Optimiser une puissance souscrite se chiffre à l'euro près, et le résultat surprend. Au barème du tarif bleu résidentiel applicable au 1er août 2026, l'abonnement annuel hors taxes vaut 143,28 € en 6 kVA, 178,80 € en 9 kVA et 212,88 € en 12 kVA : un palier coûte entre 32 et 36 € hors taxes par an. L'enjeu n'est donc pas l'abonnement, mais le déclenchement du disjoncteur d'abonné le jour où il ne faut pas. Sur une installation avec pompe à chaleur, ce qui dicte le palier n'est pas le démarrage du compresseur, lissé par l'onduleur, mais l'appoint électrique, qui s'enclenche par grand froid au moment précis où le ballon et la cuisson appellent déjà.
Ce que coûte vraiment un palier
Le barème annexé à la délibération de la CRE du 15 juillet 2026 donne les abonnements hors taxes ci-dessous, identiques en option Base et en option heures creuses. Il faut y ajouter la TVA, l'accise sur l'électricité et la contribution tarifaire d'acheminement.
| Puissance souscrite | Abonnement annuel HT | Écart avec le palier précédent |
|---|---|---|
| 3 kVA | 110,64 € | référence |
| 6 kVA | 143,28 € | +32,64 € |
| 9 kVA | 178,80 € | +35,52 € |
| 12 kVA | 212,88 € | +34,08 € |
| 15 kVA | 244,56 € | +31,68 € |
| 18 kVA | 277,32 € | +32,76 € |
| 24 kVA | 347,88 € | +70,56 € |
| 30 kVA | 411,84 € | +63,96 € |
| 36 kVA | 476,52 € | +64,68 € |
Passer de 6 à 12 kVA coûte 69,60 € hors taxes par an, soit de l'ordre de 90 € toutes taxes comprises. Vendre un délesteur sur la promesse d'une économie d'abonnement n'a donc aucun sens économique : le matériel et la pose ne se remboursent pas sur cet écart. Le délesteur se vend sur ce qu'il évite, une coupure générale un soir de grand froid, pas sur ce qu'il économise.
Le changement d'option qui accompagne le palier
Le même barème porte une mention à connaître : l'option Base résidentielle est en extinction et n'est plus proposée pour les puissances souscrites de 9 à 36 kVA incluses. Un logement qui passe de 6 à 9 kVA au tarif réglementé bascule donc en heures pleines et heures creuses, à 14,79 c€/kWh et 10,18 c€/kWh hors taxes contre 13,48 c€/kWh en Base. La programmation du ballon et le contacteur jour et nuit cessent d'être une option de confort et deviennent la condition pour que la bascule ne coûte pas plus cher que le palier lui-même.
Le disjoncteur d'abonné, et la vraie limite
La puissance souscrite se matérialise par le réglage du disjoncteur de branchement, que seul le distributeur intervient pour modifier. Les correspondances usuelles sont les suivantes.
| Puissance souscrite | Monophasé, courant de réglage | Triphasé, courant par phase |
|---|---|---|
| 3 kVA | 15 A | sans objet |
| 6 kVA | 30 A | sans objet |
| 9 kVA | 45 A | 15 A |
| 12 kVA | 60 A | 20 A |
| 15 kVA | non proposé | 25 A |
| 18 kVA | non proposé | 30 A |
| 24 kVA | non proposé | 40 A |
| 30 kVA | non proposé | 50 A |
| 36 kVA | non proposé | 60 A |
Le raccordement monophasé s'arrête à 12 kVA. Au delà, le triphasé devient nécessaire, ce qui n'est pas un réglage mais une intervention sur le branchement, avec reprise du tableau et répartition des circuits entre phases. En triphasé, une seule phase surchargée fait déclencher l'ensemble : l'équilibrage n'est pas une finition, c'est ce qui rend le palier tenable. Sur ces points, voyez notre article sur le raccordement électrique d'une PAC.
L'appel de puissance d'une PAC : ce qui dimensionne, ce qui ne dimensionne pas
Le démarrage n'est plus le sujet
Sur un compresseur en démarrage direct, le courant d'appel dépassait largement le courant nominal et imposait de prendre de la marge sur le palier. Sur une PAC à compresseur piloté par onduleur, la montée en fréquence est progressive et le courant de démarrage reste proche du nominal. La donnée à relever au databook n'est donc plus le courant de démarrage mais le courant maximal absorbé, celui que la machine atteint en régime forcé par température extérieure basse.
L'appoint électrique, lui, dimensionne tout
C'est le poste que les visites techniques ratent le plus souvent. Une PAC air-eau embarque presque toujours une résistance d'appoint, par gradins de 2 ou 3 kW jusqu'à 6 ou 9 kW, qui s'enclenche quand la puissance de la machine ne suffit plus, c'est-à-dire précisément par les températures les plus basses. Un appoint de 6 kW ajoute 26 A en monophasé, soit à lui seul l'équivalent d'un abonnement de 6 kVA. Le dimensionnement de la puissance souscrite se fait donc sur le cumul compresseur plus appoint, pas sur la seule PAC. Notre article sur la PAC et l'appoint électrique détaille les cas où cet appoint travaille réellement.
Le levier le plus efficace n'est pas d'augmenter le palier mais de réduire le nombre d'heures où l'appoint tourne, ce qui passe par un dimensionnement juste de la machine. Les déperditions se calculent pièce par pièce selon la NF EN 12831-1, à partir des relevés de la visite, et une PAC dimensionnée sur les déperditions après travaux appelle nettement moins son appoint qu'une PAC dimensionnée sur l'existant.
La simultanéité, à relever sur le terrain
Le pire cas se compose et se relève. Il faut additionner l'appoint de la PAC engagé, le ballon d'eau chaude s'il n'est pas basculé en heures creuses, la cuisson, et la charge d'un véhicule électrique le cas échéant.
- Courant maximal absorbé de la PAC, relevé au databook et non sur la plaque signalétique
- Puissance et gradins de l'appoint électrique, et température extérieure d'enclenchement paramétrée
- Ballon d'eau chaude : puissance, présence d'un contacteur jour et nuit, horaire de relance
- Borne de recharge : puissance de charge et possibilité de pilotage ou de délestage
- Monophasé ou triphasé, et répartition actuelle des circuits entre phases
Le point de livraison et l'historique de consommation se récupèrent au compteur avec le consentement du client, ce qui évite d'estimer un pire cas à partir de factures. Une courbe de charge au pas horaire sur un hiver complet montre les pointes réelles bien mieux qu'une addition de plaques signalétiques.
Réduire l'appel avant de toucher au palier
Trois leviers se hiérarchisent, du moins cher au plus cher. Le premier est le décalage : basculer le ballon en heures creuses par contacteur, différer la charge du véhicule, éviter la relance simultanée du chauffage et de l'eau chaude après une absence. Le deuxième est le délestage, qui doit couper des zones de chauffage plutôt que l'eau chaude sanitaire, l'inertie d'un plancher chauffant absorbant une coupure de quelques minutes sans perte de confort perceptible. Le troisième est la baisse du besoin lui-même, par l'isolation et par le traitement de l'étanchéité à l'air, qui recule la température d'enclenchement de l'appoint.
Un dernier point pour le devis. Le passage d'un palier à l'autre se demande auprès du fournisseur, qui le transmet au distributeur, et l'opération est facturée selon le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité. Faites-la après stabilisation de la programmation et du délestage, pas avant : un palier demandé sur un pire cas mal relevé se paie deux fois, une fois à la hausse puis une fois à la baisse.


