Ce que dit la fiche officielle BAR-TH-129
Un simple "professionnel" suffit, pas un installateur RGE
La fiche d'opération standardisée BAR-TH-129, publiée par le Ministère de la Transition Écologique, encadre les CEE pour l'installation d'une pompe à chaleur air/air. Sa section 3 ("Conditions pour la délivrance de certificats") est sans ambiguïté :
"La mise en place est réalisée par un professionnel."
C'est tout. Pas de mention de qualification RGE, pas d'exigence de signe de qualité, pas de référence à QualiPAC. Un professionnel qualifié suffit.
Comparaison avec la fiche BAR-TH-171 (PAC air/eau)
La différence avec la PAC air/eau est frappante. La fiche BAR-TH-171, qui couvre les pompes à chaleur air/eau, exige explicitement :
"La mise en place est réalisée par un professionnel titulaire d'un signe de qualité..."
Ce "signe de qualité" correspond concrètement à la certification RGE QualiPAC. Sans elle, pas de CEE sur une PAC air/eau. Pour comprendre les enjeux de performance derrière ces deux technologies, consultez notre article sur le SCOP et COP des PAC.
La distinction est volontaire : le législateur a choisi de ne pas imposer la même contrainte de qualification pour les PAC air/air que pour les PAC air/eau.
Pourquoi cette différence existe
PAC air/air : un équipement plus simple à poser
Une PAC air/air (type split ou multisplit) est un système à détente directe : le fluide frigorigène circule directement jusqu'aux unités intérieures. Il n'y a pas de circuit hydraulique à raccorder, pas de plancher chauffant à équilibrer, pas de ballon ECS à dimensionner. La pose se résume à fixer l'unité extérieure, installer les splits, tirer les liaisons frigorifiques et mettre en service.
C'est un niveau de complexité comparable à celui d'un climatiseur réversible, ce qu'une PAC air/air est d'ailleurs techniquement. Le risque de mauvais dimensionnement ou de défaut de pose est plus limité que sur un système hydraulique.
PAC air/eau : un système hydraulique qui exige plus de compétences
À l'inverse, une PAC air/eau s'insère dans un circuit d'eau qui alimente radiateurs, plancher chauffant ou ballon ECS. Le dimensionnement, l'équilibrage hydraulique, le choix du régime de température et la mise en service demandent une expertise spécifique. Un mauvais dimensionnement peut entraîner un surdimensionnement (courts cycles, usure prématurée) ou un sous-dimensionnement (inconfort, appoint électrique permanent). D'où l'exigence RGE.
Pour approfondir les enjeux de dimensionnement, voir notre analyse sur le COP à charge partielle.
Les conditions à respecter pour obtenir les CEE sans RGE
Trois critères techniques non négociables
Même sans RGE, la fiche BAR-TH-129 impose des conditions strictes :
- Puissance nominale ≤ 12 kW : au-delà, la fiche ne s'applique pas
- SCOP ≥ 3,9 : mesuré selon le règlement européen 206/2012 et la norme EN 14825
- Bâtiment résidentiel existant depuis plus de 2 ans à la date d'engagement
Les justificatifs à fournir
La preuve de réalisation doit mentionner :
- La mise en place d'une PAC air/air
- La puissance nominale de la PAC
- Le SCOP de l'équipement
À défaut, la facture doit indiquer la marque et la référence, accompagnées d'un document fabricant ou d'un certificat COFRAC attestant du SCOP et de la puissance.
L'attestation sur l'honneur (ASH)
Le dossier CEE inclut une attestation sur l'honneur (annexe A de la fiche BAR-TH-129) qui reprend : type de logement (maison/appartement), surface exclusivement chauffée par la PAC, SCOP et puissance nominale. Pour sécuriser la conformité de vos dossiers, consultez notre guide sur comment sécuriser vos démarches CEE.
Combien rapportent les CEE sur une PAC air/air ?
Montants en maison individuelle
Les montants unitaires dépendent de la zone climatique et du SCOP :
SCOP entre 3,9 et 4,3 :
- Zone H1 : 77 900 kWh cumac
- Zone H2 : 63 700 kWh cumac
- Zone H3 : 42 500 kWh cumac
SCOP ≥ 4,3 :
- Zone H1 : 80 200 kWh cumac
- Zone H2 : 65 600 kWh cumac
- Zone H3 : 43 700 kWh cumac
Un facteur correctif s'applique selon la surface chauffée : de 0,3 (moins de 35 m²) à 1,6 (plus de 130 m²).
Montants en appartement
Pour un appartement (SCOP ≥ 3,9) :
- Zone H1 : 21 300 kWh cumac
- Zone H2 : 17 400 kWh cumac
- Zone H3 : 11 600 kWh cumac
Le facteur correctif de surface va de 0,5 (moins de 35 m²) à 2,5 (plus de 130 m²).
Exemple chiffré
Pour une maison de 100 m² en zone H1 avec une PAC air/air de SCOP 4,0 :
- Montant unitaire : 77 900 kWh cumac
- Facteur correctif (90 ≤ S < 110 m²) : 1,0
- CEE obtenus : 77 900 kWh cumac
- Valorisation estimée (à 8-10 €/MWh cumac) : 620 à 780 €
Ce que la PAC air/air ne permet pas d'obtenir
Pas de MaPrimeRénov'
En 2026, la PAC air/air n'est pas éligible à MaPrimeRénov'. Le dispositif oriente ses barèmes exclusivement vers les solutions de chauffage principal décarbonées : PAC air/eau, géothermie, biomasse, solaire thermique. Ce n'est pas une question de RGE, c'est la nature de l'équipement qui est exclue.
Pas de Coup de Pouce Chauffage
Le dispositif Coup de Pouce, qui bonifie les CEE pour certaines opérations (remplacement d'une chaudière gaz ou fioul par une PAC), ne couvre pas les PAC air/air. Seules les PAC air/eau et géothermiques y sont éligibles. Pour comprendre les enjeux du remplacement de chaudière, voir notre article sur le plan Lecornu et l'électrification.
Pas d'impact sur le DPE en chauffage principal
Une PAC air/air est souvent utilisée en complément d'un système de chauffage existant. Dans ce cas, elle n'est pas comptabilisée comme système de chauffage principal dans le DPE. Son impact sur l'étiquette énergétique est donc limité, contrairement à une PAC air/eau qui remplace le générateur principal. Consultez notre analyse des règles DPE 2026 pour plus de détails.
En résumé : ce qu'il faut retenir pour les installateurs
La PAC air/air occupe une place singulière dans le paysage des aides à la rénovation. Pas de MaPrimeRénov', pas de Coup de Pouce, mais des CEE accessibles sans RGE grâce à la fiche BAR-TH-129.
Pour les installateurs qui n'ont pas (encore) la certification RGE QualiPAC, c'est une opportunité concrète : proposer des PAC air/air performantes (SCOP ≥ 3,9, ≤ 12 kW), valoriser les CEE, et commencer à se positionner sur le marché des pompes à chaleur sans attendre d'avoir la qualification complète.
C'est aussi un tremplin : l'expérience acquise sur les PAC air/air prépare le terrain pour passer ensuite au RGE QualiPAC et accéder aux PAC air/eau, où les aides (MaPrimeRénov' + CEE + Coup de Pouce) sont bien plus conséquentes.

