Le débat laine contre ouate se joue rarement là où on l'attend. Sur un chantier de soufflage, ce qui décide de l'épaisseur soufflée et du volume commandé n'est pas la famille de l'isolant mais la valeur de conductivité thermique que vous êtes capable de justifier. Les Règles Th-Bât fixent à 0,056 W/(m·K) la valeur par défaut d'une laine soufflée sur plancher de comble, contre 0,040 pour un produit certifié courant. Sur le R ≥ 7 m²·K/W exigé par la BAR-EN-101, l'écart vaut onze centimètres et près d'un tiers de volume en plus.
Le tableau des épaisseurs
La règle est arithmétique : l'épaisseur vaut R multiplié par λ. Ce qui varie, et qui décide du devis, c'est le λ que le dossier peut opposer.
| Conductivité thermique retenue | Épaisseur pour R = 7 | Épaisseur pour R = 10 | Statut de la valeur |
|---|---|---|---|
| 0,039 W/(m·K) | 27,3 cm | 39,0 cm | Certifiée, haut de gamme |
| 0,040 W/(m·K) | 28,0 cm | 40,0 cm | Certifiée, courante |
| 0,042 W/(m·K) | 29,4 cm | 42,0 cm | Certifiée, courante |
| 0,045 W/(m·K) | 31,5 cm | 45,0 cm | Certifiée, entrée de gamme |
| 0,056 W/(m·K) | 39,2 cm | 56,0 cm | Valeur par défaut, sans certificat |
La dernière ligne n'est pas un cas d'école. Le fascicule Matériaux des Règles Th-Bât donne 0,056 W/(m·K) pour les « laines obtenues par soufflage sur plancher de comble » à une masse volumique à l'application comprise entre 10 et 25 kg/m³, comme valeur par défaut applicable aux produits non couverts par une certification. Le même document donne 0,065 pour une laine épandue manuellement et 0,060 pour une laine insufflée en mur ou en rampant.
Ce que la ouate change au dossier
Sur le plan du dossier, la ouate de cellulose n'est pas dans la même situation que la laine minérale. Le fascicule Matériaux ne lui donne aucune valeur par défaut : pour la « cellulose à base de papiers broyés » appliquée par machine pneumatique comme par épandage manuel, il renvoie aux annexes des arrêtés relatifs aux caractéristiques thermiques.
Conséquence pratique : une ouate ne se justifie que par son propre document, Avis Technique ou certificat, et il n'existe pas de valeur de repli. Un produit sans document opposable n'a pas de conductivité justifiable, donc pas de résistance thermique justifiable, donc pas de dossier CEE.
C'est l'inverse de l'idée reçue selon laquelle la ouate serait le choix « souple ». Sur le terrain, elle est le choix qui exige le plus de rigueur documentaire, et c'est ce point, plus que le confort d'été ou le déphasage, qui décide de la faisabilité d'un dossier aidé.
Ce que le NF DTU 45.11 couvre, et ce qu'il ne couvre pas
Le soufflage en combles perdus relève du NF DTU 45.11, dans son édition de novembre 2025, qui annule celle de mars 2020. Son domaine est plus étroit que ce qu'on lui prête, et c'est ce périmètre, plus que ses prescriptions, qui décide de la couverture d'un chantier.
Sont hors domaine :
- les combles aménagés ou aménageables, et les rampants ;
- les planchers ventilés ;
- les locaux climatisés en permanence ;
- l'isolation par projection, humide ou non, et les isolants préparés sur chantier ;
- les zones de climat tropical ou équatorial et les départements d'outre-mer.
La confusion la plus fréquente est celle entre soufflage et projection : ce sont deux techniques, deux référentiels, et une seule des deux relève du 45.11. La révision de novembre 2025 apporte par ailleurs des précisions sur le risque incendie, c'est-à-dire sur les écrans de protection autour des conduits de fumée et des dispositifs électriques encastrés.
Le texte encadre aussi la vérification du travail fait par mesure de l'épaisseur et calcul de la densité mise en œuvre, et il prévoit un repérage laissé sur place. C'est ce qui distingue un chantier tenu d'un chantier déclaré : la résistance thermique ne se constate pas à l'œil.
