Le leasing social PAC, et après ? La promesse à mettre à l'épreuve des chiffres
Ce que Lecornu et Bregeon ont annoncé en avril 2026
Le 10 avril 2026, Sébastien Lecornu présente un plan électrification doté de 10 milliards d'euros par an d'ici 2030, avec un objectif d'un million de pompes à chaleur installées chaque année. Le lendemain, dans Le Parisien et sur France Inter, Maud Bregeon, ministre de l'Énergie, précise le levier financier. Le dispositif n'est pas un vrai leasing mais une mensualisation sur 36 mois du reste à charge après aides, réservée aux ménages modestes qui remplacent une chaudière gaz ou fioul. La promesse politique : la somme mensualité plus facture d'électricité de la PAC reste inférieure ou égale à l'ancienne facture gaz, avec un bonus pouvant atteindre 2 000 euros pour boucler l'équation. Un appel à projets pour sélectionner les opérateurs (consortium installateurs, banques, fournisseurs d'électricité) est attendu avant l'été 2026, pour un déploiement à l'automne.
Pourquoi cette promesse mérite un test maison par maison
L'annonce parle en moyenne nationale. Or un projet PAC se décide logement par logement, en croisant l'isolation, l'énergie remplacée, la zone climatique et le revenu du foyer. Une promesse de mensualité inférieure à la facture gaz peut tenir pour une maison E à Lille en très modeste, et tomber complètement pour une maison C à Toulouse en intermédiaire. C'est exactement ce que notre simulateur permet de vérifier, sur des données réelles plutôt que sur un cas type.
Un outil ouvert pour mettre les chiffres au centre de la conversation
Plutôt que d'attendre les arrêtés d'application du leasing social, on a publié leasingsocial.argile.ai, un simulateur gratuit qui rejoue les barèmes 2025 (MaPrimeRénov' + CEE BAR-TH-171 bonifié) sur 107 000 maisons individuelles diagnostiquées. Vous filtrez par zone, surface, étiquette et tranche fiscale. Vous voyez immédiatement l'effort mensuel net, et vous savez où la promesse tient déjà sans même attendre le leasing. Pour creuser un logement précis (et plus une cohorte), enchaînez avec bilan.argile.ai qui rejoue le calcul aides + reste à charge sur les caractéristiques exactes de la maison de votre client.
Ce que le simulateur calcule sous le capot
Subventions BAR-TH-171 et MaPrimeRénov' avec écrêtement Anah
Le moteur applique les barèmes 2025 de l'Anah pour les forfaits MaPrimeRénov' (jusqu'à 5 000 euros pour une PAC air/eau et 11 000 euros pour une géothermique en ménage très modeste) et la fiche CEE BAR-TH-171, multipliée par le facteur surface (0,5 / 0,7 / 1,0), le facteur climatique (H1 = 1,2 / H2 = 1,0 / H3 = 0,7) et le coup de pouce chauffage qui multiplie par 5 les kWh cumac quand la PAC remplace une chaudière fossile. Le cumul est ensuite écrêté à 90, 75, 60 ou 40 % du coût TTC selon la tranche, exactement comme l'Anah le fait sur dossier. Pour le détail du calcul des kWh cumac, voir notre article dédié au calcul des kWh cumac d'une opération CEE.
Mensualité d'un prêt amortissable et effort mensuel net
Le reste à charge est financé par un prêt à taux fixe paramétrable (taux et durée modifiables). Le simulateur compare la mensualité du prêt aux économies sur la facture d'énergie. La différence donne l'effort mensuel net. Quand il est négatif, les économies dépassent la mensualité : le projet s'autofinance, sans débourser plus qu'aujourd'hui pour se chauffer. C'est très exactement la mécanique du leasing social promis par le gouvernement. Pour rejouer le scénario annoncé, calez la durée à 36 mois, ajoutez 2 000 euros aux aides via le curseur de bonus, et regardez si l'effort mensuel reste sous zéro. Pour les cohortes où ce n'est pas le cas, le futur appel à projets devra trouver des marges côté banques et énergéticiens.
Correction du biais 3CL sur les grandes maisons
La méthode 3CL surestime souvent la consommation des grandes surfaces, parce que l'usage réel est sous-linéaire en m². Pour rester cohérent avec une facture vécue, le simulateur applique un facteur d'échelle décroissant par tranche de 50 m². Les économies affichées en euros par an sont ainsi plus proches du quotidien que des chiffres bruts sortis du diagnostic.
Lire les résultats : du chiffre individuel à la carte de France
Cohorte filtrée : à qui s'adresse le scénario
Le premier bloc résume la cohorte retenue après filtres : nombre de maisons, surface médiane, étiquette DPE de départ, énergie de chauffage, tranche fiscale et zone climatique. C'est le contrôle de cohérence avant de regarder les chiffres financiers : un échantillon trop maigre ou non représentatif rend le reste anecdotique. Visez au moins quelques milliers de maisons pour lisser les écarts individuels et donner du sens aux médianes affichées.
Coûts, subventions et mensualité par scénario PAC
Cinq scénarios sont comparés en parallèle : air/eau, air/eau plus ECS, air/air, géothermique et géothermique plus ECS. Pour chacun, vous voyez le coût d'installation, la prime CEE, MaPrimeRénov', le reste à charge après écrêtement, la mensualité du prêt et les économies attendues. C'est le bon endroit pour voir si la géothermique reste compétitive sur une grande maison, ou si l'air/air suffit pour une étiquette intermédiaire dans une zone H3.
