Blog/Le facteur magique : comment l'État reclasse les logements électriques d'un coup de curseur
Secteur RGE

5 mai 2026

6 min

Mis à jour le 10 août 2026

Le facteur magique : comment l'État reclasse les logements électriques d'un coup de curseur

Sommaire

Le 1er janvier 2026, sans le moindre coup de marteau ni de visseuse, environ 850 000 logements sont sortis du statut de passoire énergétique. Aucun chantier, aucune isolation, aucune pompe à chaleur supplémentaire : une ligne dans l'arrêté du 13 août 2025 a fait passer le coefficient de conversion de l'énergie finale en énergie primaire de l'électricité de 2,3 à 1,9. La consommation primaire affichée au DPE d'un logement chauffé à l'électricité baisse de 17 %, le ministère de la Transition écologique précisant qu'aucun logement ne voit son étiquette baisser du fait de la réforme. Pour toutes les autres énergies, le facteur reste à 1. En visite technique, cette bascule ne change rien : les déperditions se calculent sur le bâti, pas sur l'étiquette affichée.

Pour mesurer l'ampleur de la manœuvre, nous avons construit une application interactive : facteur-magique.argile.ai. Vous y déplacez un curseur entre 1,0 et 2,3, et vous regardez 96 000 maisons réelles changer d'étiquette en temps réel.

Le coefficient invisible qui pilote votre étiquette DPE

Le DPE classe les logements en énergie primaire (EP), pas en énergie finale (EF), et les seuils des classes de A à G s'expriment tous dans cette unité. L'EF, c'est ce qui sort de la prise ou du robinet de gaz. L'EP, c'est ce qu'il a fallu mobiliser à la source : combustibles fossiles brûlés, uranium fissionné, pertes réseau comprises.

Le facteur de conversion appliqué au DPE est fixé par arrêté, énergie par énergie. La valeur de l'électricité n'est d'ailleurs pas figée : elle passe de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027.

Énergie Facteur EF → EP jusqu'au 31/12/2025 Facteur EF → EP depuis le 01/01/2026
Électricité 2,3 1,9
Gaz naturel 1 1
Fioul domestique 1 1
Bois et autres biomasses 1 1
Réseaux de chaleur et de froid 1 1

Arrêté du 13 août 2025, applicable aux DPE établis à compter du 1er janvier 2026. Le coefficient de l'électricité était de 2,58 sous les réglementations thermiques des années 1980, puis de 2,3 jusqu'au 31 décembre 2025.

Le passage de 2,3 à 1,9, c'est une baisse de 17 % de la consommation primaire affichée pour tout logement chauffé à l'électricité. L'enveloppe thermique n'a pas bougé, la facture non plus, mais l'étiquette grimpe. La mécanique de conversion elle-même, énergie par énergie, est détaillée dans notre coefficient de conversion énergie finale/primaire ; cet article-ci porte sur la réforme et sur ses effets.

Pourquoi l'État a-t-il raison de baisser le coefficient ?

Le débat est moins binaire qu'il n'y paraît. Plusieurs arguments solides plaident pour la baisse.

1. Le coefficient 2,3 ne reflétait plus la réalité carbone du mix électrique

Le coefficient 2,3 est un héritage des années 2000, quand le mix électrique français incluait davantage de production thermique fossile. Aujourd'hui, près de 95 % de l'électricité produite en France est décarbonée (nucléaire + hydraulique + éolien + solaire). L'ADEME publie pour le chauffage un facteur spécifique « usage chauffage » plus élevé que le mix moyen, parce que le chauffage électrique se concentre sur les pointes hivernales, où le mix marginal mobilise davantage de gaz et d'imports.

