Une chaudière gaz THPE était, en droit français, une chaudière dont l’efficacité énergétique saisonnière pour le chauffage atteignait au moins 92 % au sens du règlement (UE) n° 813/2013, seuil posé par l’article 1er de l’arrêté du 17 novembre 2020. Cet article a été abrogé par l’arrêté du 29 décembre 2022, avec effet au 1er janvier 2023, et la fiche CEE BAR-TH-106 supprimée au 1er janvier 2024 par l’arrêté du 4 octobre 2023. Le seuil reste un repère technique exploitable en comparaison d’appareils : exprimé en PCS, il correspond à environ 102 % sur PCI avec le coefficient de 1,11 du gaz naturel retenu par la méthode 3CL-DPE 2021.
Ce que le sigle THPE recouvrait exactement
La définition, sa base de calcul et ses trois exigences
L’article 1er de l’arrêté du 17 novembre 2020 posait trois exigences cumulatives pour une chaudière gaz à très haute performance énergétique :
- Puissance ≤ 70 kW : une efficacité énergétique saisonnière pour le chauffage, définie selon le règlement (UE) n° 813/2013, supérieure ou égale à 92 %.
- Puissance > 70 kW : une chaudière à condensation, avec une efficacité utile d’au moins 87 % à 100 % de la puissance nominale et d’au moins 95,5 % à 30 %.
- Dans les deux cas : un régulateur de classe IV à VIII au sens de la communication de la Commission 2014/C 207/02.
Le texte français ne dit jamais « PCS ». Il renvoie au règlement 813/2013, dont l’annexe I définit l’efficacité utile comme le rapport entre la production de chaleur utile et la quantité totale d’énergie utilisée, cette dernière étant exprimée en PCS. La base PCS est donc établie par renvoi, ce qui suffit pour la conversion mais explique pourquoi la question revient sans cesse sur les fiches produit.
Où se situe une chaudière THPE sur l’étiquette énergétique
Le règlement délégué (UE) n° 811/2013 fixe à son annexe II les classes d’efficacité énergétique saisonnière. Depuis le 26 septembre 2019, l’étiquette imprimée utilise l’échelle A+++ à D. Une chaudière gaz à condensation à 92-94 % relève donc de la classe A, le plancher d’écoconception de 86 % de la classe B, et une chaudière de type B1 à 75 % de la classe C.
| Classe | Efficacité énergétique saisonnière ηs |
|---|---|
| A+++ | ηs ≥ 150 % |
| A++ | 125 % ≤ ηs < 150 % |
| A+ | 98 % ≤ ηs < 125 % |
| A | 90 % ≤ ηs < 98 % |
| B | 82 % ≤ ηs < 90 % |
| C | 75 % ≤ ηs < 82 % |
| D | 36 % ≤ ηs < 75 % |
C’est aussi ce tableau qui explique pourquoi une chaudière gaz ne dépassera jamais la classe A : le plafond structurel du rendement sur PCS est 100 %, quand une pompe à chaleur, dont l’efficacité énergétique saisonnière se compte sur une autre échelle, atteint couramment 125 % et plus.
Le rendement conventionnel retenu par la méthode 3CL
La méthode 3CL-DPE 2021 tabule, à son paragraphe 13.2.2, les rendements par défaut des chaudières gaz sur PCI, en fonction du type et de l’année de fabrication. Ce sont ces valeurs qui pilotent le DPE quand les caractéristiques réelles ne sont pas saisies, et donc l’écart de classe que vous annoncez au client.
| Type de chaudière gaz | Ancienneté | Rpn (PCI) | Rpint (PCI) | Rpn / Rpint à 24 kW |
|---|---|---|---|---|
| Classique et standard | jusqu’à 2015 | 84 + 2 log Pn | 80 + 3 log Pn | 86,8 % / 84,1 % |
| Basse température | 1991-2015 | 87,5 + 1,5 log Pn | 87,5 + 1,5 log Pn | 89,6 % / 89,6 % |
| Condensation | 1986-2015 | 91 + log Pn | 97 + log Pn | 92,4 % / 98,4 % |
| Condensation, Pn ≤ 70 kW | à partir de 2016 | 91 + 3 log Pn | 103 + 2,5 log Pn | 95,1 % / 106,5 % |
| Condensation, 70 < Pn ≤ 400 kW | à partir de 2016 | 94 + log Pn | 105 + 0,5 log Pn | selon Pn |
Le rendement à charge intermédiaire supérieur à 100 % n’est pas une anomalie : il est exprimé sur PCI, base que la méthode plafonne à 111 % pour le gaz naturel. Le mécanisme complet est détaillé dans notre article sur la chaudière gaz à condensation.
