Les granulés de bois émettent du monoxyde de carbone sans combustion, par auto-échauffement résultant d'une oxydation naturelle des acides gras du bois. L'ANSES l'a documenté dans VigilAnses n° 28 d'avril 2026 : un cas français de 2025 où les pompiers ont mesuré 700 à 1 000 ppm dans un sous-sol contenant quatre tonnes de pellets, et un décès en Suisse dans un local de stockage à 7 500 ppm, encore à 2 000 ppm après deux heures de ventilation. La conclusion de l'agence tient en une phrase : le local de stockage doit être totalement isolé des pièces d'habitation et disposer d'une ventilation adéquate. Aucun texte n'impose de détecteur de CO en logement, ce qui fait reposer le sujet entièrement sur votre devoir de conseil.
Le mécanisme, et ce qui l'aggrave
Une émission sans feu
Le phénomène n'a rien à voir avec la combustion. L'ANSES le formule ainsi : c'est lors du stockage que les granulés peuvent émettre du CO sans combustion, par auto-échauffement résultant d'une oxydation naturelle des acides gras du bois. Le CO n'est donc pas un sous-produit d'un appareil mal réglé, c'est un dégagement du combustible lui-même, dans un local où rien ne fonctionne. Aucune certification de qualité du granulé ne couvre ce risque, qui relève entièrement du local et de sa ventilation.
Deux paramètres pilotent l'intensité, et tous deux sont sous votre influence au moment de la conception.
La température d'abord. Selon l'ANSES, les émissions augmentent nettement avec elle : dès 15 degrés l'émission peut déjà dépasser plusieurs centaines de ppm, et elle est de dix à quinze fois supérieure à 40 degrés. Un silo contre un mur de chaufferie, en sous-pente exposée ou dans un local non isolé thermiquement est donc dans la mauvaise plage une bonne partie de l'année.
L'essence ensuite. Toujours selon l'ANSES, certaines essences sont plus émissives, le pin et le sapin notamment, et d'autres le sont moins, comme l'épicéa. Le client ne choisit pas son essence en pratique, mais cela explique la variabilité entre deux livraisons et interdit de raisonner sur une valeur unique.
L'âge du produit, enfin. L'INRS relève un risque accru durant les six premières semaines suivant la production. Une livraison massive de granulés fraîchement produits dans un local fermé est donc la configuration la plus défavorable qui soit.
Les repères toxicologiques à connaître
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| VLEP réglementaire contraignante sur 8 heures | 20 ppm, soit 23 mg/m³ | Article R. 4412-149 du code du travail |
| VLEP réglementaire contraignante, courte durée | 100 ppm, soit 117 mg/m³ | Article R. 4412-149 du code du travail |
| Coma, convulsions et détresse respiratoire | à partir de 800 ppm | ANSES, VigilAnses n° 28 |
| Mort rapide | à partir de 1 900 ppm | ANSES, VigilAnses n° 28 |
| Mesure pompiers, sous-sol français, 4 tonnes de pellets, 2025 | 700 à 1 000 ppm | ANSES, VigilAnses n° 28 |
| Local de stockage, décès en Suisse | 7 500 ppm, encore 2 000 ppm après 2 heures de ventilation | ANSES, VigilAnses n° 28 |
Les deux premières lignes sont opposables : R. 4412-149 fixe des valeurs limites d'exposition professionnelle contraignantes, pas indicatives. Mettez en regard la sixième ligne et vous voyez le problème : le local suisse était à 75 fois la VLEP court terme, et deux heures de ventilation ne l'avaient ramené qu'à 20 fois cette valeur.
Ce que dit le retour d'expérience européen
L'INRS recensait, pour la seule période 2002-2011, treize accidents mortels en Europe dus à une intoxication au CO liée aux pellets. Dix sont survenus dans des cales de navires, de grands locaux de stockage et des silos, donc en contexte professionnel. Trois ont eu lieu à partir de 2010 dans des locaux de stockage de particuliers, c'est à dire exactement la configuration que vous installez. Le cas français rapporté par l'ANSES en 2026 confirme que la bascule vers le résidentiel est engagée.
Ce que vous concevez, et ce que vous refusez de concevoir
Le silo intégré non ventilé est la configuration à écarter
La chaîne de causalité est simple : local fermé, granulés récents, température qui monte, CO qui s'accumule, puis diffusion vers les pièces de vie par les passages de canalisations, les gaines électriques et les parois non étanches. C'est très exactement la description du cas français rapporté par l'ANSES, où le local de stockage n'était ni ventilé ni isolé du reste de la maison.