Le seuil et le forfait de la BAR-EN-101
| Paramètre | Comble perdu | Rampant de toiture |
|---|---|---|
| Résistance thermique exigée | R ≥ 7 m²·K/W | R ≥ 6 m²·K/W |
| Épaisseur à λ = 0,040 | 28 cm | 24 cm |
| Forfait H1 | 1 700 kWh cumac/m² | 1 700 kWh cumac/m² |
| Forfait H2 | 1 400 kWh cumac/m² | 1 400 kWh cumac/m² |
| Forfait H3 | 920 kWh cumac/m² | 920 kWh cumac/m² |
Le forfait est identique dans les deux configurations, alors que le seuil ne l'est pas et que le coût de pose non plus. C'est ce qui fait de la BAR-EN-101 la fiche la mieux payée du dispositif rapportée au coût du chantier en comble perdu, et une fiche nettement moins intéressante en rampant.
Le seuil porte sur la résistance thermique de l'isolant posé, pas sur celle du plancher complet. Inutile donc d'ajouter la résistance du support ou des lames d'air : c'est le produit seul qui doit tenir le chiffre, et c'est sa valeur certifiée qui le justifie.
Laine ou ouate : les critères qui restent
Une fois la question documentaire réglée, l'arbitrage porte sur trois points, et sur trois seulement.
La réaction au feu : les laines minérales sont classées A1 ou A2, incombustibles, la ouate de cellulose se situe en B ou C selon la formulation du sel de bore ou du sel d'ammonium. Autour d'un conduit de fumée, l'écran de protection est exigé dans les deux cas, mais la marge d'erreur n'est pas la même.
Le comportement à l'eau : une laine minérale mouillée se tasse et perd sa résistance thermique sans jamais la retrouver. Une ouate encaisse une humidité transitoire et la restitue, ce qui la rend plus tolérante sur un plancher dont l'étanchéité à l'air n'est pas parfaite. Cela ne dispense pas de traiter les points singuliers, à commencer par la trappe d'accès, qui reste le maillon faible du plancher isolé.
La densité de pose : elle décide du volume commandé et donc du prix de revient. Elle se contrôle par comptage des sacs rapporté à la surface, pas à l'épaisseur relevée, parce que c'est la masse au mètre carré qui prouve que la densité annoncée est en place.
Ce qu'il faut écrire sur le devis
Trois mentions rendent le dossier opposable, et leur absence est le motif de reprise le plus courant en contrôle :
- la référence exacte du produit et le numéro de son certificat, qui portent la conductivité thermique retenue ;
- l'épaisseur visée et la masse au mètre carré correspondante, qui est ce que le comptage des sacs vérifie ;
- la résistance thermique obtenue, calculée avec la valeur certifiée, et non un R annoncé sans son λ.
Un devis qui annonce « R = 7 » sans nommer le produit ni sa conductivité n'engage rien et ne justifie rien. Le rapprochement entre l'exigence de la fiche et la valeur du produit posé est exactement ce que le calcul de résistance de paroi doit produire avant l'envoi du dossier, et Argile reprend le lambda, la résistance et la référence des données fabricant vérifiées pour l'écrire sur le devis.
Sur les combles perdus en particulier, le rapport entre le forfait de la fiche et le coût réel du chantier fait de ce geste le plus rentable du parcours par geste, à condition que la valeur certifiée soit au dossier.
Ce qu'il faut retenir
- L'épaisseur ne se déduit pas d'un lambda de catalogue mais de la valeur que le dossier peut opposer.
- Sans certificat, la valeur par défaut d'une laine soufflée est de 0,056 W/(m·K), soit 39 cm pour R = 7.
- La ouate n'a aucune valeur par défaut : sans Avis Technique, elle n'est pas justifiable.
- Le NF DTU 45.11 de novembre 2025 exclut les rampants, les combles aménagés et la projection.
- La BAR-EN-101 exige R ≥ 7 en comble perdu et verse le même forfait qu'en rampant.