Contenu carbone, ordres de grandeur — g CO2/kWh
Électricité, mix moyen55
Électricité, usage chauffage (ADEME)147
Gaz naturel, à la combustion227

Même avec ce facteur usage, l'électricité reste sous le gaz naturel, dont le contenu monte encore en cycle de vie, et avec une PAC (COP 3 à 4) on retombe à 40 à 50 g/kWh utile, soit 4 à 5 fois moins émetteur que le gaz. À coefficient 2,3, le DPE pénalisait l'électricité sur l'axe EP au-delà de ce que justifie son contenu carbone réel ; la baisse rééquilibre, partiellement, la photographie climatique du bâtiment.

2. L'électricité reste chère au kWh, donc la facture pousse déjà à rénover

Un argument souvent oublié : au kWh, l'électricité reste sensiblement plus chère que le gaz pour le client final. Le signal-prix qui pousse à isoler n'a donc pas besoin de venir aussi du DPE : il vient déjà de la facture. Sous l'ancien coefficient, le DPE pénalisait l'électricité en plus de son surcoût de fonctionnement ; la double peine décourageait les ménages d'abandonner le fioul ou le gaz pour une PAC, alors même que la PAC reste le meilleur levier de décarbonation résidentielle. Baisser le coefficient déplace l'incitation au bon endroit : rénover le bâti pour réduire la facture, plutôt que choisir l'énergie pour gonfler l'étiquette.

3. Alignement avec la directive européenne EPBD

La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments demande aux États membres un coefficient EF→EP cohérent avec le mix réel. La France à 1,9 se place sous les facteurs retenus par la plupart des États membres, ce que justifie un mix électrique plus décarboné que la moyenne européenne.

4. Le chauffage électrique direct se trouvait coincé sur l'axe EP

Pour un logement chauffé aux convecteurs électriques, l'EF passe entièrement par le coefficient. À ×2,3, un mauvais bâti tout-électrique pouvait basculer en F ou G sur le seul critère EP, alors qu'un logement gaz équivalent restait en E (parce que le gaz est en EP × 1,0, et c'est l'axe GES qui le tirait vers le bas). À ×1,9, l'arbitrage entre les deux axes EP et GES devient plus équilibré, et l'écart entre énergies se rapproche du contenu carbone réel du chauffage.

Et pourquoi la baisse pose problème

1. La facture ne bouge pas d'un centime

L'occupant continue de payer la même somme à EDF, ENGIE ou son fournisseur alternatif. Le DPE était censé être un signal vers le coût d'usage ; reclasser sans rénover découple l'étiquette du portefeuille.

2. Le besoin physique de rénovation reste entier

Une passoire reclassée en E reste une passoire en hiver rigoureux et en canicule. La consommation finale, le confort thermique, la précarité énergétique : rien de tout ça ne change avec un arrêté.

3. Risque sur la crédibilité du DPE

Un instrument qui peut être recalibré par décret tous les 5 à 10 ans perd de sa valeur de signal pour les acheteurs, les locataires, les banques et les assureurs. La confiance dans le DPE, déjà entamée par les écarts entre diagnostiqueurs, risque d'être encore érodée.

4. Effet collatéral sur les aides publiques

MaPrimeRénov', les éco-PTZ, l'obligation de rénovation pour les bailleurs : tout est indexé sur la classe DPE. Reclasser ~1,2 M de logements vers le haut, c'est mécaniquement réduire la cible prioritaire des aides, sans avoir traité les pires d'entre eux.

5. Borne physique : 2,3 garde une justification thermodynamique

Si l'on raisonne sur le marginal, la prochaine centrale qui démarre quand la France importe en hiver est gaz ou charbon, avec un rendement de 40 à 50 %. Le coefficient « physique » d'une électricité d'origine thermique reste donc proche de 2,3. À 1,9, on raisonne sur le mix moyen, pas sur le marginal ; ce choix est défendable politiquement, mais il n'est pas neutre.

Bougez le curseur, regardez la cohorte

Pour mesurer concrètement l'effet du décret, l'app facteur-magique.argile.ai charge une cohorte de 96 000 logements résidentiels (maisons + appartements, toutes énergies de chauffage) et recalcule l'étiquette DPE en temps réel à chaque déplacement du curseur entre 1,0 et 2,3. Vous voyez l'histogramme de classes A à G se déformer, l'échelle DPE s'animer, et le compteur de « passoires effacées par décret » grimper.