La recommandation de l'agence est explicite : les granulés doivent être stockés dans un local totalement isolé du reste des pièces d'habitation et disposant d'une ventilation adéquate. Deux exigences, pas une. Un local ventilé mais communiquant reste dangereux, un local isolé mais fermé aussi.
La hiérarchie des solutions
Par ordre de sécurité décroissante : silo extérieur, textile ventilé, enterré ventilé ou béton séparé du bâtiment ; puis local dédié dans le bâtiment, totalement isolé des pièces de vie et ventilé haut et bas ; puis, en dernier recours seulement, silo intégré, à condition que l'isolement et la ventilation soient réellement traités et vérifiés.
Un point de conception que l'on oublie : le dimensionnement du silo n'est pas qu'une affaire d'autonomie, et il se pose au même moment que l'usage, l'emplacement et la sortie des fumées, les trois étapes que le parcours poêle à granulés déroule pendant la visite technique. Un silo surdimensionné garde plus longtemps du stock en zone de risque. Deux livraisons par an plutôt qu'une seule massive réduisent la quantité de granulés récents présente à un instant donné, et lissent au passage la dépense pour le client. C'est un argument qui se vend.
Le détecteur de CO, à recommander mais sans mentir sur son statut
L'ANSES relève que certains services départementaux d'incendie et de secours recommandent l'installation d'un détecteur de CO à proximité du lieu de stockage. C'est une recommandation, et il faut la présenter comme telle.
Soyez précis avec le client sur le statut juridique, parce que c'est là que la confiance se gagne ou se perd.
- Le détecteur de fumée est obligatoire dans chaque logement, au titre de l'article R. 142-2 du code de la construction et de l'habitation.
- Le détecteur de monoxyde de carbone ne l'est pas, aucun texte ne l'impose en habitation.
- La prévention réglementaire du CO passe par les articles R. 153-2 à R. 153-8 du même code, donc par l'amenée d'air, l'évacuation des produits de combustion et l'arrêt de l'installation après intoxication.
- La norme applicable au détecteur est la NF EN 50291-1, publiée le 1er septembre 2018, avec un type A qui pilote un organe extérieur et un type B limité à l'alarme.
Un détecteur de type A relié à une coupure d'alimentation du silo est la réponse sérieuse en collectif et en tertiaire. En résidentiel, un détecteur en partie basse du local de stockage et un second en chaufferie constituent un minimum défendable, à condition de dire au client que c'est un complément à la ventilation et non un substitut.
Intervenir sur un silo sans se mettre en danger
La règle qui ne se négocie pas
Ne pénétrez jamais dans un silo de granulés sans avoir mesuré la concentration en CO au préalable. Le cas suisse rapporté par l'ANSES est sans ambiguïté sur ce point : 7 500 ppm dans le local, et encore 2 000 ppm après deux heures de ventilation. Une aération brève ne suffit pas, et l'odorat ne détecte rien, le CO étant inodore.
La séquence défendable est la suivante : ventiler le local largement avant intervention, mesurer au détecteur portatif au niveau du sol et en hauteur, comparer aux VLEP de R. 4412-149, prolonger la ventilation tant que la valeur reste au dessus, et remesurer avant chaque entrée. Notez les valeurs relevées : c'est une obligation de résultat vis à vis de vos compagnons, et une pièce de dossier si un accident survient.
Ce que vous remettez au client par écrit
Aucune obligation réglementaire ne pèse sur les producteurs de granulés en matière d'étiquetage du risque CO ou de date de production. Le client n'a donc aucun moyen simple de savoir si sa livraison est récente, donc dans la phase la plus émissive. Ce vide fait porter le sujet sur vous.
Le document à remettre tient en une page : ne jamais entrer dans le silo, aérer largement le local avant toute intervention technique et attendre, ne pas obstruer les grilles de ventilation, vérifier le détecteur une fois par an, et appeler un professionnel au moindre doute. Faites-le signer. Cette page documente votre devoir de conseil, et c'est la seule chose qui vous distinguera d'un installateur qui n'a rien dit le jour où un dossier est instruit.
Ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain
Le granulé reste une énergie renouvelable pertinente, avec un coût d'usage compétitif et un confort d'usage proche du gaz. Le risque CO est réel et documenté, mais il est maîtrisable par des mesures simples : stockage isolé et ventilé, dimensionnement et fractionnement des livraisons, détecteur en complément, règles d'intervention écrites. Un installateur qui maîtrise ce sujet et qui l'intègre à sa prestation prend une longueur d'avance commerciale, parce qu'il traite un point que la concurrence ignore encore. Il protège aussi sa responsabilité, ce qui est le vrai enjeu. La logique de conseil est la même que celle développée dans notre guide sur le poêle à granulés.




