur un contrat est la source de litige la plus fréquente.

Prestation Objet Périodicité Texte
Ramonage Le conduit de fumée et de raccordement 12 mois, 6 mois en collectif R. 1331-70 et R. 1331-71 CSP
Entretien d'un appareil décentralisé à combustible solide Poêle, insert, foyer fermé, cuisinière 12 mois R. 1331-67 et R. 1331-68 CSP, arrêté du 20 juillet 2023
Entretien annuel d'une chaudière de 4 à 400 kW Le générateur, gaz, fioul ou bois 12 mois R. 224-41-4 et suivants du code de l'environnement, arrêté du 15 septembre 2009

L'article R. 1331-69 renvoie d'ailleurs explicitement au code de l'environnement pour les chaudières, ce qui confirme que les deux régimes ne se recouvrent pas. Un quatrième régime existe encore en ERP, où l'article GC 21 impose son propre rythme aux conduits d'extraction des grandes cuisines, ramonés au moins une fois par an et filtres nettoyés au minimum chaque semaine. Le détail des opérations et des mesures dues sur un générateur est traité dans notre article sur le contrat d'entretien de chaudière. Aucune des trois lignes ne couvre l'échangeur : le détartrage se vend à part, sans périodicité réglementaire, sur la seule dérive des relevés.

Cadrer la prestation sur le terrain

Contrôles à réaliser pendant l'intervention

Au delà du nettoyage mécanique, les points qui alimentent vos réserves écrites.

  • Étanchéité des raccords, absence de fissure et de suintement.
  • Tirage réel, absence de refoulement à l'allumage.
  • Trappe de visite accessible et refermée correctement.
  • Souche, chapeau et mitron, fixations et absence d'obstruction.

Cette liste vaut pour un conduit maçonné ou tubé. Sur une chaudière étanche raccordée en ventouse, elle change de nature : le conduit concentrique porte l'amenée d'air et l'évacuation dans le même ensemble, et ce sont les emboîtements, la pente des condensats et la position du débouché qu'il faut vérifier.

Traçabilité et archivage

Le commanditaire doit conserver deux ans. Vous avez intérêt à conserver plus longtemps, parce que la prescription en responsabilité ne s'aligne pas sur cette durée. Un PDF signé, la photo du conduit avant et après, la facture, indexés au nom du client et à la date, suffisent. Si vous avez émis une réserve, gardez la preuve que le client en a été informé : c'est cette pièce qui vous sort du dossier, pas l'attestation elle-même.

Le conduit collectif en copropriété

Le commanditaire est le syndicat des copropriétaires, la périodicité est de six mois sauf gaz exclusif, et l'article R. 1331-72 impose que les conduits restent accessibles pour les opérations. Anticipez les contraintes de planification, l'avis aux occupants et les relances : c'est le poste qui fait dériver le temps passé, pas le ramonage lui-même. Sur un immeuble ancien, prévoyez au devis une ligne distincte pour les logements inaccessibles au premier passage, sinon vous portez gratuitement les repasses.

Chiffres clés

12 mois

Périodicité individuelle

6 mois

Périodicité collective

15 jours ouvrés

Remise de l'attestation

Questions fréquentes

Non, plus par défaut. Depuis le 1er octobre 2023, l'article R. 1331-71 du code de la santé publique fixe la règle nationale à un ramonage au moins tous les douze mois, et tous les six mois pour les conduits desservant des appareils collectifs, sauf s'ils sont exclusivement alimentés en combustibles gazeux. Le même article réserve expressément aux arrêtés du préfet ou du maire pris en application de l'article L. 1311-2 la possibilité d'exiger plusieurs ramonages par an, dont un en période de chauffe. La bonne réponse est donc conditionnelle : douze mois partout comme plancher, davantage là où un arrêté local le prévoit.

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Louis Meneteau

Louis est CPO d'Argile. Il traduit le quotidien des installateurs en parcours produit : visite technique, dimensionnement, devis et dossiers d'aides, avec une exigence de conformité des livrables.

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