Échelle des classes énergétiques, de A à G.

À ×2,3 (l'ancien coefficient), une part significative de la cohorte tout-électrique végète en F ou G. À ×1,9 (le nouveau), une fraction notable bascule en E, voire en D, sans aucun travaux. Glissez plus loin vers ×1,0 (le coefficient « rêvé » de certains acteurs), et vous voyez ce que serait une France où l'EP serait égalée à l'EF : 100 % des logements électriques en classes A à C, indépendamment de leur enveloppe thermique. Vertigineux.

Le bon DPE, c'est celui que vous gagnez en rénovant

Le coefficient EF→EP est une convention de calcul. La rénovation, elle, n'en est pas une. Une isolation des combles bien faite gagne réellement des kWh. Une PAC bien dimensionnée divise réellement la consommation par 3 ou 4 par rapport à un convecteur, à condition que sa puissance soit calée sur les déperditions du bâti et non sur l'étiquette : c'est le rôle de la note de dimensionnement conforme NF EN 12831-1 qu'Argile construit à partir des relevés de la visite technique. Le coefficient bouge, l'enveloppe reste, et c'est l'enveloppe qui paie le confort, la facture et l'empreinte carbone réelle.

Côté chantier, la conséquence pratique est simple.

Pour l'argumentaire client, la lecture juste est celle de la méthode des déperditions, pas celle du curseur réglementaire.

Questions fréquentes

Non. Le coefficient n'affecte que l'affichage DPE, pas le calcul thermique. Une PAC se dimensionne sur les déperditions réelles du bâti (W/K) et la température de base extérieure, jamais sur l'énergie primaire affichée.

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Pierre-Louis Guhur

Pierre-Louis est CEO et cofondateur d'Argile. Docteur en apprentissage automatique, thèse préparée à l'Inria, il a rénové une maison de ses mains en 2017 avant de fonder l'entreprise. Sur le blog, il écrit sur ce qu'il implémente dans le logiciel : la méthode 3CL-DPE 2021, la NF EN 12831 et la physique du bâti telle qu'un moteur de calcul doit la traiter, hypothèse par hypothèse.

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Informations générales

Bénéficiaire

Madame Dos Santos Maria Augusta

E-mail

contact@argile.ai

Téléphone

+33 7 44 94 57 57

Adresse des travaux

7 impasse des Petites Houettes, 21000 Dijon

Informations sur la PAC air/eau

Nom

Alféa Extensa S. 10

Marque

Atlantic

Puiss. nominale

10 kW

ηs à 35 °C / 55 °C

195 % / 154 %

COP

3,5

Régulateur

Classe VI

N° EPREL

2491075

Déperditions du logement

6,0 kW

Puissance du matériel à la T° de base

5,80 kW

3,59 kW

7,78 kW

0 %

60 %

130 %

Taux de couverture des besoins

Puissance du matériel / déperditions du logement

97 %

Dimensionnement de l’appareil

Toitures

Transmission W/m².K

1,8

Surface

65,2

Déperditions W/K

135,0

Planchers

Transmission W/m².K

0,6

Surface

63,0

Déperditions W/K

15,6

Ponts thermiques

Conductivité W/K/m

0,4

Longueurs m

33,4

Déperditions W/K

12,5

Façades

Transmission W/m².K

0,9

Surface

162,4

Déperditions W/K

151,4

Ouvertures

Transmission W/m².K

1,2

Surface

5,5

Déperditions W/K

10,9

Renouvellement de l’air

Taux de renouv. h⁻¹

0,8

Déperditions W/K

102,3

Détermination de la différence de température

Température extérieure de base

-7 °C

Température d’arrêt de la PAC

5 °C

Température de consigne

19 °C

DeltaT

14,0 °C

Coefficient de construction

Volume (surface × hauteur sous plafond)

378,0 m³

G équivalent

1,13 W/m³/K

Avec argile

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