Aller chercher le rendement sur le chantier, pas sur la plaque
Dimensionner au plus juste avant de choisir le modèle
Le premier gain vient du dimensionnement. Une chaudière surpuissante enchaîne les cycles courts, sort de sa plage de modulation et perd la part de condensation. Appuyez-vous sur un calcul de déperditions et sur la puissance utile réelle des émetteurs, puis choisissez un appareil dont la puissance minimale modulée reste inférieure au besoin de mi-saison, dans un catalogue matériel où les puissances et l’efficacité saisonnière sont reprises des données constructeur. C’est cette borne basse, et non la puissance nominale, qui détermine le comportement neuf mois sur douze.
Tenir les températures de retour sous le point de rosée
Tout se joue sur le retour. Réglez une loi d’eau progressive avec sonde extérieure, abaissez les consignes autant que les émetteurs le permettent, et équilibrez le réseau pour supprimer les pièces surdébitées qui remontent la température de retour. Consignez la loi d’eau laissée en place et le ΔT obtenu : c’est ce relevé qui distingue une mise en service documentée d’un simple démarrage.
Documenter la mise en service
Contrôlez la combustion à l’analyseur, ajustez le débit gaz selon la notice, paramétrez le circulateur et laissez une programmation réaliste. Le relevé de combustion daté, avec les valeurs avant et après réglage, est la pièce qui vous protège en cas de contestation sur la performance. La méthode complète est détaillée dans notre article sur l’analyse de combustion.
Arbitrer entre chaudière gaz et PAC selon le logement
Réseau haute température et isolation faible
Dans un logement peu isolé équipé de radiateurs prévus pour 70 °C, une PAC fonctionne mais à température de départ élevée, donc à COP dégradé et avec un appoint sollicité aux grands froids. L’ordre défendable reste réduction des besoins, réglages, puis PAC. Si le réseau gaz est en place et que le remplacement est urgent, la chaudière à condensation tient le rôle de solution de transition, à condition de l’écrire comme telle sur le devis.
ECS, émetteurs et contraintes de place
Une PAC valorise les émetteurs basse température et passe par un ballon pour l’eau chaude, avec des temps de relance à anticiper et un volume à loger. Une chaudière produit vite et peut rester instantanée. Sur un chantier contraint en place ou en accès, cet écart d’encombrement décide souvent avant l’argument énergétique.
Hybride et bivalence
En hybride, la PAC couvre le régime courant et la chaudière prend l’appoint hivernal ou l’eau chaude. Le montage se défend quand l’isolation est moyenne, que les radiateurs restent en place et que le chantier lourd n’est pas finançable dans l’immédiat. Pour une approche dédiée, voir notre article sur la PAC hybride.
Sécuriser le dossier sur un chantier gaz
Les pièces qui doivent exister avant et après travaux
Sur un chantier gaz, le risque principal n’est pas la pose, c’est le dossier. Avant démarrage, verrouillez le devis, la fiche technique de l’appareil avec son efficacité saisonnière et sa classe, et la preuve de dépose de l’ancien équipement si elle est demandée. La signature n’est pas ce qui compte pour un dossier d’aide, ce sont les mentions portées sur le devis et la date de la visite. En fin de travaux, remettez la facture détaillée, le rapport de mise en service et le certificat de conformité gaz délivré par un organisme agréé. Conservez photos, étiquettes et numéros de série. Les démarches RGE et CEE obéissent à leurs propres règles de traçabilité.
Ce que vous annoncez, et ce que vous n’annoncez plus
La chaudière gaz THPE garde un intérêt technique quand la PAC n’est pas posable dans le délai ou dans la configuration, mais elle ne se présente plus comme une solution financée. Écrivez sur le devis que le poste générateur n’ouvre droit ni à MaPrimeRénov’ ni aux CEE depuis les échéances rappelées plus haut, et positionnez-la explicitement comme une étape dans un plan de travaux, avec la suite chiffrée à côté.