Carte de France colorée par effort mensuel départemental
La carte synthétise tout ça à l'échelle du département. Les zones vertes correspondent aux départements où, en moyenne sur la cohorte filtrée, l'effort mensuel est négatif : la PAC s'autofinance déjà, sans aucun leasing social. Les zones rouges signalent un effort positif persistant, souvent le sud-ouest H3 où les économies de chauffage restent plus modestes. C'est la carte qui dit où le bonus de 2 000 euros annoncé par Bregeon va vraiment changer la donne, et où il restera anecdotique.
Ce que le simulateur dit de la promesse Lecornu / Bregeon
Pour les ménages très modestes en H1 et H2, la promesse tient déjà
Filtrez sur Très modeste, zones H1 ou H2, maisons E ou F chauffées au gaz ou au fioul. Dans cette cohorte, l'effort mensuel médian est déjà négatif avant tout leasing social, parce que MaPrimeRénov' Bleu plus le CEE bonifié couvrent l'essentiel du reste à charge. Le leasing social ajouterait surtout un confort de trésorerie en évitant le prêt classique. Pour ces dossiers, la vraie limite est l'accès aux artisans RGE, pas le financement. Voir aussi notre point sur les aides Anah Habiter Mieux qui se cumulent souvent avec le forfait Bleu.
Pour les Modestes et Intermédiaires en H3, le bonus de 2 000 euros change la maille
En zone H3 (Sud), le facteur climatique de la fiche CEE redescend à 0,7 et les économies sur la facture sont plus faibles parce que la saison de chauffe est courte. C'est typiquement là que l'effort mensuel reste positif après écrêtement, et là que le bonus de 2 000 euros annoncé peut basculer un département entier en vert sur la carte. Refaites la simulation en augmentant le total des aides du même montant : vous voyez précisément la portée géographique du dispositif. Pour aller plus loin sur l'empilement des dispositifs (CEE, MaPrimeRénov', éco-PTZ, TVA réduite), notre guide cumul des aides détaille comment les empiler sans dépasser les plafonds.
Pour les Supérieurs, le projet reste un arbitrage de confort, pas de mensualité
L'écrêtement à 40 % limite mécaniquement les aides pour les Supérieurs. Sur cette tranche, l'effort mensuel reste presque toujours positif, leasing social ou pas, et la décision se joue sur l'usage (climatisation l'été, étiquette DPE pour la revente, baisse des émissions) plutôt que sur la mensualité. Le simulateur permet d'objectiver cet arbitrage avec le client, sans promettre une autofinance qui ne viendra pas.
Cas d'usage côté terrain
Préparer une visite avec un propriétaire qui hésite
Avant le rendez-vous, vous filtrez sur la zone climatique, la tranche de surface et l'étiquette DPE du client. En deux clics, vous arrivez avec une fourchette de reste à charge, une mensualité indicative et un gain d'étiquette plausible. Vous pouvez ensuite expliquer pourquoi son cas se rapproche ou s'écarte de la médiane, et reprendre la promesse du leasing social en montrant si elle s'applique vraiment à lui ou non.
Prioriser les leads MaPrimeRénov' selon la tranche fiscale
Sur une zone donnée, le simulateur montre clairement où l'effort mensuel devient négatif après écrêtement. Les Très modestes en H1 ou H2 ressortent presque toujours en vert : ce sont les dossiers les plus simples à conclure, leasing social ou pas. À l'inverse, un Supérieur en H3 demandera un argumentaire d'usage plutôt qu'un argumentaire financier.
Cadrer une discussion en copropriété ou avec un audit énergétique
En copropriété, le simulateur ne remplace pas un DTG, mais il aide à objectiver le débat avant de lancer un audit collectif. Pour une rénovation globale en maison individuelle, il s'utilise en complément de l'audit : il vérifie que le scénario PAC retenu est cohérent avec ce que vit la cohorte locale, et il expose les hypothèses (taux, durée, prix kWh) que le client peut faire varier en direct pour tester la mensualisation promise.
Méthodologie et limites à connaître avant de l'utiliser en clientèle
Sources : ADEME, INSEE, ministère de la Transition écologique
Les données viennent de l'Observatoire DPE (ADEME) pour les maisons et leur méthode 3CL, de FILOSOFI 2021 (INSEE) pour le niveau de vie médian par commune, et des barèmes officiels du ministère de la Transition écologique pour MaPrimeRénov' et le CEE BAR-TH-171. Tout est sous licence ouverte Etalab, et les calculs sont rejoués intégralement dans le navigateur, sans envoi de données à un serveur tiers.
Limites : approximation communale, scénario standard et hypothèses de prêt
Trois limites à garder en tête. La tranche fiscale est déduite de la commune, pas du foyer, donc un dossier réel peut basculer d'une tranche à l'autre. Le scénario PAC est standardisé : une installation atypique (réseau radiateurs haute température, ECS surdimensionnée) peut décaler le coût. Enfin, la mensualité dépend du taux et de la durée que vous saisissez ; modifier ces deux curseurs change radicalement l'effort mensuel, et c'est précisément le paramètre que le futur leasing social va négocier avec les énergéticiens.
Ouvert, gratuit et sans inscription
Le simulateur est accessible librement sur leasingsocial.argile.ai. Aucun compte, aucune collecte, aucun appel serveur après le chargement initial des données. Vous pouvez l'utiliser en visite avec un client, en agence, ou en formation, et basculer ensuite vers bilan.argile.ai pour une réponse logement par logement. Pour aller plus loin, voir aussi notre point sur la décarbonation du chauffage en France, sur la simulation financière avec Argile, et sur le mix électrique français comme atout carbone du chauffage.


